Directeurs en lutte

Début septembre, Philippe CLAUS, Inspecteur général de l’éducation nationale, et Odile ROZE, Inspectrice générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche, remettent un rapport intitulé «Troisième note de synthèse sur la mise en œuvre de la réforme de l’enseignement primaire ». Cette note permet à l’Inspection générale de donner son avis sur "la mise en œuvre de la réforme de l’enseignement primaire". (relire notre article)
Parmi les points abordés, les rapporteurs insistent sur les nombreux inconvénients de « la généralisation de la semaine de 4 jours ».
« La situation n’est pas satisfaisante. Les conséquences du resserrement du temps scolaire se font sentir :
Sur la fatigue des élèves et des enseignants : les constats effectués dès le premier trimestre scolaire ont été confirmés à l’issue de l’année, conduisant parfois à la suspension de l’aide personnalisée les semaines précédant les vacances scolaires.
Sur la réduction du temps de dialogue avec les parents : le samedi matin est supprimé, les enseignants, pris par l’aide personnalisée ou par une autre activité, ne sont plus disponibles à la sortie de l’école le soir.
Sur le temps de concertation des enseignants : des doutes sont exprimés par l’encadrement sur la qualité (voire la réalité) des concertations qui ont lieu le vendredi soir à la fin d’une semaine chargée.
Enfin, et surtout, sur le temps consacré aux enseignements : au terme de l’année scolaire, il se confirme que, de l’avis général des enseignants, le temps manque pour faire tout le programme d’enseignement, ce qui était d’ailleurs prévisible. L’année scolaire n’est plus que de 144 jours théoriques (quatre jours pendant 36 semaines), et 140 jours en fait, alors que la moyenne européenne est de 185 jours (Regards sur l’éducation - OCDE 2008). »
Cette note de synthèse rappelle également que « l’évolution souhaitable de la situation n’est pas dans le retour au samedi matin, que personne ne revendique, mais dans la scolarisation du mercredi matin, en vue d’alléger la journée de travail scolaire dans une semaine rééquilibrée. »
Les Inspecteurs généraux abordent également l’aide personnalisée. S’ils reconnaissent l’adhésion des familles et des élèves, ils sont davantage sceptiques sur les bienfaits de cette mesure : « Les effets sur les apprentissages et les acquis sont plus difficiles à mesurer. » [L’aide personnalisée] « ne permet pas, selon les enseignants, de compenser les difficultés lourdes, elle ne permet donc pas d’infléchir l’organisation du cursus scolaire des élèves. »
La FCPE milite également pour le retour de la semaine de quatre jours et demi. Pour son président, Jean-Jacques Hazan, il faut juste expliquer aux adultes que c’est pour le bien-être des enfants : "Si les chronobiologistes et chronopsychologues, depuis plus de vingt ans, ont expliqué qu’il fallait baisser le nombre d’heures de classe et étaler ça sur plus de journées, c’est pour une raison. Il faut que les parents comprennent pourquoi ce n’est pas bon pour leurs enfants ni pour la réussite scolaire."
Les contestations de la semaine de quatre jours se font plus nombreuses et s’alimentent de l’avis des experts de terrain. Pas très réjouissant pour Luc Chatel, nouveau ministre et qui, nous dit-on, est en place pour « gérer les affaires courantes » avant le prochain grand changement de gouvernement.
Il est évident que Luc Chatel aura suffisamment à faire avec les suppressions de postes et la réforme des lycées décidées par son prédécesseur. Lorsqu'un nouveau ministre de l'éducation est nommé à mi-mandat, c'est généralement pour calmer le jeu. D’ailleurs, chose maintes fois vérifiée à l’Education nationale : à une période agitée à cause de réformes mal acceptées, succède souvent une période d’apaisement. Comme une sorte de trêve…
Il devenait donc urgent d’allumer un contre-feu pour faire oublier les contestations. Pour ce faire, quoi de mieux que d’utiliser l’opinion dont on sait qu’elle est favorable à la suppression des cours le samedi…
En effet, beaucoup apprécient ce réaménagement du rythme hebdomadaire, notamment les familles recomposées. Il suffisait donc de canaliser les bonnes opinions pour donner une belle image de cette réforme.
C’est ce que confirmera l’enquête commandée par le Ministère de l’Education nationale à l’Institut de sondage Ipsos.
On y apprend, sans surprise, que « 77% des Français jugent que la suppression des cours le samedi matin à l’école primaire pour mettre en place un dispositif de soutien aux élèves en difficulté est une bonne chose » et que « 88% des parents d’élèves considèrent que la suppression de l’école le samedi est une bonne chose pour les familles ».
