Directeurs en lutte
Nouveau Président de la République, nouveau gouvernement et premières rencontres avec les syndicats qui ne savent plus où donner de la tête...
A peine nommés, les nouveaux ministres entament une semaine marathon et reçoivent, à tour de rôle, les principales organisations de salariés.
Éric Woerth: ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique
Les fonctionnaires ont perdu leur ministère à part entière. Placés sous la responsabilité du budget et des comptes publics à Bercy, ils devront composer, tant en matière d'emplois que de politique salariale, avec les objectifs fixés dans sa campagne par le président de la République, Nicolas Sarkozy. En recevant séparément depuis lundi 21 mai les représentants des fédérations syndicales de la fonction publique, Eric Woerth, le nouveau ministre, leur a ainsi rappelé l'engagement du chef de l'Etat de ne remplacer qu'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite - 40 % des 5,2 millions fonctionnaires doivent cesser leur activité d'ici à 2015 - et d'affecter une partie des économies réalisées à des revalorisations de rémunérations. Il a par ailleurs évité de s'engager sur la politique salariale et les augmentations pour l'année 2007 que son prédécesseur, Christian Jacob, avait laissées en suspens. Premier sur la liste des syndicats reçus, Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, a retenu l'aveu du ministre selon lequel la règle du non-remplacement "pouvait poser des problèmes et que cela ne pouvait pas s'appliquer partout, notamment pour l'éducation nationale".
S'il est resté ferme sur les principes, M. Woerth a adouci le propos sur la méthode. Il a notamment indiqué son intention de ne pas avoir "une vision comptable des choses, mais une vision humaine". Il a aussi annoncé mardi sur LCI : "En contrepartie du (départ) d'un sur deux, il faut montrer que les fonctionnaires, qui se sont paupérisés d'une certaine façon, pourront en recueillir les fruits."
Le ministre de l'éducation nationale, Xavier Darcos, a commencé mardi 22 mai à recevoir les syndicats pour une "première prise de contact". La première fédération de l'Education, la FSU, et son secrétaire général Gérard Aschieri, ainsi que son syndicat du second degré le Snes, ont ouvert le bal mardi. A suivi le Snalc-CSEN, apolitique mais souvent étiqueté à droite. Mercredi, le Sgen-CFDT, puis SNPDEN-Unsa, principal syndicat des chefs d'établissement et enfin le syndicat Indépendance et Direction. Jeudi, la Société des agrégés avant une réunion avec les recteurs. Les rencontres se poursuivront la semaine prochaine avec les autres syndicats. L'assouplissement de la carte scolaire. M. Darcos avait déclaré souhaiter l'assouplir dès la rentrée prochaine, et la supprimer à la rentrée 2008. "Est-ce qu'elle est juste (actuellement) la carte scolaire ?", qui scolarise les enfants dans les écoles et collèges de leur quartier, s'est interrogé mardi le ministre devant la presse, lors de son premier déplacement dans un collège classé 'Ambition réussite' (ex-ZEP) d'Asnières."La carte scolaire n'est pas une assignation à résidence", a-t-il ajouté, en sous-entendant qu'elle pouvait devenir contre-productive "si on n'arrive pas à assurer la mixité scolaire et si les parents ne peuvent pas discuter avec les enseignants dans les établissements ou se sentir intégrés dans l'école". Il n'a pas cependant voulu confirmer le chiffre de 10 à 20 % des affectations qui bénéficieraient de l'assouplissement de la carte scolaire dès la rentrée prochaine, "avant d'avoir vu les syndicats cette semaine" et parce qu'une telle réforme "ne se fait pas en quinze jours". Le vouvoiement à l'école. Le ministre de l'éducation nationale Xavier Darcos a jugé mardi "indispensable" que les élèves vouvoyant leurs enseignants et "préférable" que les enseignants vouvoient les lycéens, lors d'un déplacement au collège André-Malraux d'Asnières. Il a cependant immédiatement précisé qu'il ne transcrirait pas cette idée dans un texte s'imposant à toute la communauté éducative. Pour lui, les professeurs doivent "marquer" leur autorité pour qu'"il y ait une certaine verticalité". Interrogé sur la proposition de Nicolas Sarkozy, lors de la campagne électorale, que les enfants se lèvent à l'arrivée de leur enseignant dans la classe, M. Darcos a assuré ne pas être "pour que les élèves se mettent au garde à vous". Même s'"il est important qu'à l'école le respect s'installe", a-t-il ajouté.
