Directeurs en lutte


Philippe Seguin, premier président de la Cour des Comptes, n’a pas manqué de fustiger la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux en présentant le rapport de la Cour sur « les effectifs de l’Etat » de 1980 à 2008.

« L'État se révélant incapable d'analyser les besoins et de programmer ses effectifs en conséquence, sa politique du personnel est dictée principalement par des considérations budgétaires de court terme », a souligné Philippe Seguin.

Il a en outre regretté que cette règle forfaitaire de non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux "résulte d'une démarche purement quantitative", sans évaluer la qualité des missions de service public.

Cette règle, limitée en termes de réduction des dépenses et du déficit, l’est également dans le temps. En effet, la pyramide des âges de la fonction publique est telle qu'elle ne pourra fonctionner à très long terme, estime-t-on à la Cour des Comptes. En effet, à partir de 2013, le nombre de départs en retraite dans la fonction publique d'Etat devrait tomber à environ 10.000 par an, ce qui reviendrait à une économie de seulement 5.000 postes.

Pour M. Séguin, étant donné la "dégradation accélérée de nos finances publiques", "il y a urgence à mettre en place une politique globale de gestion du personnel public", gestion actuellement "éclatée" et lacunaire selon le rapport.

 

La baisse des effectifs dans la Fonction publique d'Etat a été plus importante que prévue, avec 28.000 équivalents temps pleins (ETP) supprimés en 2008, contre 22.921 fixés par la loi de finances, selon un communiqué de l'Elysée publié mercredi à l'issue du Conseil des ministres, précise le journal « l’Expansion ». L'écart "traduit l'anticipation par certains ministères de suppressions de postes prévues dans le cadre du budget 2009-2011", précise un communiqué du ministère du Budget et de la Fonction publique.

Ces réductions d'effectifs interviennent dans le cadre de la Révision générale des politiques publiques (RGPP), nous en avons largement fait écho sur ce blog (relire nos nombreux articles sur le sujet).

 

Les syndicats enseignants n’ont pas attendu pour tirer la sonnette d’alarme. Pour le SE-Unsa, « l’addition est particulièrement salée ».

« Le Comité Technique Paritaire Ministériel du 16 décembre a mis à son ordre du jour la répartition des moyens pour la rentrée 2010. Un dénominateur commun à toutes les données qui nous ont été communiquées : faire plus avec moins ! La difficulté de la tâche explique sans doute la communication tardive des documents, moins de 24 heures avant l’ouverture des travaux.

Dans le premier degré, la répartition de 1 650 emplois camoufle mal la diminution importante des moyens pour les écoles. En effet, dans le contexte de la réforme de la formation des enseignants, ce sont 9 182 emplois de stagiaires qui disparaissent. Chacun d’eux exerçait à quart temps devant les élèves. Ce sont donc près de 2 300 équivalents temps plein qui se volatilisent ainsi. Dans le même temps, on annonce l’arrivée de 5 400 élèves supplémentaires dans les écoles. Moins de postes pour plus d’élèves : en la matière l’imagination n’est pas fertile : c’est encore la scolarisation des deux ans et les remplacements qui vont payer leur écot à cette politique ».

[…] « Au moment où l’Etat réussit à trouver trois milliards pour les restaurateurs, il fait payer une addition particulièrement salée à l’Education nationale : les 16 000 emplois économisés représentent une économie de 500 millions d’euros. »

Pour le SE-UNSA, « cette stricte politique budgétaire, qui ne voit dans l’Education nationale qu’un gisement d’économies d’emplois, va à rebours d’une politique ambitieuse : celle de l’investissement dans l’Education », déclare Christian Chevalier, Secrétaire Général du SE-Unsa.

 

Côté FSU, les réactions sont tout aussi indignées. "Arrêtons ce jeu de massacre en période de crise", a réagi Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, premier syndicat dans la Fonction publique d'Etat (2,5 millions de fonctionnaires), sur France Info.

"Pas étonné" par ces chiffres, il a expliqué que "depuis la mise en œuvre de la LOLF (loi organique relative aux lois de finances), on parle de plafond d'emplois : c'est-à-dire que chaque ministère, chaque administration a un nombre maximum d'emplois dont il peut disposer mais il n'est pas obligé d'atteindre ce maximum, il peut faire des économies supplémentaires".

"C'est manifestement ce qui se fait depuis plusieurs années, et je crains que pour 2009 et 2010 on ait le même phénomène de suppressions d'emploi qui viennent s'ajouter à celles déjà prévues par le législateur", a-t-il ajouté.

