Directeurs en lutte
Neuf mois après avoir vilipendé le protocole signé par le seul SE-Unsa, le SNUipp se déclare maintenant un inconditionnel de la mesure phare : l'emploi d'EVS comme aide administrative du directeur.
Le SNUipp n'avait pas de mots assez durs pour disqualifier cette mesure : personnel précaire, non formé, dont le seul but est de faire baisser le chômage et qui sera une charge pour le directeur...
Nous avons retrouvé la diatribe lancée par le SNUipp juste apès la signature du protocole...
Recrutements de contrats aidés (EVS)
1er juin 2006 - Le SNUipp 06 appelle au boycott.
La circulaire de l'IA qui est arrivée dans les écoles invite les équipes à demander un Emploi Vie Scolaire, sous la forme de "contrats d'avenir" (CAV), qui se verra confier les fonctions d'assistance administrative au directeur et, éventuellement, d'aide à la scolarisation d'élèves handicapés. "Cette circulaire précise aussi que les directeurs se verront associés au recrutement des "contrats aidés".
Nouvelle "conséquence" de la signature du protocole d'accord sur la direction d'école, signé par le seul Se-Unsa...
Transformer les directeurs d'école en agents recruteurs de personnels à statut précaire ne relève en aucun cas d'une quelconque "revalorisation" des fonctions de direction mais vise plutôt à en faire des acteurs de l'accélération de la précarité du travail. A l'heure où les mobilisations collectives viennent de faire reculer le gouvernement sur son projet de CPE, comment pourrait-on accepter l'arrivée massive dans les écoles de personnels précaires, d'autant qu'aucune perspective d'embauche ni de formation, n'est même envisagée ? Rappelons que le SNUipp-FSU a toujours revendiqué des créations de postes statutaires pour le secrétariat, les BCD, l'accompagnement des enfants porteurs de handicaps...
Si le manque de moyens aussi bien pour la direction d'école que sur l'accueil des enfants en situation de handicap est une fois de plus pointé par le Ministère, celui-ci cependant n'apporte pas les réponses adéquates en proposant une fois de plus de recruter un personnel aussi précaire et non formé. Le SNUipp ne peut cautionner un tel dispositif.
L'école n'a pas pour vocation de contribuer à faire baisser artificiellement le taux de chômage par des illusions d'emplois qui seront d'abord une charge supplémentaire pour les directeur.
La lutte victorieuse contre la CPE vient à peine de se terminer. Il serait incohérent de laisser la précarité de l'emploi se frayer un chemin par des voies détournées et encore plus incohérent d'y prendre part.
Outre le renforcement de la précarité, cette circulaire pose de nombreux problèmes :
- Seul l'avis du directeur est demandé. Nous rappelons que pour nous, ce sont les conseils des maîtres qui garantissent la prise en compte de l'avis de l'ensemble de la profession. Il est donc primordial que ceux-ci puissent discuter de cette question et écrivent une motion expliquant le refus de la précarité et rappelant les besoins de l'école.
- Les équipes se retrouvent face à un choix difficile alors que c'est à l'administration de prendre ses responsabilités quant au recrutement des personnels.
- Aucune instance paritaire n'a pu discuter de la mise en place de ce dispositif et donc exiger un recrutement transparent et équitable.
Nous considérons que l'annonce de recrutement par les EPLE de 50 000 EVS pour le premier degré, sans aucune négociation préalable, constitue une nouvelle provocation inacceptable. Nous avons souligné, à plusieurs reprises, les importants risques juridiques que représente cette responsabilité et déploré qu'aucun moyen n'ait été dégagé pour parvenir à des solutions beaucoup plus efficaces et neutres.
Le SNUipp-FSU 06 appelle donc les collègues et les directeurs à ne pas être demandeurs d'EVS et donc, à ne pas participer au recrutement ou au licenciement de ces personnes.
Quelques mois plus tard, le SNuipp faisait le point sur la mise en place des EVS dans les écoles. Il se montrait très critique.
"Les démissions restent également nombreuses, par exemple le département de Paris a enregistré 52 démissions d'EVS en contrat d'aide à l'emploi entre le 5 octobre et le 24 novembre pour un total de 115 postes.
Plus aucun emploi de vie scolaire ne sera en fonction fin juin 2007. Pas d'engagement ministeriel au-dela du 30 juin 2007. Tous les contrats d'emploi de vie scolaire (EVS) prendront fin au 1er juillet 2007".
Que s'est-il passé depuis ? Le SNUipp s'est intéressé aux personnels précaires qui s'étaient portés volontaires pour ces postes. Des recrues faciles pour gonfler les effectifs du syndicat.
Et chemin faisant, la mesure a trouvé grâce aux yeux du SNUipp. Bien sûr en y mettant les formes, en dénonçant la précarité des emplois... mais en fermant les yeux sur les autres critiques argumentées de juin 2006 : Oubliée l'absence de formation... Oubliée la charge supplémentaire pour le directeur... Oublié le camouflage des chiffres du chômage...

Et c'est ainsi que le SNUipp peut faire sienne la maxime : "Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis".
