Directeurs en lutte
Nous avons souvent eu l’occasion de l’écrire sur ce blog : les divers gouvernements de ces dernières années n’ont fait qu’aggraver la crise de l’école. La politique conduite par les différents ministres n’est que la résultante de choix budgétaires et n’est en rien dictée par une quelconque volonté d’améliorer le fonctionnement de l’institution.
Nous l’avons souvent déploré : quasiment toutes les mesures prises ces dernières années n’ont d’autre objectif que de réduire le nombre de postes. De la semaine de quatre jours à l’aide personnalisée, de la suppression des postes de RASED à la formation des enseignants…etc. tout n’est que calcul imposé par la RGPP et la décision dogmatique de ne remplacer qu’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite.
Le 18 février dernier, sur France Inter, Guillaume Duval, rédacteur en chef du mensuel « Alternatives économiques » a consacré sa chronique du matin à la crise de l’école. Nous avons décidé de la retranscrire dans son intégralité.
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« Ces derniers jours l’école a beaucoup défrayé la chronique. Surtout autour de l’insécurité avec une série d’incidents souvent montés en épingle par les médias. Il n’empêche ces problèmes illustrent aussi un malaise plus profond qui traduit la dévalorisation de l’école. Elle a cessé en effet d’être une priorité pour ceux qui nous gouvernent.
L’insécurité s’accroît à l’école ? Ce n’est pas surprenant : en 2004 l’Education nationale employait encore 50 000 personnes pour assurer la « surveillance » sous différents statuts. Aujourd’hui ils ne sont plus que 28 000, quasiment moitié moins… Mais ce qui se passe sur ce plan ne fait qu’illustrer un désinvestissement plus général. La part des richesses produites chaque année, autrement dit le fameux PIB, consacrée à l’éducation était de 7,6 % en 1996. En 2008 elle n’était plus que de 6,6 %, en baisse une fois de plus par rapport à 2007. Eric Woerth veut limiter à l’avenir la part des dépenses publiques dans le PIB. En matière d’éducation c’est déjà le cas chaque année depuis près de 15 ans…
Que déduire de cette baisse des dépenses d’éducation ?
1 point de PIB en moins, cela parait sans doute très abstrait pour nos auditeurs. Cela veut dire en fait qu’il manque 20 milliards d’euros au budget de l’éducation pour que l’effort de la nation soit équivalent à ce qu’il était en 1996. 20 milliards en moins sur 129 milliards c’est un trou de 15 %, un euro sur six. Ces 20 milliards représentent plus de dix fois ce que l’Etat dépense chaque année pour son action à l’étranger ou encore deux fois ce que dépense le très grand ministère de Jean Louis Borloo pour l’écologie, le développement et l’aménagement durable… Cela se traduit par des reculs très significatifs : en 1996, 84 % des jeunes de 18 ans étaient scolarisés, on est redescendu aujourd’hui en dessous de 80 %. Et à 20 ans la chute est encore plus prononcée, de l’ordre de 6 points… Tandis que 150 000 jeunes sortent toujours du système scolaire sans aucun diplôme. L’école française apparaît aussi dans les comparaisons internationales menées par l’OCDE comme une de celles qui reproduisent le plus les inégalités sociales…
Est-ce seulement une question d’argent ?
Ces difficultés ne relèvent évidemment pas seulement de questions de moyens. Les racines du mal sont plus complexes et profondes. Il n’empêche, il n’existe aucune possibilité d’améliorer les choses dans un contexte d’austérité budgétaire accrue. Or, l’école a été la principale cible des politiques de maîtrise des dépenses publiques ces dernières années. En 2010 sur les 30 000 suppressions d’emplois publics programmées par le gouvernement, 16 000, plus de la moitié, sont prévues dans l’Education. Avec des conséquences absurdes comme la réforme de la formation des enseignants. On va les recruter un an plus tard et les envoyer faire cours sans qu’ils aient suivi quasiment aucune formation pédagogique ni stages pratiques. Simplement parce que cela permettra d’économiser quelques milliers de postes…
Ces aberrations illustrent un contresens total sur la notion d’« investissements d’avenir » régulièrement mise en avant par le gouvernement : il vient en particulier de lancer une (coûteuse) campagne de communication pour justifier le « grand emprunt ». Celui-ci « n’est pas une dépense courante, affirme cette campagne, C’est un programme qui… financera des investissements dans des secteurs d’avenir… ». Mais cette distinction entre « dépenses courantes » et « investissements d’avenir» n’a aucun sens dans des sociétés de la connaissance. L’investissement a cessé en effet de s’y mesurer en tonnes d’acier ou de béton. En s’attaquant en priorité aux dépenses d’éducation, qui sont censées être des dépenses courantes, le gouvernement hypothèque au contraire lourdement l’avenir de notre société et de notre économie. »
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Ainsi que nous l’écrivions le 17 décembre 2009 dans un article intitulé « La règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux dans le collimateur de la Cour des Comptes » ce sont près de 140 000 emplois d’enseignants qui ont disparu entre 2000 et 2009.
