Directeurs en lutte

La feuille de route du futur ministre de l'éducation nationale obligera celui-ci à conjuguer rapidement des objectifs ambitieux avec une logique de limitation des dépenses. Des précisions ont été apportées depuis le 6 mai par l'entourage de Nicolas Sarkozy.
    

 

Ainsi, le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant en retraite "n'est pas notre objectif prioritaire" dans l'enseignement, confie Emmanuelle Mignon (*), proche conseillère du président. L'évolution des postes devrait donc dépendre de la démographie scolaire. Comme promis, le décret du 12 février de Gilles de Robien, réformant les décharges horaires dans le secondaire, sera "suspendu", au profit d'une grande concertation, "avant les vacances", sur la revalorisation de la condition des enseignants.
  

Toutefois, l'équipe présidentielle envisage de regagner "des effectifs cachés", correspondant aux "enseignants qui ne sont pas devant les élèves". Selon Mme Mignon, cela représenterait "l'équivalent d'une académie". Un rapport rendu mi-mars à M. Sarkozy par Xavier Darcos - cité comme possible ministre - estimait que "20 000 équivalents temps plein de décharges et de mises à disposition sont récupérables". Mais en application du principe "travailler plus pour gagner plus", les enseignants seraient rémunérés pour leur participation aux études dirigées qui doivent être généralisées dès la rentrée, ainsi qu'à différentes tâches pédagogiques.
  

Mme Mignon évoque une prime "selon les résultats des élèves, mais qui peut très bien être attribuée collectivement", ainsi qu'une "vraie surprime" pour les enseignants de l'éducation prioritaire, qu'il s'agit désormais de "refonder". La réduction de 50 % des effectifs d'élèves des établissements les plus difficiles ne concernerait qu'"une cinquantaine d'établissements la première année".
  

La suppression progressive de la carte scolaire, allant de pair avec l'autonomie des établissements, serait d'abord expérimentée dans une dizaine de départements, qui bénéficieraient d'incitations financières. L'objectif de mixité sociale deviendrait une obligation dans les établissements concernés.
   

Enfin, l'abandon du collège unique, traditionnelle attente de la droite enseignante, ne semble pas à l'ordre du jour : M. Sarkozy entend abroger l'apprentissage à 14 ans, et, selon Mme Mignon, il n'est "pas question de sortir du principe selon lequel tous les enfants jusqu'à 16 ans ont une formation générale". Mais l'individualisation des parcours est souhaitée, ainsi que la découverte précoce des métiers.

Luc Cédelle (Le Monde du 18/05/07)      (*) Emmanuelle Mignon Diplômée de l'ESSEC et de l'Institut d'études politiques de Paris, elle sort major de l'ENA en 1995, et devient maître des requêtes au Conseil d'Etat.

En 2002, elle est nommé conseillère au cabinet du ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, et parallèlement devient en novembre 2004 directrice des études de l'UMP : elle est notamment chargée des discours et de l'élaboration du projet de l'UMP en vue des élections présidentielle et législatives de 2007.

 

Xavier Darcos est un ministre expérimenté : il avait déjà été ministre délégué au coté de Luc Ferry où il avait montré une bonne connaissance des dossiers. Il avait dû inaugurer la politique de réduction de postes lancée par J.P. Raffarin. Il en reste une certaine impopularité chez les enseignants : selon un sondage Ifop de février 2007, son action rue de Grenelle avait été notée 7,3 / 20 par les enseignants, soit à peine plus que Gilles de  Robien (7) et… François Fillon (6,9). Il a également co-rédigé avec Philippe Meirieu un ouvrage (Deux voix pour une école, Desclée de Brouwer) où les deux hommes opposent  leurs conceptions sur l'Ecole. Il y défend des positions conservatrices avec une certaine modération.

Xavier Darcos est l'auteur d'un rapport remis en mars dernier à Nicolas Sarkozy (lire larges extraits dans notre article). Ci-dessous, extrait de ce qu'il déclarait au sujet des réseaux d'écoles rurales :

Voici ce qu'il déclarait lorsqu'il était ministre délégué à l'enseignement scolaire :

  

Le ministre de l'Enseignement scolaire plaide pour la constitution de réseaux d'écoles primaires dans les zones rurales


M. Xavier Darcos, ministre délégué à l'enseignement scolaire, a présenté, au conseil des ministres du mercredi 5 novembre 2003, une communication sur les réseaux d'écoles primaires.

Le ministre a expliqué que les petites écoles, situées le plus souvent en zone rurale, rencontraient des difficultés pour répondre aux exigences en matière de scolarité, qu'il s'agisse de l'organisation pédagogique, de l'équipement matériel ou de la gestion administrative.