Cependant, la question la plus « intéressante » pour le ministère est la suivante :
« De manière générale, considérez-vous que la suppression de l’école le samedi matin en primaire est une bonne ou une mauvaise chose pour assurer un enseignement de qualité aux élèves ? »
Réponse positive à 76%.
Cette question, au demeurant innocente, appelle les remarques suivantes :
- C’est une question fermée qui n’offre que peu de possibilités aux parents d’apporter une réponse autre que celle attendue
- Cette question découle tout naturellement des autres. Les parents approuvent la suppression de l’école le samedi ; ils répondent prioritairement à cette partie de la question
Si la question a été posée ainsi, c’était avant tout pour la réponse induite qu’elle ne manquerait pas de fournir. A question fermée, réponse évidente…
Les parents auraient-ils répondu aussi massivement si la question avait été posée différemment :
« Pensez-vous que la suppression de l’école le samedi permet d’assurer un enseignement de qualité aux élèves ? » Il est permis d’en douter.
En effet, les parents sont-ils en mesure de juger de la qualité de l’enseignement du fait de la suppression de classe le samedi ? Les professionnels sont déjà bien en peine de le faire. Y avait-il nécessité impérieuse à leur poser cette seconde partie de la question ?
Bien connue des pompiers qui luttent contre les incendies, la technique du contre-feu est également très utilisée par les politiques. Elle permet souvent de détourner l’attention d’un sujet brûlant…
Nous avons là un nouveau et bel exemple de stratégie de communication gouvernementale. Puisque les « gens de terrain » critiquent la semaine de quatre jours, il faut leur montrer que cette réforme est plébiscitée par les familles.
Deux semaines après la publication de la synthèse de l’IGEN, le sondage tombe à pic pour enfoncer le clou : non seulement les familles adhèrent à la semaine des 4 jours mais, en plus, elles estiment à 76% que c’est une bonne mesure pour « assurer un enseignement de qualité aux élèves ». CQFD.
Hélas, si le ministère tire son épingle du jeu par cet artifice, il nous faut déplorer qu’une stratégie de communication tienne lieu de réflexion sur des sujets aussi importants. Ce n’est pas de
cette façon que l’on pourra progresser et améliorer le système scolaire qui en a pourtant un besoin urgent.
Il y a une dizaine de jours, G. Moindrot a répondu à "La Croix". En substance, il disait que la mesure correspondait aux attentes des enseignants et des parents mais qu'elle avait été prise dans la précipitation.
Il disait qu'il est difficile de mettre en place une nouvelle organisation avec cours le mercredi matin car les conséquences financières sont lourdes pour les collectivités locales qui doivent réorganiser les transports scolaires et les loisirs.
Et surtout, aucune étude ne permet de comparer les résultats des enfants qui travaillent 4 jours par rapport à ceux qui travaillent 4 jours 1/2.
71% des enseignants interrogés ne souhaitent pas remettre le dossier à l'ordre du jour du conseil d'école, fatigués par trop de réformes en 2 ans.
Quant à l'aide personnalisée, on se retrouve avec 2 heures uniformes dans tous les établissements alors que certains d'entre cumulent des taux importants d'élèves en difficulté. Il aurait peut-être fallu adapter le soutien en tenant compte des besoins.
Petit rappel pour les plus jeunes lecteurs.
Je suis entré en CP en 1959 et durant mes cinq année à l'école élémentaire, j'avais classe CINQ journées de SIX heures soit TRENTE heures par semaine: lundi, mardi, mercredi, vendredi, samedi (y compris donc le samedi après-midi). La journée de repos (et le cas échéant de catéchisme) était le jeudi. La perte par rapport à une semaine de quatre jours est de un cinquième ou encore d'une année scolaire complète par rapport à la situation actuelle (24 heures hebdomadaires pour un élève ne suivant pas le soutien). Oui, vous avez bien lu: UNE année scolaire en moins à l'école primaire! De plus à l'époque nous avions pas mal de devoirs et de leçons à faire à la maison, et certains de mes camarades les faisaient en étude surveillée par les instituteurs après la classe. D'autre part il y avait très peu de sorties et autres activités ludo-éducatives prises sur le temps scolaire. Il n'est donc pas possible que les élèves actuels aient le même niveau dans les matières fondamentales en arrivant en sixième qu'il y a 40 ans.