Dans ce rapport, Philippe Seguin déclarait : « Les personnels de l'État, des collectivités et des hôpitaux sont la principale force du service public. Nous ne pouvons leur offrir comme seule perspective une rationalisation froide et permanente ».
Il déplorait que « cette règle forfaitaire de non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux "résulte d'une démarche purement quantitative", sans évaluer la qualité des missions de service public ».
Et d’ajouter : « Au moment où l’Etat réussit à trouver trois milliards pour les restaurateurs, il fait payer une addition particulièrement salée à l’Education nationale : les 16 000 emplois économisés représentent une économie de 500 millions d’euros. »
On sait que cette campagne de com' a coûté 975 000 euros... Une bagatelle ! Comme quoi quand y a plus de sous, y en a encore...
108h retirées aux élèves c'est:
1 mois d'école en moins pour tous les élèves sur l'année
5 mois sur une scolarité primaire
1 point de PIB c'est 20 milliards en moins pour l'école soit -15% en 14 ans
Le pire n'est pas tant le fait qu'il s'agit d'une volonté mais plutôt d'une une ignorance d'un manque complet d'intérêt sur l'école.
Même pas de la haine mais de l'indifférence. C'est pire.
* les ressources financières pour mieux doter l'école et les dirlos existent-elles? oui.
* la volonté politique de le faire est-elle réelle? non
* la pression syndicale pour pousser le MEN à le faire est-elle forte? non
Voilà, je pense aussi que le combat est loin d'être gagné , mais surtout pour des raisons autres qu'économiques. ( on est b... quand même!)
"les ressources financières pour mieux doter l'école et les dirlos existent-elles? oui."
"la volonté politique de le faire est-elle réelle? Non"
On peut répondre comme tu le fais (oui et non) ou selon le point de vue des économistes (non et oui).
Je crois que ta seconde question induit les deux réponses. Effectivement, on peut toujours trouver un financement pour ce qu'on considère prioritaire. Mais tu le sais bien, à Bercy, on va te répondre que l'emploi, les retraites, le pouvoir d'achat... c'est plus prioritaire que le statut des dirlos. En ce moment les salariés de Total s'estiment plus prioritaires que nous.
Bref, pas facile de répondre à tes questions si elles sont dissociées.
Mon questionnement, volontairement lapidaire, n'avait pour but que de faire ressortir ce que tu conclues: la création d'un statut n'est pas directement liée à un problème économique ( autrement dit financier). On ne peut pas argumenter en disant , comme le fait avec beaucoup de compétence Froment, " il ne peut y avoir de statut car trop cher dans la période actuelle".
Je pense que la volonté politique prime l'économique en la matière. Si cette volonté existait, Bercy serait alors mandaté pour trouver des économies ailleurs.
C'est ce qui me fait dire qu'en l'absence de volonté syndicale ( les " Grands" ne veulent pas d'un statut") et de nécessité politique ( on fait à peu près le même boulot pour peanuts , on en rajoute tous les ans et " nos " syndicats détournent pudiquement les yeux), nous ne sommes pas prioritaires, loin de là!
Le statut arrivera le jour où le politique aura besoin de " vrais" dirlos à la tête des écoles ( EPEP) et où il élaborera le cadre d'emploi nécessaire ( pas forcément celui que nous défendons) , où lorsque les forces syndicales unies (peut-être sous l'impulsion d'un Gdid fort de quelques 5000 membres!!) défendront le projet d'un vrai statut pour l'école et les dirlos.
Et là, Froment, nous sommes d'accord, il y a encore du boulot .
Dans l'article on peut lire:
Ces difficultés ne relèvent évidemment pas seulement de questions de moyens. Les racines du mal sont plus complexes et profondes. Il n’empêche, il n’existe aucune possibilité d’améliorer les choses dans un contexte d’austérité budgétaire accrue.
Monter un budget est un acte d'abord politique. Il doit être éclairant sur les choix opérés.
Faire des économies, sans se poser la question des missions de l'école dans la société n'est pas une posture politique.
Donner des moyens sans se poser la question de l'efficacité de l'école, n'est pas une posture politique non plus.
Voici un article paru dans Marianne qui dénonce l'entourloupe.
"Le gouvernement a publié sa liste « noire » des paradis fiscaux. Les dividendes, intérêts et redevances issues de ces 18 « Etats et territoires non coopératifs » en matières fiscales seront taxés à 50 %. En mars 2008, ces pays accueillaient pour moins de 3,1 milliards de dollars d’avoir des banques françaises, soit moins de 0,6% de leurs actifs dans les paradis fiscaux à cette date.En mars dernier, Marianne publiait cette mappemonde des paradis fiscaux, où figurait le montant des avoirs des banques françaises dans les 46 pays listés comme états non coopératifs par le FMI. En mars 2008, les actifs présents dans ces pays pesaient pour 532 milliards de dollars. Après deux G20, qui avaient pointé les paradis fiscaux comme une des causes de la crise, les gouvernements s’étaient engagés à faire rendre gorge à ces pays. Du moins, les pays de l’OCDE promettaient d’appliquer une taxation ultra-dissuasive. On allait voir ce que l’on allait voir.
