Directeurs en lutte



L’on pouvait s’attendre à de nombreuses et fortes réactions syndicales suite à la publication du rapport établi par Philippe CLAUS, Inspecteur général de l’éducation nationale, et Odile ROZE, Inspectrice générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche. Il n’en est rien.

Manque d’intérêt ou embarras des syndicats de l’enseignement primaire ? En effet, rien de très significatif, hormis un entretien de Gilles Moindrot pour le SNUipp et un communiqué du SE-Unsa...

 

Dans son entretien, Gilles Moindrot, estime que « le rapport confirme bien les analyses du SNUipp ». Le Secrétaire général du SNUipp passe en revue chacun des thèmes évoqués dans la note de synthèse : l'aide personnalisée, les évaluations de CM2 et CE1, la semaine de 4 jours, les réformes de 2008-2009, les réformes qui passent bien et le bilan positif de l'année passée malgré les oppositions syndicales…

 

Cependant, il est un paragraphe important de ce rapport que Gilles Moindrot n’aborde pas dans son entretien, celui qui concerne le statut des écoles (EPEP) ou la valorisation du rôle du directeur… Curieusement, le responsable syndical, si disert sur les autres thèmes, n’a manifestement rien à dire sur cette partie, pourtant importante, de la note de synthèse des deux inspecteurs généraux. D’ailleurs, il est tout aussi curieux qu’aucune question ne lui ait été posée sur ce sujet pourtant très sensible au SNUipp… Souci de l’intervieweur de ne pas mettre mal à l’aise Gilles Moindrot ou volonté de l’interviewé de ne pas envenimer ses rapports avec les directeurs d’école ?

 

Côté SE-Unsa, la réaction est tout aussi convenue. « Les auteurs du rapport concluent leur introduction en affirmant qu’il est évidemment nécessaire de poursuivre la mise en œuvre de toutes les réformes. Le reste du rapport est loin de confirmer cette évidence. »

 

« Le succès des réformes a apaisé les tensions et permet d’envisager de progresser dans la modernisation de la gestion des enseignants sur deux points en particulier, celui du suivi des services et celui de l’individualisation de l’affectation ». L’inspection générale est-elle vraiment allée dans les écoles pour conclure ainsi son rapport sur les réformes en cours ? Nos collègues sont sous pression pour mettre en œuvre des réformes qui n’apportent pas d’amélioration significative de la réussite des élèves et qui sont ressenties comme une détérioration des conditions d’exercice de leur métier.

« Pour le SE-UNSA, que des réformes « éducatives » servent d’alibi à des modifications fonctionnelles n’est pas acceptable. La gestion des personnels doit faire l’objet d’une concertation spécifique et ne peut pas s’imposer comme un simple corollaire. »

 

Mais les inquiétudes du Se-Unsa se portent surtout sur la réforme du statut des enseignants.

"La note affirme que toutes ces réformes « comportent en elles-mêmes de profondes modifications dans la définition du service des enseignants », l’individualisation du service, la différenciation des activités du service obligatoire, la possibilité de faire des heures supplémentaires… Pour le SE-UNSA, que des réformes « éducatives » servent d’alibi à des modifications fonctionnelles n’est pas acceptable. La gestion des personnels doit faire l’objet d’une concertation spécifique et ne peut pas s’imposer comme un simple corollaire."

Comment peut-on prétendre qu’il faut aller plus loin encore ? Et, en particulier, imposer à l’occasion de ces réformes « pédagogiques » qui complexifient résolument le fonctionnement des écoles, des réformes « structurelles » et « statutaires », dont on ne voit pas en quoi elles constitueraient une réponse à la difficulté scolaire ? Peut-on faire remarquer que si la réussite des élèves dépendait de la structure juridique et administrative des établissements et si l’établissement public « type EPLE » était la solution, nous n’aurions plus depuis longtemps d’élèves en échec au collège…

 

Si le SNUipp a « oublié » de commenter la proposition des IG sur le statut de l’école (EPEP) et la reconnaissance du rôle du directeur, le SE-Unsa laisse transparaître son opposition à des « réformes structurelles et statutaires dont [il] ne voit pas en quoi elles seraient une réponse à la difficulté scolaire ». Cette petite phrase mériterait d’être développée car elle intéresse fortement les directeurs d’école.

Le SE-Unsa ne voit manifestement pas la nécessité de doter les écoles d’un « statut juridique et administratif ». Ne pas y croire, c’est une chose, mais s’y opposerait-il ?

La réforme du statut des enseignants semble également lui poser problème. L’utilisation d’expressions telles que « modifications fonctionnelles » ou « gestion des personnels » s’apparente beaucoup à une forme de « langue de bois » syndicale. Des précisions seraient les bienvenues, là-aussi…

 

Manifestement, certains thèmes semblent bigrement embarrasser les responsables syndicaux de l’enseignement primaire. Les directeurs d’école attendent du SNUipp et du SE une prise de position moins ambiguë, moins fuyante et surtout plus clairement exprimée sur la question du statut de l’école et celui de leur propre reconnaissance institutionnelle.