Face à cette situation, le Comité interministériel à l'aménagement et au développement du territoire, dans sa réunion du 13 décembre 2002, a confié au ministre de la jeunesse, de l'éducation nationale et de la recherche la conduite d'une réflexion pour « revitaliser l'école rurale ». L'objectif est de garantir aux enfants, sur tout le territoire, les mêmes chances d'accès au savoir et à la formation.

Le travail ministériel, engagé depuis le début de l'année 2003, s'est appuyé sur la concertation la plus large possible avec les élus, les syndicats d'enseignants et de cadres de l'Education nationale, les fédérations de parents d'élèves et les associations qui s'intéressent aux politiques d'éducation dans le cadre communal.

L'approche retenue à l'issue de cette phase de concertation consiste à promouvoir la constitution de réseaux d'écoles :

- en demandant à chaque inspecteur d'académie d'établir, après une concertation, un schéma territorial des écoles qui sera un instrument de prospective pour l'élaboration annuelle de la carte scolaire ;

- en établissant un cadre réglementaire pour la constitution et le fonctionnement des réseaux d'écoles ;

- et en dotant chaque réseau d'un coordonnateur qui assurera son animation en vue de l'organisation d'actions pédagogiques et éducatives communes.

Les initiatives des élus qui choisissent d'exercer la compétence scolaire au niveau intercommunal seront accompagnées, a assuré le ministre. Le projet de loi relatif aux responsabilités locales, en cours de discussion au Sénat, contient déjà plusieurs dispositions de nature à faciliter le traitement des questions scolaires dans un cadre intercommunal.

Les textes d'application devraient être publiés d'ici le printemps 2004, pour permettre leur mise en oeuvre à compter de la prochaine rentrée. L'objectif retenu est d'avoir constitué 600 réseaux d'écoles à l'horizon 2006-2007, y compris les 246 réseaux existants, qui bénéficieraient des nouvelles dispositions réglementaires.

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Jeu 17 mai 2007 39 commentaires

Attention, on parle ici de 20 000 "équivalents temps plein de décharges et de mises à disposition récupérables". On peut déjà noter une contradiction avec ce que disait Xavier Darcos dans son rapport puisqu'il conseillait à Nicolas Sarkozy de suspendre les décrets Robien sur les décharges horaires... Un vrai sac de noeuds...

Lucien Foulon - le 17/05/2007 à 22h25

On verra bien, mais une chose est sûre.. On va s'asseoir sur les pertes de salaire accumulées, et sur une augmentation quelconque.


Ne pas oublier aussi  que "gagner plus en faisant  des études ou d'autres tâches" signifie en verso "Vous êtes bien assez payé pour le travail que vous faites". Merci.. je suis heureux de l'apprendre.


Bon les études.. je vois bien ce que c'est... mais les autres tâches, je vois plus mal.. Sont ce les équipes éducatives ou de suivi éducatif gratuites jusqu'à maintenant, les réunions diverses et variées avec les mairie etc.. les heures passées en dehors de nos décharges (quand on en a)...  ou alors... je sais pas moi, accueillir les gamins qui fréquentaient la garderie avant l'école, surveiller la cantine? Peut être aura t on le droit de remplacer le personnel de nettoyage le soir si on le veut?


Dans le cadre de l'inventivité qui sied aux hommes nouveaux qui abandonnent l'immobilisme coupable dans lequel ils se complaisaient jusqu'àlors, on pourrait servir d'écrivain public à partir de 16h30.. aide aux personnes c'est l'avenir.. On pourrait même être payés en chèque service


CHE

Patrick Louet - le 17/05/2007 à 22h53

Pendant que j'y suis.. par contre, sympa l'idée de prime en cas de bons résultats. Il va falloir que je brieffe l'équipe pour le passage des évals.. Une semaine de bachotage avant et évaluations blanches les semaines d'avant sur le principe du BAC blanc.


Plus question d'avoir des échecs. Ca fait baisser la moyenne,et donc notre salaire de fin de mois.


CHE

Patrick Louet - le 17/05/2007 à 23h02

Ouais... La rupture de langage pour mieux continuer comme avant... Sauf peut-être pour les syndicalistes qui pourraient perdre leur décharge... retrouver une direction non déchargée et réfléchir à la nécessité d'un statut de directeur...


Je rêve ?

Fouad - le 17/05/2007 à 23h04

Xavier Darcos ne va-t-il pas accélérer la mise en place des EPEP ? Voici ce qu'il déclarait lorsqu'il était ministre délégué à l'enseignement scolaire :


Le ministre de l'Enseignement scolaire plaide pour la constitution de réseaux d'écoles primaires dans les zones rurales


M. Xavier Darcos, ministre délégué à l'enseignement scolaire, a présenté, au conseil des ministres du mercredi 5 novembre 2003, une communication sur les réseaux d'écoles primaires.