11 avril 2007 - Le SNUipp 59 demande le maintien du dispositif.
Les EVS "direction" mobilisés
Les Aides administratives à la direction d'école (EVS) du bassin de Douai se sont réunies le mercredi 11 avril pour évoquer leur avenir. Les responsables du SNUipp-FSU du secteur ont été conviés pour décliner la position des organisations syndicales non signataires du protocole sur la direction d'école.
A ce jour, aucune certitude ni aucune information ne peuvent renseigner sur ce qu'il adviendra d'un dispositif qui avait été mis en oeuvre pour permettre au gouvernement d'annoncer la baisse du chômage, tout en apportant une pseudo réponse aux revendications des écoles sur le dossier de la direction.
De l'avis général, la pertinence de ces emplois n'est plus à prouver aussi bien du côté des EVS que de celui des personnels chargés de direction qui réclament, de façon quasi unanime, le maintien du dispositif et même sa pérennisation par la création d'un CDI. Un cahier de doléances est en cours de rédaction par une délégation des personnes présentes, il sera transmis aux écoles dès sa finalisation. D'ores et déjà, la décision de s'adresser à tous les EVS du département a été prise. Des collectifs existent déjà dans les autres départements : le SNUipp-FSU met ses moyens de diffusion à la disposition des EVS pour créer les liens nécessaires sur tout le territoire. Le SNUipp-FSU Nord demande à tous les collègues chargés de Direction de transmettre cette information à la personne qui a été recrutée sur l'emploi administratif de leur école. Les EVS demandent le soutien de toute la profession pour que leurs revendications soient entendues. Il est urgent d'agir !" Le SNUipp, on s'en souvient, était à deux doigts de signer le protocole avant d'y renoncer face à la bronca des directeurs. Regrette-t-il d'avoir laissé le SE-Unsa apparaître comme le seul syndicat à apporter des "avancées à engranger" ? Il est amusant de lire que de "l'avis général, la pertinence de ces emplois n'est plus à prouver aussi bien du côté des EVS que de celui des personnels chargés de direction qui réclament, de façon quasi unanime, le maintien du dispositif...". Quand ça l'arrange, le SNUipp associe à sa décision l'avis des directeurs, sans le leur avoir sollicité, bien entendu... Est-il certain de ce qu'il avance ? A-t-il consulté les "personnels chargés de direction" ? Qu'il nous permette de lui rappeler la consultation Ifop organisée par le GDID... Quelle sera la prochaine étape des changements opérés par les dirigeants du SNUipp ? L'approbation des autres mesurettes contenues dans le protocole ? Possible sinon probable. Et comme ce ne sont pas des imbéciles, ils peuvent encore changer d'avis sur d'autres sujets concernant la direction d'école... Qui sait si, prochainement, ils ne se prononceront pas pour le projet de statut de directeur élaboré par nos amis du GDID ?
Bonjour
Je suis syndiqué depuis 30 ans, ce qui ne m'empêche pas de vous lire régulièrement même si je ne partage pas souvent vos idées. Cependant, vos convictions, je les respecte car je ne suis pas sectaire. Je dois même vous dire qu'il m'arrive de venir chercher de l'information sur votre site comme la définition, par exemple, du statut d'emploi dont je n'avais jamais entendu parler.
Aujourd'hui, j'apprends que MON syndicat a changé d'avis sur les emplois EVS. J'en suis ravi. Contre sa volonté, j'ai demandé une aide EVS. Je n'ai pas à le regretter. J'ai peut-être eu de la chance mais j'ai une jeune fille qui m'est d'un grand secours quand je suis débordé. Elle est dynamique, vive, elle voit le travail à faire... J'espère que le prochain gouvernement reconduira l'opération.
Je vous écris pour vous dire que je ne tire pas les mêmes conclusions que vous du changement d'opinion du SNUipp. C'est le signe qu'il sait écouter la base et surtout reconnaître ses erreurs. C'est plutôt réconfortant. Je n'étais plus très à l'aise dans ce syndicat depuis cette histoire de protocole. Cette nouvelle me fait plaisir car elle montre qu'on peut agir de l'intérieur. J'ai envie de dire à ceux qui se sont "désyndiqués" : REVENEZ, ON A BESOIN DE VOUS !
D'accord avec l'analyse de Jean-Pierre. Moi aussi je me réjouis de ce changement de ton à l'égard des EVS. Oui, ça vient à point nommé démentir les allégations de ceux qui disaient que les syndicats ne peuvent pas évoluer. La preuve !
Mais j'ajoute un élément à ce que tus as dit : cette évolution fait apparaître tous les autres comme des ringards, des psycho-rigides, droits dans leurs bottes. Je veux parler de ceux qui n'ont qu'un mot à la bouche : STATUT ! Ils doivent être recroquevillés devant leur écran, ne sachant plus que dire, eux les donneurs de leçons.
