Directeurs en lutte
Le constat est cruel : les syndicats enseignants ne parviennent plus à mobiliser. La manifestation organisée à Paris le samedi 30 janvier à l’appel de la FSU relayée par la CGT Educ'action, le SNALC-CSEN, le SNLC-FAEN, les lycéens de la FIDL et l'association APSES n’a pas réuni plus de 8000 personnes selon la police ou 12000 selon les organisateurs.
Les enseignants se mobilisent de moins en moins même lorsqu’il n’y a pas de journée de salaire à perdre. Les raisons sont naturellement diverses. Certains ont pu y voir une action à usage interne de la FSU à la veille de son congrès au cours duquel Gérard Aschiéri cédera son fauteuil de Secrétaire Général à Bernadette Groison.
« Cette manifestation n'est pas liée au congrès. On n'a pas besoin de ça » a assuré Gérard Aschiéri qui a reconnu, à demi-mot, l’échec relatif de ce rassemblement parisien : « Quant à la mobilisation, même si elle n'est pas massive, elle montre qu'il y a une persistance des problèmes et des gens qui ont encore envie de faire bouger les choses », a-t-il ajouté. « Ça montre qu'il y a une base militante importante, des gens qui se sont levés très tôt ce matin pour venir dans des cars et des TGV, ce qui me donne de l'espoir ». Certes, mais la base militante semble se restreindre comme peau de chagrin.
D’autres ont pu se lasser des mobilisations à répétition. Car n’oublions pas que cette manifestation vient après deux autres considérées par les médias comme un semi-échec le 24 novembre 2009 et un échec le 21 janvier 2010.
Cette fois encore, la manifestation serait complètement passée inaperçue dans les médias si la FSU n’avait eu l’idée de faire caracoler un dromadaire en tête du cortège. « Il symbolise le régime sec auquel est soumise l’Education nationale », résume Gilles Moindrot, secrétaire général du SNUipp. « La réussite de nos élèves ne doit pas rester un mirage », « les ministres passent, les enseignants bossent ». Le dromadaire a attiré l’objectif des photographes…
Il faut dire qu’une telle manifestation ne dérange personne. Par ces temps de grand froid, les parisiens sont restés au chaud, parents et enfants sont en week-end ; la circulation est à peine perturbée. Il en faut davantage pour mobiliser les médias…
Cette manifestation organisée « pour protester contre les suppressions de postes et la réforme de la formation des professeurs » traduit une véritable faillite : au mieux celle des méthodes de lutte, au pire celle du syndicalisme enseignant. Le résultat est dramatique car c’est le monde enseignant dans son ensemble qui en subit les conséquences.
Et j'y vois aussi une autre explication, d'ordre sociétél : les gens sont de plus égoïstes. Ils ne pensent qu'à leur intérêt immédiat et personnel. Pourquoi les profs seraient-ils différents ? On le voit bien avec certains quand ils sont victimes d'une fermeture. Là, faut que le syndicat se bouge et tout de suite et qu'il leur trouve une solution satisfaisante ! Comment voulez-vous que ça marche comme ça , Un syndicat c'est d'abord ce que chacun en fait. Un syndicat, c'est pas un "machin" qui intervient quand on claque des doigts, c'est constitué de gens qui le font vivre, qui l'animent, qui se dévouent pour représenter les collègues...
Excusez ce coup de gueule mais j'ai trop l'âme syndicale pour ne pas réagir à l'indifférence générale.
Aznavour a chanté avant toi, et avec du talent;
-ce n'est pas ma faute mais celle du public qui n'a rien compris.
Surpris aussi de voir classer par un "fsucgtiste" le PS à gauche, je vous ai toujours entendu dire qu'il était à droite.
Et puis à gauche, avec le PC, il y a maintenant NPA et parti de gauche, en y ajoutant les verts, ça fait pas mal de relais, non?
Non!
C'est pas une histoire de relais, mais bien de propositions... et de crédibilité.
Aujourd'hui le discours syndical n'est plus fait pour convaincre (pourquoi faire? l'essentiel n'étant pas le nombre mais le pouvoir de nuisance), mais pour rassurer ses propres troupes, se compter... Mesurer celui qui a la plus grosse...