"Tous ensemble, tous ensemble..." Non, ce n'est pas Ségolène Royal qui harangue ses supporters déçus du balcon du siège du PS rue de Solférino...
"Tous ensemble", c'est le mot d'ordre du SNUipp pour interpeller le ministre de l'Education nationale sur le problème des EVS dont le contrat se termine en juin prochain.
Pourtant, souvenons-nous... Le SNUipp n'avait pas de mots assez durs pour dénoncer cette mesure figurant dans le protocole signé par "un syndicat minoritaire"... (relire notre article du 17 avril) "Transformer les directeurs d'école en agents recruteurs de personnels à statut précaire ne relève en aucun cas d'une quelconque "revalorisation" des fonctions de direction mais vise plutôt à en faire des acteurs de l'accélération de la précarité du travail. A l'heure où les mobilisations collectives viennent de faire reculer le gouvernement sur son projet de CPE, comment pourrait-on accepter l'arrivée massive dans les écoles de personnels précaires, d'autant qu'aucune perspective d'embauche ni de formation, n'est même envisagée ? Rappelons que le SNUipp-FSU a toujours revendiqué des créations de postes statutaires pour le secrétariat, les BCD, l'accompagnement des enfants porteurs de handicaps... Si le manque de moyens aussi bien pour la direction d'école que sur l'accueil des enfants en situation de handicap est une fois de plus pointé par le Ministère, celui-ci cependant n'apporte pas les réponses adéquates en proposant une fois de plus de recruter un personnel aussi précaire et non formé. Le SNUipp ne peut cautionner un tel dispositif". Dans un communiqué diffusé mardi 22 mai, le Syndicat national unitaire des instituteurs (SNUIpp) demande à Xavier Darcos des réponses sur la situation des EVS, créés dans le cadre de la loi de Cohésion sociale, en remplacement des emplois-jeunes, dont les contrats arrivent à échéance le 30 juin. Le syndicat entend aussi obtenir des assurances concernant "l'avenir des missions assurées par les EVS: aide à la scolarisation des élèves en situation de handicap, aide à la direction d'école, vie scolaire".
Sur la base de ces revendications, le SNUIpp organise mercredi 23 mai "une journée nationale d'action marquée par des rassemblements, des conférences de presse, des audiences dans tous les départements", selon son communiqué. "Au premier rang des dossiers prioritaires, le gouvernement trouvera ceux des 'Emplois vie scolaire'", écrit le Syndicat des enseignants-UNSA (SE-UNSA) qui considère qu'il "y a urgence". "Pour eux, ce sera l'ANPE et, souvent, le chômage. Pour le système éducatif, ce sera l'interruption des missions auxquelles ils contribuaient", ajoute l'organisation syndicale.
Le SE-UNSA "interpelle dès à présent le ministre de l'Education nationale pour que les missions assumées aujourd'hui par les EVS soient pérennisées". Il invite également les enseignants à envoyer des courriels au Premier ministre François Fillon "pour un traitement urgent de ce dossier". Une folle semaine... à donner le tournis à n'importe quel dirigeant syndicaliste...
Les syndicats comptent bien en profiter pour rappeler leurs revendications, au premier rang desquelles l'abrogation du décret Robien. Xavier Darcos devrait ne bénéficier d'aucun "état de grâce" et doit déjà faire face aux récriminations des syndicats contre les mesures prises par son prédécesseur Gilles de Robien. Outre le temps de travail des enseignants, la FSU apportera plusieurs dossiers dans son cartable: les moyens, les zones d'éducation prioritaire (Zep), le droit de grève, la formation des enseignants en IUFM, l'apprentissage à 14 ans, etc. Autre dossier délicat, celui de la carte scolaire que Xavier Darcos veut faire disparaître en deux ans, avec un assouplissement intermédiaire dès la rentrée prochaine.