Retour de manivelle, messieurs. Je sais et je comprends votre désarroi : cette nouvelle ne vous arrange pas car elle vous retire la majeure partie de vos arguments. C'est tellement plus facile pour vous d'avoir en face de vous des syndicats immobiles sur qui taper. Problème : ils bougent, ils évoluent et sont positifs, EUX ! Allez, sans rancune...
@ Bernard
Je ne vois vraiment pas à qui vous faites allusion. Je n'ai pas vu, ici, de donneurs de leçons, ni de psycho-rigides pour reprendre votre expression. Je ne comprends pas. Aurais-je raté un épisode ?
Armelle
Va donc jeter un coup d'oeil sur le forum du GDID... Tu comprendras mieux ma réflexion. Tu les trouveras les donneurs de leçons et les psycho-rigides. Fais gaffe, il y en a partout ! Pas difficile de les débusquer. Tu verras que ce sont maintenant les seuls à ne pas évoluer. Ils vont faire profil bas pendant quelque temps...
Salut Bernard,
Je pense que tu te réjouis un peu vite. Il me semble que tu as tout pris au premier degré ce qui explique, tu me diras si je me trompe, que tu sois si agressif envers les collègues du GDID.
L'article de 'directeur en lutte', faut le prendre au second degré. Les auteurs me pardonneront si j'interprète mal ce qu'ils ont écrit. Ce que j'en retire, c'est le manque de crédibilité du SNUipp qui n'a pas de convictions bien établies. En fait, sa prise de position a été calquée à l'inverse de celle du SE-Unsa. J'ai toujours pensé que le SNUipp a regretté de n'avoir pas signé ce protocole. On voit aujourd'hui qu'il se rapproche de la position de son concurrent. Que reste-t-il pour les différencier ?
Je te cite : "On ne peut pas comparer un directeur et un chef d'établissement du secondaire. Nos établissements n'ont rien de comparable. Nos responsabilités non plus. Les écoles sont de petites entités disparates disséminées sur l'ensemble du territoire."
Directeur d'une école urbaine de 12 classes comptant environ 270 élèves, je souhaiterais que tu m'expliques en quoi :
- mon établissement n'a rien de comparable avec un collège ;
- en quoi mes responsabilités ne sont pas les mêmes (je "gère" l'ensemble de ces élèves + les familles + près de 24 intervenants qui sont sous ma responsabilité + tous les partenaires du monde éducatif, socio-médical, et j'en passe qui gravite autour) ;
- en quoi mon école est une "petite entité".
Peux-tu également m'indiquer s'il n' y a pas dans ton propos (je te cite à nouveau :"Quoi de commun entre une école à classe unique et une école urbaine de 15 classes ?") comme une légère contradiction.
Par ailleurs, je te félicite pour tes dons de Cassandre puisque tu/vous avez été capable de voir les conséquences (désastreuses, évidemment désastreuses) d'un statut non-hiérarchique des directeurs d'école avant que celui-ci ne voit le jour(je te cite encore, désolé :"On s'est vite rendu compte qu'on casserait les équipes pédagogiques en accordant un statut particulier à l'un de ses membres. Le directeur se retrouverait isolé dans son établissement et c'est la convivialité, la vie de l'école et donc les enfants qui en subiraient les conséquences. ")
Pour terminer, je t'invite à relire si tu en as le temps, le post de T. Fabre que tu as certainement lu rapidement et dans lequel il n'écrit pas ce que tu prétends lui faire dire...Mais les lecteurs plus avisés peuvent aller sur le site du GDID et prendre connaissance par eux-mêmes de ce qui as été écrit.
Au plaisir de lire tes réponses à mes quelques petites questions.
@ Bernard
En tant que syndiqué, tu as le droit de ne pas penser comme les collègues du GDID. Mais dois-tu pour autant les affubler de qualificatifs tels que ceux que tu emploies ? En quoi sont-ils psycho-rigides ? Parce qu'ils réclament un statut de la direction d'école ? Dans ce cas, je te signale que 93 % des directeurs sont dans ce cas. Même s'ils ne s'expriment pas tous sur le forum du GDID, ils ont en commun le fait de s'être exprimés clairement lorsqu'ils ont été consultés par l'Ifop.
Parce qu'ils critiquent un syndicat qui se moque des directeurs, tu te permets de les traiter de donneurs de leçons droits dans leurs bottes ?
Je crois qu'on a le droit d'avoir des opinions différentes, ce n'est pas un crime ! On a aussi le droit de ne pas être d'accord avec un syndicat sans être taxé d'antisyndicaliste primaire, de fasciste ou autre nom d'oiseau. Pourquoi ne pas échanger calmement dans le respect de tous ? Je ne partage pas tes idées mais je les respecte.
Cordialement
Henri
Vous savez, moi, plus rien ne peut m'étonner ! Cela montre une chose, c'est que bien souvent, nous sommes otages de la guéguerre que se livrent SE-Unsa et SNUipp... pour notre bien, disent-ils. L'un est pour une mesure, l'autre s'y oppose et inversement quitte à nier ses propres valeurs ou croyances et à faire machine arrière sans le moindre scrupule.
Il y a longtemps que j'ai compris leur manège et que je ne les fais plus vivre de mes cotisations.