Le ministre a expliqué que les petites écoles, situées le plus souvent en zone rurale, rencontraient des difficultés pour répondre aux exigences en matière de scolarité, qu'il s'agisse de l'organisation pédagogique, de l'équipement matériel ou de la gestion administrative.

Face à cette situation, le Comité interministériel à l'aménagement et au développement du territoire, dans sa réunion du 13 décembre 2002, a confié au ministre de la jeunesse, de l'éducation nationale et de la recherche la conduite d'une réflexion pour « revitaliser l'école rurale ». L'objectif est de garantir aux enfants, sur tout le territoire, les mêmes chances d'accès au savoir et à la formation.

Le travail ministériel, engagé depuis le début de l'année 2003, s'est appuyé sur la concertation la plus large possible avec les élus, les syndicats d'enseignants et de cadres de l'Education nationale, les fédérations de parents d'élèves et les associations qui s'intéressent aux politiques d'éducation dans le cadre communal.

L'approche retenue à l'issue de cette phase de concertation consiste à promouvoir la constitution de réseaux d'écoles :

- en demandant à chaque inspecteur d'académie d'établir, après une concertation, un schéma territorial des écoles qui sera un instrument de prospective pour l'élaboration annuelle de la carte scolaire ;

- en établissant un cadre réglementaire pour la constitution et le fonctionnement des réseaux d'écoles ;

- et en dotant chaque réseau d'un coordonnateur qui assurera son animation en vue de l'organisation d'actions pédagogiques et éducatives communes.

Les initiatives des élus qui choisissent d'exercer la compétence scolaire au niveau intercommunal seront accompagnées, a assuré le ministre. Le projet de loi relatif aux responsabilités locales, en cours de discussion au Sénat, contient déjà plusieurs dispositions de nature à faciliter le traitement des questions scolaires dans un cadre intercommunal.

Les textes d'application devraient être publiés d'ici le printemps 2004, pour permettre leur mise en oeuvre à compter de la prochaine rentrée. L'objectif retenu est d'avoir constitué 600 réseaux d'écoles à l'horizon 2006-2007, y compris les 246 réseaux existants, qui bénéficieraient des nouvelles dispositions réglementaires.


Henri latour - le 17/05/2007 à 23h13

Darcos n'est plus le même depuis 2003.. Il est dans le modernisme de notre président maintenant.. Rupture avec les années passées. Il a jeté son projet de 2003 aux orties.. Il mettra en place les EPEP canada dry  de ses réseaux...


 

Patrick Louet - le 17/05/2007 à 23h27
Certains postes vont être recherchés! Le mouvement a eu lieu au mauvais moment...
misot - le 18/05/2007 à 11h32
Comme le gouvernement est décidé à agir vite, très vite, dans les 6 mois à venir, nous allons être fixés rapidement sur ce qui nous attend. Mais peut-on s'attendre à une vraie rupture dans ce milieu marqué par l'immobilisme des syndicats ?
Pierre-Yves - le 18/05/2007 à 13h53

Comme le dit Pierre-Yves, on ne peut absolument pas compter sur les syndicats enseignants pour faire bouger les choses. Ils sont hermétiques à tout changement. Pour eux, l'école est un monde figé dans lequel le directeur joue le même rôle qu'il y a 70 ans sauf qu'il est beaucoup plus contesté dans son rôle d'autorité.


Les "directeurs en lutte" ou le GDID ne pourraient-ils pas suciter un mouvement auprès des directeurs pour qu'ils se manifestent auprès du nouveau ministre ou des députés lorsqu'ils seront élus. Je pense à ce que vous avez déjà proposé ici : un courrier que nous pourrions tous envoyer pour rappeler nos attentes suite à la consultation IFOP. Qu'en pensez-vous ? Cela vous semble-t-il possible ?


Je ne sais pas si on vous le dit souvent, aussi, je le fais : merci pour tout ce que vous faites sur ce site. J'apprécie la fraîcheur des propos et surtout, plus que tout, l'absence de langue de bois. Merci à tous.

Lysiane V. - le 19/05/2007 à 09h07

Lysiane, le GDID peut d'autant plus de chose qu'il regroupe de plus en plus de monde, qui se bougent pour faire ces choses. Sino, sans les dirlos de terrain que nous sommes tous, le GDID n'est plus qu'une coquille vide.


La première chose à faire est donc de rejoindre le GDID.


Si c'est fait, la seconde est de se mettre au boulot avec les autres.


On est de plus en plus nombreux et c'est bon signe !


Mais on est pas encore assez nombreux et on a de plus en plus de boulot.


 


Encore un petit effort collègues!

bruno - le 19/05/2007 à 15h37