 

Paradoxalement, les effectifs de l'ensemble de la fonction publique française ont augmenté de 36% entre 1980 et 2008. Comme nous l’avons déjà expliqué, la progression de l'emploi public résulte essentiellement des collectivités territoriales (+71%). Et, malgré d'importants transferts de compétences aux collectivités, la décentralisation n'a entraîné aucune baisse ni même stabilisation des effectifs de l'Etat, a relevé Philippe Séguin.

"Les effectifs s'ajustent très peu à la baisse de la demande ou des besoins mais sont au contraire très réactifs aux nouvelles sollicitations", a-t-il ajouté.

Ainsi, les effectifs du ministère de l'Agriculture et de ses opérateurs ont doublé alors que le poids de l'agriculture dans l'emploi et la richesse nationale était divisé par deux.

Philippe Seguin note que la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux profite en outre aux "administrations pléthoriques et sous-productives" qui ont moins de mal que les autres à "rendre des effectifs". "On récompense donc les mauvais élèves, ceux qui, au fond de la classe et depuis très longtemps, résistent aux efforts de productivité", tranche Philippe Séguin. "Les personnels de l'État, des collectivités et des hôpitaux sont la principale force du service public. Nous ne pouvons leur offrir comme seule perspective une rationalisation froide et permanente", ajoute-t-il.

 

C’est pourtant cette perspective que réserve le ministère de l’Education nationale à ses personnels comme le confirme l'édition annuelle de l'Etat de l'école, une publication ministérielle, qui vient de sortir. Cette étude est un bon indicateur du désinvestissement public. Ainsi, apprend-on que, de 2000 à 2009, près de 140 000 emplois d'enseignants ont disparu (1 124 389 à 985 573).

Cette « rationalisation froide et permanente » est, sans nul doute, l’un des éléments qui contribuent au malaise que nous rencontrons dans l’enseignement et dont nous avons rendu compte dans de récents articles.

 

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Jeu 17 déc 2009 18 commentaires

Pour aller dans le sens de l’article, on apprend que l’Allemagne vient de prendre la décision de consacrer 3% de son PIB à la recherche et 7% à l’éducation d’ici 2015. En Allemagne, le financement est assuré par l’Etat mais aussi par les Länder. Des sommes importantes vont être injectées chaque année jusqu’en 2015 : 5 milliards d’euros supplémentaires par le gouvernement fédéral et 8 milliards par les Länder, soit 13 milliards supplémentaires par an.

En France, c’est l’inverse. Les dépenses d’éducation représentaient 7,6% du PIB en 1995. Elles ne représentent plus aujourd’hui que 6,6% du fait du désengagement de l’Etat.
Froment - le 18/12/2009 à 08h45
Ce jeu de massacre n'est pas bon en ces périodes de crise . Il faut que notre gouvernement trouve de meilleures solutions pour nos enfants .
Qu'on supprime des fonctionnaires dans d'autres ministères que dans celui de l'Education Nationale .
Noé BABET - le 18/12/2009 à 15h00
Mais dans l'Education Nationale aussi on peut mieux gérer: il serait possible de redéployer les moyens des équipes de circonscription avec CPEN, postes à profil, de l'IA avec ses postes " développement durable" et autres vers les écoles au profit de moyens de remplacement , de décharges de direction... 
  Depuis quelques années, ces postes plus ou moins identifiés fleurissent parfois en marge du mouvement et certains en profitent bien passant de la FAL à l'Usep, puis à l'IA ... éternels donneurs de leçons en pédagogie , grands pouvoyeurs de projets dits " pilotes" à destination des petits copains et copines  qui drainent les subventions..; allez , on en a tous dans notre département ! et ils prospèrent  en toute discrétion avec l'aval de ceux qui nous expliquent qu'il n'y a pas de moyens supplémentaires possibles pour les écoles!
merlin - le 19/12/2009 à 09h49
Dans notre administration , il y a des "pantouflards divers" , et si on les mettait sur des classes , ce serait mieux , n'est-ce pas ?
Les MAD , certains membres des RASED ... et j'en passe , par exemple
Noé BABET - le 19/12/2009 à 10h54
C’est vrai ce que tu dis, Merlin.
"dans l'Education Nationale aussi on peut mieux gérer: il serait possible de redéployer les moyens des équipes de circonscription avec CPEN, postes à profil, de l'IA avec ses postes " développement durable" et autres vers les écoles au profit de moyens de remplacement , de décharges de direction..."

On a tous des exemples dans nos circonscriptions de postes occupés par des collègues qui ne se sont pas retrouvés là par hasard. Il y a matière à « redéployer », c’est certain. Mais faut aussi se rendre à l’évidence : on irait pas loin avec ces postes récupérés. Pas de quoi, et loin s’en faut, donner un quota de décharge supplémentaire à des dizaines de milliers de dirlos.