"Tous ensemble, EVS, enseignants, parents, réclamons :
la transformation des postes EVS en postes statutaires et pérennes de la fonction publique
la possibilité pour les actuels EVS d’accéder à la formation et au recrutement pour ces postes statutaires".
Le SNUipp appelait alors au boycott du dispositif. Depuis, ayant constaté que les directeurs avaient massivement recruté des EVS, il change son fusil d'épaule et se fait l'ardent défenseur des emplois voués à disparaître à la fin de l'année scolaire.
Le SE-Unsa, signataire du protocole, n'est pas en reste. Il entend demander au ministre de reconduire le dispositif, l'une des "avancées engrangées" en mai 2006.
Armelle,
Que crois-tu que font les syndicats que tu dénonces lorsqu'ils luttent pour maintenir les EVS ?
1) ils veulent sauvegarder un emploi pour ces jeunes au chômage
2) ils veulent transformer ces emplois précaires en emplois pérennes
3) ils exigent un moyen administratif pour venir en aide au directeur
Pas mal, tu en conviendras, d'allier générosité et lutte contre le chômage à la défense de la fonction de directeur. Cela s'appelle avoir une vision globale de notre société.
Cordialement
Pierre (SE)
S'il change d'avis aussi facilement, le SNUipp va peut-être aussi nous réserver une bonne surprise en ce qui concerne le statut des directeurs...
Imaginez qu'il retourne sa veste (la période est propice)... Hop ! le voilà qui lutte, manifeste, exige un statut...
On peut toujours rêver, les amis...
Pierre, merci depréciser que tu es au SE, j'aime l'honnêté.
je me permets quelques commentaires :
Les EVS ne sont pas tous des jeunes
Le SE, aurait du, au moment de la signature du protocole commencer à s'engager dans ce sens. la perversion de ce système a été perçu dès le départ par les collègues. j'ai personnellement refuser de recruter un EVS parce que le poste n'était pas pérenne, ce qui est une escroquerie et pour le recruté et pour l'école. Leur aide ne peut pas être ponctuelle, seulement pour un an.
2) c'est bien de s'en soucier en fin d'année. On pourra dire qu'on aura lutté pour mais que le gouvernement est méchant. Ou on pourra crier victoire de faire rentrer le sous emploi dans l'école et de rajouter une fonction de formateur social au dirlo. (c'est ce beaucoup de ceux qui ont recruté disent)
3) Le GDID n'exige rien, mais essaye de rassembler les énergies pour faire comprendre aux syndicats et à l'administration que plus de 9 000 collègues dirlos (93% de ceux qui se sont prononcés) on dit clairement qu'ils voulait un statut de directeur d'école primaire, que les parents d'élève, les mairies, les partenaires des écoles, les élèves qui sont dans la classe du dirlo ont du mal à comprendre le fonctionnement qu'on nous impose.
Que les syndicats continue (pardon recommence) à défendre le personnel qu'ils sont sencé représenter mais qu'ils arrêtent d'essayer de nous faire prendre des vessies pour des lanternes.
Tu sais Pierre, la plupart de ceux qui "dénoncent" comme tu dis, les syndicats, ne souhaitent qu'un chose : que les syndicats soient à l'écoute du personnel et cesse de vivre dans des phantasmes ou mes de défendre leur structure contre les salariés.
ouvre les yeux, je t'en conjure !
en toute amitié
Bruno GDID(et j'en ai beaucoup)
"J'ai des Z'idées.. Bien, mais gardez-en quelques-unes pour améliorer le sort de quelques dizaines de milliers de chômeurs souvent parmi les plus jeunes.
Les directeurs ne peuvent pas changer le monde à eux seuls, je le sais, mais ayons le sens social développé et soyons généreux
Merci pour les jeunes EVS
Voilà une nouvelle tâche qui nous incombe : faire reculer le chômage (et tout cela, pour faire larmoyer Margot au nom de la "générosité" et du "sens social") grâce à ceux qui ont une "vision globale de la société" (je suppose que celà vise ceux qui ne regardent que leur petit nombril de directeurs, non ?)