Mais depuis, la durée de la scolarité moyenne a beaucoup augmenté pour chaque élève puisque presque tous sont scolarisés au moins jusqu'à l'âge de 18 ans voire beaucoup plus ! Donc le temps d'apprentissage total a en fait augmenté. Je suggère que la durée passée à l'école primaire augmente d'un an et passe à 6 ans (de l'âge de 6 ans à l'âge de 12 ans) et que lycées et collèges soient fusionnés pour que la durée de l'enseignement secondaire soit également de 6 ans (de l'âge de 12 ans à l'âge de 18 ans). L'ensemble de la scolarité des moins de 18 ans serait ainsi mieux équilibrée.
Dernière remarque: que font les élèves du primaire du temps libre supplémentaire par rapport à la situation d'il y a 40 ans ? La plupart d'entre eux regardent la télévision ...
Tu n'es pas capable d'avoir une opinion, un avis, des arguments, tu ne fais que citer Moindrot. C'est ton papa, ton gourou, ton grand timonier? C'est ça ta version du syndicalisme? Répéter la bonne parole, faire le bon toutou de ton grand maître?
Tu es à toi tout seul une caricature, un triste guignol. Quand je pense qu'à l'école, on se bat tous les jours pour que nos élèves puissent devenir des citoyens capables de se faire une opinion, ça doit faire un moment que tu n'y es pas allé.
Je te plains,
Christian
A l'appel de la Fcpe et du Snuipp 75, un grand pique-nique réunissant enseignants et parents aura lieu à Paris dans l'ile de la Cité le samedi 26 septembre à 12h. Deux cortèges partant de la rive droite et de la rive gauche convergeront vers Notre Dame. Il s'agit pour les organisateurs de "réaffirmer son opposition aux réformes de l'école primaire".
Vous évoquez les contre-feux. Je crois effectivement que la technique est plus utilisée en politique que sur le terrain par les pompiers. Les exemples foisonnent ces dernières années.
De l'article, je retiens surtout ceci qui me semble tout à fait exact :
"Lorsqu'un nouveau ministre de l'éducation est nommé à mi-mandat, c'est généralement pour calmer le jeu. D’ailleurs, chose maintes fois vérifiée à l’Education nationale : à une période agitée à cause de réformes mal acceptées, succède souvent une période d’apaisement."
C'est une constante. Rappelez-vous Bayrou avec son million de manifestants dans les rues et qui n'a plus rien fait ensuite si ce n'est se mettre les syndicats dans la poche...
Ce qui signifie, hélas, que plus rien d'important ne viendra améliorer le sort des directeurs. Ni statut, ni EPEP à négocier. Seules les suppressions de postes continueront car les déficits battent des records. Tous déficits confondus, on va atteindre la somme colossale de 150 milliards (Etat, collectivités, sécu...).
C'est ce qu'on appelle "gérer les affaires courantes"....
> d'abord sur le fond: la situation avant le passage par tous à la semaine de 4 jours.
Je ne crois pas me tromper (mais peut-être que si?)en rappelant que la majorité des écoles étaient passées, via leurs CE, à une semaine raccourcie avec rattrapage sur les vacances.
Cette solution présente les mêmes inconvénients que ceux exposés ici (ce n'est pas en faisant 3 jours de plus en juillet que l'on boucle le programme ou que l'on répartit la fatigue), et a été mis en place par... les acteurs de terrain!
> Seule une forte mobilisation de la communauté éducative permettra la construction de l’école que nous voulons.
a) la 'communauté éducative' regroupe tous les citoyens, et pas seulement des enseignants et des parents d'élèves.
On le voit pour le sujet qui nous intéresse, les décisions prises prennent en considération des facteurs, sociaux, économiques, autres que ceux strictement liés à la gestion du temps de l'enfant.
Là encore, faut drôlement être nombriliste pour ne 'penser' que 'école' alors qu'elle ne représente qu'un peu moins de la moitié du temps que l'enfant passe en collectivité.
b) Je ne sais pas qu'elle est l'école que 'nous' voulons...
J'ai bossé plus de dix ans dans une école qui ouvrait ses portes le mercredi matin et après la nécessité de changer ma pédagogie j'ai pu constater combien les élèves étaient réceptifs ce matin là. Le samedi pour la famille était très apprécié, et pas que pour le confort, loin de là.
Il est pour moi évident que le rythme actuel est un non sens total d'autant plus qu'on propose un temps supplémentaire à ceux qui ont besoin d'aide.
Mais pourquoi réfléchir ? Laissons monsieur Chatel poursuivre avec tranquillité les énormités du précédent.
Faudrait-il leur interdire tout accès à un forum libre ? Je n'y suis pas favorable. Mais je pense que, dans la mesure où leur syndicat ne laisse aucune possibilité d'expression, ils s'honoreraient à s'abstenir de nous imposer leur prose.