Directeurs en lutte

En pleine préparation de son congrès de mars 2010, le SE-UNSA dresse un bilan de son action édictée par le précédent mandat. Ainsi, Philippe Martin, secrétaire départemental 59, publie-t-il un « rapport d’activité départemental » sur la « direction d’école ».
Direction d’école : dossier non clos
En mai 2006, était signé entre le ministère de l’Education nationale et le SE-UNSA le protocole sur la direction d’école. Que n’avons-nous entendu à l’époque ?
Et puis le temps a passé. La fuite de nos directeurs syndiqués n’a pas eu lieu et le SE-UNSA a été confirmé comme syndicat majoritaire des écoles dans notre département.
Avec le recul, considérons à nouveau les avancées :
- Généralisation des décharges pour les directeurs d’école à 5 classes et extension à toutes les écoles à 4 classes ; décharges de rentrée pour les petites écoles ;
- Dotation d’une aide administrative dans chaque école en ayant fait la demande ; le SE-UNSA sait bien que certaines d’entre elles n’ont pu en bénéficier et intervient régulièrement pour que le quota d’aide administrative soit abondé :
- Augmentation de l’indemnité de direction ; celle-ci sera augmentée une seconde fois en 2007 pour atteindre 1295 euros.
Et puis il ya eu la signature du protocole sur les 108 heures signé par le SE-UNSA et le SGEN-CFDT. A cette occasion :
- Une décharge de service a été attribuée aux directrices et directeurs d’école pour organiser l’aide personnalisée (de 10 heures pour les petites écoles à une décharge de service totale pour les plus grosses) ;
L’indemnité de direction a été augmentée de 200 à 600 euros.
Pourtant, le SE-UNSA considère-t-il que le dossier est clos ? Non, bien sûr, et les débats qui auront lieu lors du congrès de Brest, en mars prochain, iront, notamment, dans le sens
- d’une augmentation du temps de décharge,
- d’une revalorisation de l’indemnité et de la bonification indiciaire,
- de la dotation dans chaque école d’un secrétariat administratif dont les missions seront pérennisées, dont les emplois seront stables et qualifiés.
Depuis plusieurs années maintenant, le gouvernement tente d’imposer les EPEP. Au-delà des EPEP, c’est l’évolution du fonctionnement et de la direction d’école qui interroge notre syndicat, comme les autres d’ailleurs… sauf qu’au SE-UNSA les débats ont lieu pour faire avancer des pistes concrètes, y compris lorsqu’ils sont contradictoires. A nouveau, à Brest, le SE-UNSA débattra du fonctionnement de l’école, de sa structuration juridique, de son autonomie financière à seule fin de l’amélioration de l’efficacité pédagogique.
Le SE-UNSA n’échappe pas à l’autosatisfaction rencontrée dans les syndicats ou partis politiques à la veille d’un congrès. L’équipe en place est globalement contente du travail accompli. Tout aussi naturellement, elle agrémente son bilan d’un bémol pour justifier ses difficultés à remplir totalement son mandat d’où la nécessité souvent réaffirmée de reconduire les dirigeants afin de parachever leur œuvre… Rien que de très classique.
Constatons, cependant, que le SE-UNSA fait abstraction de bon nombre de critiques qui lui ont été adressées durant cette mandature. Certes, si l’obtention d’une décharge pour les écoles de 4 classes a été saluée comme une juste et réelle avancée, rappelons que les conditions de sa mise en place ont été souvent difficiles. Les PE2 ont parfois été imposés sans concertation ni sur le jour de décharge ni sur le contenu de leurs interventions. Le suivi et la formation de ces jeunes stagiaires a souvent été une charge supplémentaire pour nombre de collègues directeurs. Enfin, rappelons, l’incertitude qui se fait jour avec la disparition de ces PE2 à la prochaine rentrée scolaire.
Le SE-UNSA présente aussi comme une avancée la double augmentation de l’ISS. L'honnêteté commande de la relativiser car cette augmentation ne représente que la modeste somme de 2 fois 15 euros…
Quant à la part fixe de l’indemnité versée comme une prime et allant de 200 à 600 euros, rappelons que l’immense majorité des collègues travaillent dans des écoles de moins de 10 classes et ne touchent donc, pour la plupart, que 200 ou 400 euros. Peut-on, pour autant, admettre que cette augmentation soit à la mesure de la reconnaissance de leur métier ?