Comment expliquer que, dans la fonction publique, le nombre de décharges syndicales soient inversement proportionnel au nombre de syndiqués. Comment croire que l'on mord la main qui nous nourri... Tu veux que l'on parle un peu de "cogestion"?
On peut tromper mille personne une fois... (la citée de la peur)
"...la vigueur actuelles des associations, de la plus petite sportive, à la plus grande altermondialiste"
Je ne te suis pas, Pierrot. Attention tout cela est trompeur. Les associations, de la plus petite à la plus grande, tiennent par la volonté, le dévouement et l'engagement de QUELQUES personnes la plupart du temps. Souvent une poignée de militants. Et il suffit parfois d'un ou deux départs pour que ça capote.
Regarde les partis politiques : combien de divisions ? Pas grand chose en réalité. Prends le plus grand, celui du président : l'UMP. On nous dit 253 645 adhérents fin 2009. Tu te rends compte ? Rien du tout. Et encore, on est certainement loin de la réalité. 90 000 perdus en 2008, 40 000 en 2009... Remarque d'après le brave Frédéric Lefebvre, "beaucoup sont décédés" (12/01/2010) !!!
Au PS, on nous dit 170 000... officiellement.... Et si on demandait au MODEM ou aux autres ?
Non, Pierrot, l'engagement militant est en perte de vitesse. Les AG sont squelettiques. Alors, sans défendre la FSU, faut quand même reconnaître que la mentalité actuelle fortement individualiste ne joue pas en faveur des syndicats.
Le décalage est énorme entre les réalités vécues et les propositions syndicales. Bien sûr on m'argumentera que cette réalité est dessinée peu à peu par touches successives de réformettes tendant vers une réforme matricielle issue d'une idéologie libérale mais l'attitude qui consiste à rejeter le bébé avec l'eau du bain systématiquement ne prend plus dans l'opinion. Peu ou proue les enseignants savent que le statut quo n'est plus tenable, que l'école de papa c'est terminé avec le recrutement sociologique actuel , l'évolution des territoires, les tices ...
Le" tous pareils" n'est plus tenable, le pilotage par des IEN débordés inefficace ou virtuel à coup de tableau excel , l'absence d'existence juridique un casse -tête pour les directeurs engagés dans des projets avec les partenaires hors MEN.
Or les syndicats se contentent de crier au loup comme si la peur du loup était suffisante pour s'en réchapper. Je viens de lire le 4 pages spécial direction du SNUIPP local et je partage volontiers certaines craintes exprimées face aux EPEP , la dérive consumériste ou libérale au choix, le risque d'inégalité mais lorsque je lis que la parade c'est le Conseil des Maîtres décisionnaire là je hurle : ça ne marche pas ! Personne ne veut partager ce qu'implique le travail de direction ; les décisions oui mais l'application de celles-ci , les réunions, les emmerdements, la responsabilité non il n'y a plus personne. Alors c'est cela que j'appelle une parole non crédible : de l'analyse intelligente suivie de propos irréalistes d'un autre âge ( qui conduisit les gardiens de chèvres du Larzac aux postes actuels de responsabilités ) . Alors à quoi bon allez battre le pavé pour cela. Nous sommes des milliers à être orphelin syndical . cela ne nous amuse pas mais comment suivre des personnes qui refuse le mot de directeur au profit de fonction de direction .
Dans le bulletin 569 du 93 (décembre 2009), le délire est complet.
Je ne résiste pas au plaisir de vous en livrer quelques extraits qui valent leur pesant de cacahuettes...
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Les directrices et les directeurs en première ligne, mais c’est l’affaire de tous
Les EPEP – un projet libéral - le piège du statut
Attention aux dérives poujadistes
Salaire au mérite et statut de chef d’établissement
Un statut, pour quoi faire exactement ?
Alors bingo ! Mon travail sera reconnu et je gagnerai plus !