Allez ! Camarades ! encore un petit effort ! pour faire passer les vilains directeurs (en plus membres du GDID, décidément c'est une manie!) pour de sombres individus, vous êtes capables de mobiliser les plus généreuses idées (oui, certes elles le sont !) pour les tirer à votre profit ; mais lorsque ces emplois auront été "liquidés" avec pertes et profit et que ces jeunes ou moins jeunes se retrouveront sur le carreau, nous attendrons votre réaction...
Je rejoins Bruno : la première fonction des syndicats est (devrait être) la défense de ses personnels dont ils sont (devraient être) les représentants et que visiblement ils ont quelque peu lâchés en chemin...
Sisyphe tentait bien de faire monter le rocher, mais...
Toujours cordialement.
Sébastien,
tes arguments me touchent!
"Les directeurs ne peuvent pas changer le monde à eux seuls, je le sais, mais ayons le sens social développé et soyons généreux"
ils justifient tout à fait la journée de solidarité du lundi de pentecôte
Ils justifient aussi la proposition réaliste de ne payer des IISR au TR uniquement les jours où ils ont effecués un remplacement.
Ils justifient aussi le gel des salaires, les hausses de cotisations d'entraide (chômage, etc..)
Par contre je n'ai jamais entendu de directeurs d'école dire qu'un statut reconnaissant leur métier changerait la face du monde. Tu as des sources plus précises que moi à ce sujet.
Dernière chose, je suis dirlo sur le terrain, ayant la chance d'avoir un demi-décharge, mais pétant quand même les plombs.
Je n'ai pas de temps supplémentaire pour aiser au fonctionnement du GDID et soutenir des collègues, pourtant je le faid sans compter.
Et toi d'où parles-tu?
A Pierre,
<<1)ils veulent sauvegarder un emploi pour ces jeunes au chômage
2) ils veulent transformer ces emplois précaires en emplois pérennes
3) ils exigent un moyen administratif pour venir en aide au directeur>>
Ne crois-tu qu'avant de signer un protocole rejeté par une majorité de directeurs , il faut poser ces conditions là avant ? Exiger un vrai emploi au sein de l'institution avec la rémunération adéquate ?
Comment vit une EVS avec 20h ou 26h payées ?
Oublies-tu la pénible aventure des Emplois jeunes ? Il était promis aussi de pérenniser ces emplois , je dis bien les emplois mais pas les personnes ! La suite tout le monde la connaît.
Et c'est cela ta vision globale de la société , je comprends mieux maintenant l'incongruité de tes arguments et ceux du SE ( manifestant juste un peu avant contre les emplois précaires !)
Tu as raison Robert,
refusons les EVS, refusons les Assistants d'Education, refusons les Aides-educateurs, refusons les assistants pédagogiques, refusons les CES, refusons les contrats d'avenir, refusons systématiquement tout... et soyons seul (sans s) à le faire !!!!
Ouvre les yeux, qui ne sait pas que ces emplois sont mal payés, sont corvéables, sont précaires, sont non formés (ceci étant certains moins que d'autres cf les Aides éduc qui avaient un contrat de 5 ans, un vrai salaire et une formation payée...) pour autant tous ceux que j'ai pu côtoyer au cours de ma carrière étaient contents de cette bouffée d'oxygène que leur apportait à ce moment t, ce contrat.
Entre nos idées théoriques généreuses et la réalité du terrain, il faut parfois accepter que malheureusement (peut-être) nous ne soyons pas des élus du peuple, et que notre influence individuelle de citoyens est limitée. A nous de nous unir pour être entendus, associations, partis, syndicats, gdid ou autre sont là pour ça...

Nos syndicats se préoccupent des EVS. Tant mieux. Rien à dire. Encore que le revirement du SNUipp montre le peu de convictions de ce syndicat...
Il serait bien aussi qu'on se préoccupe de nous. Qu'on règle notre problème d'abord en agissant sur le statut, les moyens, le salaire, les indemnités, l'avancement, l'évolution de carrière...