Ce syndicat semble également se féliciter d’avoir signé le protocole sur les 108 heures. Là encore, il faut relativiser « l’avancée » que constitue l’attribution d’une décharge de service pour organiser l’aide personnalisée. Nous savons que certains IA et IEN n’ont pas été très coopératifs pour simplifier le travail des directeurs. Nous ne comprenons d’ailleurs toujours pas pourquoi certaines catégories de personnels ont été exemptées de l’aide personnalisée pendant que l’immense majorité des directeurs y étaient contraints.
A quelques mois de son congrès, l’équipe dirigeante du SE-UNSA présente ses perspectives pour le prochain mandat. Curieusement, ces mesures sont annoncées avant les débats du congrès… Ce qui signifie qu’elles « coulent de source » et qu’elles constituent une revendication permanente hors mandat (augmentation du temps de décharge et revalorisation financière).
Quant à la demande de « dotation dans chaque école d’un secrétariat administratif dont les missions seront pérennisées, dont les emplois seront stables et qualifiés », qui peut croire qu’elle puisse aboutir rapidement et être exaucée par un quelconque gouvernement ? Pas même les dirigeants du SE-UNSA qui savent bien que cette mesure n’a aucune chance d’être retenue en ces temps de RGPP et de coupes budgétaires. D’ailleurs, la structure de la grande majorité des écoles ne nécessite pas « un secrétariat administratif ». Les directeurs ont surtout besoin d'une décharge pour assurer eux-mêmes le bon fonctionnement de leur école.
Qui peut également croire que ces « emplois seraient stables et pérennisés » alors qu’ils ne sont actuellement assurés que par des personnes en contrat aidé, sans formation et mal rémunérées ?
Comment croire que ces personnels seraient « qualifiés » alors même que la formation des enseignants est revue à la baisse pour de simples raisons budgétaires ? A l'évidence, le SE-UNSA
verse sciemment dans la démagogie en avançant ce type de mesure qu'il sait irréaliste et irréalisable.
Philippe Martin semble aussi minimiser l'impact de la signature du protocole en mai 2006. Comment vérifier que les directeurs syndiqués n’ont pas quitté le navire ? Est-ce le fruit du hasard si les directeurs d’école ont été si nombreux à répondre à la consultation IFOP commandée par le GDID en septembre 2006 ? Le SE-UNSA aurait-il oublié que 93 % des collègues ont manifesté leur désir d’être reconnus par un véritable statut professionnel ?
N'oublie-t-il pas également que les élections professionnelles ont traduit une érosion de 1,6 point sur le plan national
malgré une participation en hausse de près de 2 points. En outre le SE-UNSA a recueilli moins de 25 % des suffrages exprimés.
Certes, il est bon que les débats aient lieu au sein du SE-UNSA à propos de la direction d’école. En effet, ce n’est pas le cas dans toutes les organisations syndicales. Mais les directeurs attendent davantage que des débats. Il est temps que le SE-UNSA prenne clairement position sur la question du statut et qu’il inscrive enfin cette mesure au premier rang de ses revendications. Il est temps que le SE-UNSA considère la reconnaissance institutionnelle des directeurs d’école comme une priorité absolue de son action « à seule fin de l’efficacité pédagogique », comme il dit…
Ce que je retiens de ce que le SE a fait (ou tenté de faire), c'est justement qu'il a tenté quelque chose. Ca n'est pas ce que nous voulions ? Certes. Ca ne fait toujours pas un statut ? Re-certes. Mais, s'il avait fallu que tous les syndicats disent non à tout (comme le font si bien certains, par culture ou par facilité), pour qu'on sorte de l'impasse dans laquelle nous nous trouvions après des années de grève administrative stérile, où en serions-nous aujourd'hui ? Pas plus avancés, j'en suis convaincu.
Nous n'avons pas réussi à avoir les grives. Faut-il en vouloir aux merles ?
Surtout que, qu'on le veuille ou non, que cela plaise ou énerve, la solution souhaitée (le statut) passera forcément par la case syndicale, à un moment ou à un autre.
Et le SE n'est pas le plus fermé au dialogue, m'a-t-il semblé.
Montrons en quoi le statut est porteur d'avancées revendiquées par ailleurs par des syndicats (plus de temps, meilleure reconnaissance -financière également, donc-), montrons que la proposition d'un statut pour les directeurs n'est pas contradictoire avec les réflexions qui nourrissent certains débats syndicaux, ce sera beaucoup plus constructif, et très certainement plus efficace aussi.
Pour le reste, oui il y a de l'autosatisfaction dans ce que le SE 59 écrit. Et alors ? Vous en connaissez beaucoup, vous, des élus qui, se représentant à vos suffrages, vous diraient : "J'ai tout raté, j'ai rien fait de ce que je vous avais promis : alors surtout n'hésitez pas, votez pour moi !" ?