Sauf, sauf… que le directeur aura une enveloppe contrainte ! Il aura donc le «choix» entre :
a) donner des points en plus à certains… à condition d’en enlever à d’autres ! Commence à en parler dans ton équipe : qui augmenter ? en diminuant le salaire de qui ?... ambiance garantie !
b) maintenir toute l’équipe au même niveau, malgré la pression des collègues qui s’estimeront «lésés»… et surtout : malgré les menaces sur son propre salaire, puisqu’on pourra alors lui reprocher un management décalé, non conforme, «trop égalitaire ». Quel directeur résistera dans ce contexte ?
Et au bout du compte, quelle équipe, quelle école pourra continuer à fonctionner sereinement dans une telle situation ?
Le piège tendu par plusieurs
on a vu ces dernières années l’apparition d’un groupement de directeurs prônant le même statut, soutenu dans un même élan par deux syndicats archi minoritaires.
Les revendications du SNUipp
Oui la direction d’école a besoin de temps, de moyens, de reconnaissance et de formation.
L’enseignant chargé de direction doit voir ses missions clarifiées, sa charge de travail allégée.
Le SNUipp revendique un renforcement des prérogatives du Conseil des Maîtres. Cela nécessite :
- plus de maîtres que de classes pour favoriser partout sur temps de travail l’aide aux apprentissages et profiter pleinement de la polyvalence de l’équipe,
- l’octroi de moyens matériels et humains ; décharges de service, personnels de secrétariat, temps de concertation… pour faciliter la gestion, l’organisation, la concertation et l’animation des équipes.
- une réflexion sur l
"- une réflexion sur la difficulté de gestion des grosses écoles car le nombre de classes joue un rôle important sur les relations entre collègues, entre élèves, avec le personnel communal et les parents.
Le SNUipp doit poursuivre le débat et l’action, avec les équipes d’école, et toute la profession sur la direction et le fonctionnement de l’école, sur la base de ses revendications.
Ce débat sur la direction d’école est indissociable de celui sur le fonctionnement de l’école et le travail en équipe.
Le SNUipp propose l’octroi, pour chaque école, d’un équipement et une dotation a minima, de créer des emplois statutaires d’assistance à la direction, de revoir positivement les seuils d’attribution des décharges de direction, d’améliorer la formation des directeurs et directrices d’école.
Le SNUIPP réaffirme la nécessité d’une reconnaissance financière."
En plein congrès de la FSU, une façon pour les copains de Aschieri de remobiliser leurs troupes en distribuant un 4 pages collector...
Mais non, je plaisante, ils n'ont toujours rien compris, tant pis pour eux,(nous?)
Christian
Mais chassez le naturel... la bête est aux abois : l'avenir de la FSU dans le contexte de la nouvelle représentativité syndicale est menacé , la mobilisation montre que les collègues ne suivent pas le syndicalisme de transformation sociale et que l'heure est à la négociation pour éviter le pire ( EPEP Darcos ) . Pour le reste il suffira de faire jouer l'alternance démocratiquement dans les urnes. Mais là c'est une autre histoire.
La loi du 20 août 2008 sur la représentativité syndicale, en vigueur depuis le 1er janvier 2009, modifie en profondeur les règles du dialogue social. Pour être représentative et habilitée à négocier des accords d’entreprise, une organisation syndicale doit désormais recueillir au moins 10 % des voix aux élections professionnelles (comité d’entreprise, délégués du personnel). Au niveau des branches, ce taux est fixé à 8 %, et au niveau interprofessionnel, à 10 %. Autre nouveauté très importante : pour être valable, un accord d’entreprise devra recueillir la signature de syndicats représentant au moins 30 % des salariés de l’entreprise. Elle impose aussi aux syndicats et au patronat la publication de leurs comptes.
Ajoutons à cela que la FSU est totalement absente des entreprises. Elle est restée concentrée dans la fonction publique d’Etat et, surtout, chez les enseignants. D’où la nécessité de trouver des alliés pour exister. D’où encore le rapprochement au stade d’ébauche avec la CGT. On sait que Bernard Thibault et Gérard Aschiéri se sont rencontrés pour engager ce rapprochement entre les deux centrales syndicales. D’où enfin, probablement, la manifestation à la veille du congrès de Lille même si G. Aschiéri s’en défend. Une façon de montrer ses muscles et d’impressionner les partenaires concurrents…