Je pense, et Seguin le souligne, c’est une gestion nationale des fonctionnaires qui est nécessaire. Or, il le dénonce, l’Etat est incapable de gérer ses agents.

Prenons l’exemple du ministère de l’Agriculture. C’est caractéristique. On sait que le poids de l’agriculture a été divisé par deux en France. Eh bien, dans le même temps, les effectifs du ministère de l’agriculture doublé.

Mais ce n’est pas tout… Selon l’iFRAP (Institut Français pour la Recherche sur les Administrations et les Politiques Publiques), si rien ne change, à l’horizon 2025, la France comptera à cette date autant de fonctionnaires (attachés à ce ministère) que d’exploitations agricoles, soit à peine plus de 50.000 !

Tu vois, il y a matière à « redéploiement ». Encore faut-il aller chercher les économies là où elles sont possibles et souhaitables. Mais tu connais comme moi les lobbies agricoles et tu connais le pouvoir de leurs représentants à l’Assemblée et au Sénat. Forcément, il est plus facile de tailler aveuglément dans les effectifs de l’Education nationale. Les enseignants et leurs représentants ne font pas partie de la famille…
Froment - le 19/12/2009 à 12h16
Souvent j'entends les enseignants, syndiqués ou non, déplorer ce qu'ils appellent la "politique du chiffre". Il faut savoir si on peut raisonner de cette façon dans les deux sens. Evidemment non, et ce n'est pas parce que le nombre d'exploitations agricoles a diminué que le ministère est pour autant plus simple à gérer.
 
Ne raisonner qu'en termes d'effectifs est forcément absurde, et si comme vous je regrette la mutiplication de bureliers qui ne savent que créer leur propre travail pour justifier leur existence -c'est depuis toujours le problème majeur de l'administration-, on ne peut simplement imaginer qu'il serait plus simple de taper à tel ou tel endroit plutôt que dans les effectifs de terrain.
Pascal Oudot - le 19/12/2009 à 12h40

En désaccord avec toi Merlin, quand tu dis : Depuis quelques années, ces postes plus ou moins identifiés fleurissent parfois en marge du mouvement et certains en profitent bien passant de ... à l'Usep,
Je suis au GDID
Je milite aussi à l'USEP
Cela apporte pour ceux et celles qui le souhaitent beaucoup. Possibilité de rencontres préparées en amont par les enseignants volontaires, prêt de matériels, don de matériels...
Notre école est désormais affiliée à l'USEP. Choix volontaire des collègues. Ils ont pu faire vivre un cross avec le partenariat du secours populaire, feront vivre des rencontres de jeux athlétiques préparés avec les élèves, des bals avec de vrais musiciens... Et au CA, on rame pour que notre mouvement obtienne des subventions : on prend en charge des frais de transports...
Ce n'est certes pas le cas dans tous les départements. Ceux qui connaissent l'USEP peuvent en témoigner...
Mais si notre instit délégué partait, reprenait une classe, l'USEP 56 serait mort. On ne serait pas capables de faire sans lui.
On nous dit : embaucher quelqu'un. On a fait. Mais chaque année, on a dû mal à équilibrer notre budget. Et ne vaut-il pas qu'un collègue instit et dirlo réponde aux demandes des écoles car les connaissant ?

Mais sur le reste, oui on peut s'interroger. Est-il acceptable qu'une anim pédé se déroule en décembre 2009 avec une IEN, 2 conseillers péda pour nous montrer une vidéo datant de juin 2008 vantant les nouveaux programmes et pour nous prouver qu'on pouvait faire un planning hebdomadaire en les respectant en sacrifiant parce que personne ne le fait 1 heure d'EPS par semaine !

La seule question n'est-elle pas : souhaite-t-on des dirlos localement  qui se veulent dirlo, ce qui affaiblira les équipes de pilotages de circonscriptions ?


GAUDEL - le 19/12/2009 à 14h15
Marc,
je reviendrais sur le fond plud tard, juste un petit truc qui me chiffonne un tantinet dansn ton texte:

"une anim pédé ...avec une IEN"

Malraux aurait dit: "psysiologiquement contradictoire"...

Thierry Fabre
thierry fabre - le 19/12/2009 à 14h30
Marc,
je reviendrai sur le fond plus tard, juste un petit truc qui me chiffonne un tantinet dans ton texte:

"une anim pédé ...avec une IEN"

Malraux aurait dit: "physiologiquement contradictoire"...

Thierry Fabre

PS La peste du froid, des doigts gourds, et des relectures trop rapides...
thierry fabre - le 19/12/2009 à 14h32
J'imagine que Gaudel a eu le même problème que toi, Thierry!
Pascal Oudot - le 19/12/2009 à 15h25