Attendons plutôt de voir ce qui ressortira du congrès du SE à Brest. Les choses sérieuses commenceront là.
En attendant j'observe et peut être que l'an prochain j'aurai un nouveau foyer d'adoption syndical... après 16 ans de SNUIPP.
Je pense que la création des EPE approche quoi qu’on dise et il serait peut-être utile plutôt que de passer notre temps à cracher sur les syndicats, de s’inquiéter des modalités de la mise en place de ce statut et des fameux établissements…
Parce-que, ce dont je n’entends pas vraiment parler sur ce site et celui du GDID c’est le risque pour la majorité des dirlos de perdre tout simplement leur
fonction.
En effet, certaines personnes commencent ou vont commencer à s’intéresser à la direction et postuleront pour les postes de chefs d’établissement qui seront bien moins nombreux que les postes de directeurs actuellement mais mieux payés… Personnellement, je me fous de ce que pense le snuipp sur la direction mais je crois bien que l’on devrait s’inquiéter du recrutement de ces futurs dirlos…
Remarque : je plains déjà les charognards : ils devront se taper des adjoints comme nous et ça se sera rock and roll !
L'autosatisfaction des syndicats est déplacée. Pas étonnant qu’on trouve des analyses critiques de plus en plus virulentes. Même chose pour nos partis politiques. Le constat démocratique est consternant. Dans tous les syndicats ou partis politiques, la parole est confisquée par quelques apparatchiks qui prétendent détenir la vérité et dicter leur vision du monde au troupeau que nous sommes.
L’enseignant ou le dirlo lambda est absent des débats et il n’est pas considéré comme un interlocuteur apte à donner son avis. Résultat : ce comportement génère une méfiance généralisée et une remise en cause des syndicats. Ce qui n’est bon pour personne.
Alors, oui, je me réjouis de pouvoir trouver des espaces qui s’insurgent contre ce discours ambiant qui cause tant de tort à l’ensemble des salariés. Tous les jours je lis ce qui s’écrit sur les blogs qui peuvent apparaître contestataires aux yeux de certains mais qui jouent un rôle d’aiguillon indispensable pour dénoncer la pensée unique ou la langue de bois. Ce rôle d’analyse est indispensable pour faire prendre conscience qu’il faut être attentif aux messages que nous envoient les syndicats ou les partis politiques.
On en a ici un exemple flagrant avec cette annonce abracadabrantesque de "dotation dans chaque école d’un secrétariat administratif dont les missions seront pérennisées, dont les emplois seront stables et qualifiés." La plupart des collègues n’ont peut-être pas le temps de lire cette prose ou réfléchir sur l’énormité de ce qui s’apparente à un message subliminal : " voyez, bonnes gens, comme nous nous employons à améliorer vos conditions de travail… ".Eh bien, vois-tu, Nathalie (commentaire 1), je trouve heureux et sain que des collègues dénoncent, critiquent et analysent de tels propos. Après, à chacun de se faire son opinion et de savoir si ça sert à quelque chose ou à rien...
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Pourtant, le SE-UNSA considère-t-il que le dossier est clos ? Non, bien sûr, et les débats qui auront lieu lors du congrès de Brest, en mars prochain, iront, notamment, dans le sens
- d’une augmentation du temps de décharge,
- d’une revalorisation de l’indemnité et de la bonification indiciaire,
- de la dotation dans chaque école d’un secrétariat administratif dont les missions seront pérennisées, dont les emplois seront stables et qualifiés.( on croirait entendre les concurrents)
Depuis plusieurs années maintenant, le gouvernement tente d’imposer les EPEP. Au-delà des EPEP, c’est l’évolution du fonctionnement et de la direction d’école qui interroge notre syndicat, comme les autres d’ailleurs… sauf qu’au SE-UNSA les débats ont lieu pour faire avancer des pistes concrètes, y compris lorsqu’ils sont contradictoires. A nouveau, à Brest, le SE-UNSA débattra du fonctionnement de l’école, de sa structuration juridique, de son autonomie financière à seule fin de l’amélioration de l’efficacité pédagogique."
Je me demande si la première partie de cet extrait ne préfigure pas des futures orientations puisqu'on nous dit que les débats iront dans ce sens, uniquement de "l'avoir".
Mais à la lecture de la fin de l'extrait on nous dit gentiment qu'on débattra du fonctionnement de l'école ...etc ; enfin des choses importantes mais qui semblent figurer dans les discussions annexes.
Franchement, en lisant ça, j'ai des doutes sur le courage du SE à vraiment prendre le problème à bras le corps.
Comme je suis plutôt optimist de nature, je me dis que ce n'est l'avis que d'un secrétaire départemental !!!
A voir
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