Eh bien… pschitt. L’arrêté signé de la main de Christine Lagarde, le ministre de l’Economie et d’Eric Woerth, le ministre du Budget et des Comptes publics, est loin de cet objectif. Les 18 pays qui y sont pointés du doigt figurent parmi les nains des paradis fiscaux au sens du FMI. La liste est on ne peut plus light. En fait, elle ne reprend que 15 pays de la liste du FMI et en ajoute trois : le Brunei, le Guatemala et les Philippines. Ensemble ces18 pays ne concentraient en mars 2008 que 3 milliards de dollars de dépôts des banques, autant dire une broutille. La Suisse et ses 70 milliards de dollars de dépôt n’y figure pas. Pas plus que le Luxembourg, bon premier avec 130 milliards d’actifs. Pas de quoi faire peur aux banques."
Est-ce que les JP Pernaud, Laurence Ferrari, David Pujadas, JP Elkkabach ou autres Alain Duhamel et Serge July en ont parlé aux citoyens électeurs ?
Seul le message de taxation est passé dans les médias.
Alors, comment s'étonner que le gouvernement ne s'intéresse pas aux "mal votants" que sont les enseignants ? Il a d'autres chats à fouetter.
- c'est la crise
- y'a pas de sous
- un statut, ça coûte cher
- on n'aura donc wallou
- et il ne reste plus qu'à se couvrir la tête de cendres et entonner les tristes mélopées de nos espoirs déçus
Or, comme je te l'ai humblement signalé, deux éléments manquent à ce beau raisonnement:
- le gouvernement sait fort bien trouver des sous quand il le veut
- il saura fort bien trouver des sous si nous le voulons.
Sur le premier point, on a déjà évoqué, l'article en reparle d'ailleurs, l'exemple des restaurateurs et de leurs 3 milliards. On peut, plus proche de nous, trouver d'autres exemples:
Le nombre de postes aux concours du privé (CAFEP) a en effet été publié
Alors que le nombre de postes au CAPES externe (enseignement public) est en lègère diminution (5006 postes cette année contre 5095 l'an dernier), et toujours largement inférieur au nombre de départs en retraite, le nombre de postes au CAFEP-CAPES (concours externe du privé), lui, est cette année multiplié par deux et même plus (1260 postes contre 569 l'an dernier) !
Répartition 2010 : http://www.education...afep-capes.html
Répartition 2009 : http://www.education...ssion-2009.html
Preuve s'il en fallait que le gouvernement sait trouver des sous, s'il le veut
Second point, et petite remarque: c'est quand même bizarre cette position permanente d'attentisme. Certains attendent le statut comme d'autres espérent Noël, en décomptant les jours. Effectivement, à vivre nos espoirs sur des calendriers de l'avent, on est toujours déçu. Faudrait-il donc continuer, en bonnes poires que nous sommes, à continuellement attendre du gouvernement, d'un député, de l'air du temps, qu'ils se décident à nous faire justice ?
Cela ne ferait que déclencher d'autres désillusions.
Grands absents donc de ton propos, Froment, les petits dirlos que nous sommes...
P'tits dirlos qui obtiendront ce qu'ils veulent, non en discutant doctement à longueur de forums de leurs espoirs déçus, mais en allant le chercher...
La réalité, de gouvernement en gouvernement, depuis 10 ans, est la même: chaque ministère dispose de dirlos sous-payés, dont il charge un peu plus la barque année après année, le tout sans guère d'opposition.
Pourquoi irait-il donc dépenser plus pour les dirlos, s'il n'y était contraint ?
Ce fichu statut, nous l'aurons si nous irons le prendre. Pas de Noël à attendre pour nous...
C'est triste, hein ?
Thierry fabre
Lisez le 3ème rapport de la RGPP : http://www.rgpp.modernisation.gouv.fr/fileadmin/imgs/RGPP-Fevrier2010-complet.pdf
La suppression des postes de fonctionnaires est vécue comme un gain de productivité. Mais quid du service offert par ces personnes. Peu à peu on voit ici ou là émerger la réalité des effets de cette suppression : pôle emploi, sécurité, lycée collège, bientôt défense nationale...
Ben oui derrière ces postes il y avaiyt un service mais cela n'apparait pas dans les statistiques. Question de culture encore...
Ce qui me console dans cette affaire est qu'un jour ou l'autre on va redécouvrir les vertus des confrontations idéologiques mais pas sur les bases du passé mais de nouvelles bases du type de celles que veut initier le GDID : vérité réalité humanisme pragmatisme utopie ( il en faut ).