 

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Ven 11 sep 2009 75 commentaires
Merci pour la dernière phrase de l'article.
Pascal Oudot - le 11/09/2009 à 12h59
Cet article donne la raison aux collègues qui, précédemment, ne voyaient dans le SNUipp et le SE que bonnet-blanc et blanc-bonnet.

Merlin : "J'appelle cela de l'enfumage… lorsqu'on dîne avec des diablotins, on se munie d'une cuillère à long manche"
Pouk : "Aucune différence sur le fond entre le SNUipp et le SE-Unsa en ce qui concerne le statut du directeur"
Pascal : "Je continue donc à vouer aux gémonies toutes ces organisations syndicales, plus ou moins représentatives, et toutes enfoncées dans l'illusion"

Tout à fait d'accord. La réaction du SE ne vaut guère plus que le silence du SNUipp sur la question des EPEP et du statut du dirlo.
Moira377 - le 11/09/2009 à 13h41

Je vous livre un communiqué du SNPI (Syndicat National des Personnels d’Inspection) qui s’insurge contre les consignes données aux IEN de supprimer le temps de préparation accordé pour préparer l’aide personnalisée. Cette recommandation fortement suggérée par la mission IGEN/IGAENR a été reprise par les rapporteurs de la note de synthèse dont vous vous êtes fait l’écho dans l’article précédent.

 

Les IEN du SNPI : l’organisation de l’aide personnalisée / injonction comptable ou intelligence constructive ?

Suivant des recommandations de la mission IGEN/IGAENR sur l’accompagnement et le contrôle de la réforme de l’enseignement primaire, quelques IA-DSDEN donnent depuis cette rentrée pour consigne aux IEN et aux équipes pédagogiques de supprimer autoritairement le temps accordé à l’organisation de l’aide personnalisée dans le temps annualisé de 60 heures destiné à ce service.

Il est pour le moins surprenant que soient ignorées les normes juridiques en la matière.

En effet, les obligations de service des enseignants sont fixées par le décret n° 2008-775 du 30 juillet 2008. Son article 2 dispose que les enseignant ont à assurer dans l’année scolaire « Soixante heures consacrées à de l’aide personnalisée ou à des interventions en groupes restreints auprès des élèves rencontrant des difficultés dans leurs apprentissages et au temps d’organisation proportionné correspondant. » Il dispose enfin que « Lorsque les heures mentionnées au 1o du I ne peuvent être entièrement utilisées pour l’aide aux élèves rencontrant des difficultés dans leurs apprentissages, elles sont consacrées au renforcement de la formation professionnelle continue des enseignants, en dehors de la présence des élèves. »

On peut évidemment aspirer à ce que les élèves bénéficient du maximum d’heures d’aide personnalisée possible et émettre un souhait volontariste dans ce sens, en arguant que l’expérience y contribuant, les enseignants sauront réduire le temps nécessaire à l’organisation du dispositif.

Néanmoins, le législateur a prévu aussi la possibilité que certains enseignants ne soient pas en mesure de consacrer la totalité des 60 heures à cette aide, ne serait-ce que parce que celle-ci est soumise à deux conditions externes : d’une part la réalité de difficultés scolaires, d’autre part l’accord des parents qui demeurent libres de la refuser (parfois par impossibilité logistique de gérer les horaires supplémentaires en début ou en fin de journée sans ramassage scolaire collectif). Le complément de service doit alors servir à de la formation continue.

D’autre part, en vertu des principes de la hiérarchie des normes juridiques, aucun texte de rang inférieur (et encore moins des directives orales) ne peut légalement modifier ou s’affranchir d’une règle établie par un texte supérieur.

Enfin, l’injonction autoritaire suggérée par quelques IA-DSDEN ne peut raisonnablement se concevoir comme un mode de management ambitieux et constructif. Car elle peut susciter chez les enseignants — déjà bien malmenés, des réactions de résistance indignée, plus liées au mode relationnel de la hiérarchie qu’au fond de la problématique. L’intérêt des élèves risquerait alors d’en souffrir.

Comme souvent dans ce genre de situations, le SNPI-FSU invite donc les IEN à prendre la mesure d’injonctions qui seraient contraires aux principes d’application du droit, dans sa lettre et dans son esprit.

L’objectif n’est pas de faire marcher au pas une armée d’exécutants sur la base de standards comptables, mais de faire progresser l’efficacité de l’école en réduisant réellement l’échec scolaire.

Dedel - le 11/09/2009 à 14h09
Nous regrettons de devoir modérer les commentaires.

Un provocateur a enregistré des commentaires en lieu et place de Théo62. Il s'agit d'un habitué de ce genre de provocations imbéciles.
Nous présentons nos excuses aux collègues qui, de bonne foi, se sont sentis agressés.
Nous serons plus explicites très prochainement.
Administrateur - le 11/09/2009 à 20h43
N'y avait-il pas 2 ou 3 posts de plus en début de soirée? Comprends pas...
Christian Fau - le 11/09/2009 à 21h26
C'est un comble ! voilà que les IEN nous tracent le chemin de la résistance face à l'arbitraire d'une vision napoléonienne de la gestion de la grande maison. C'est dire si le discours syndical s'est étiolé , trop enfoncé dans les débats d'un autre âge ( même s'il fut doré ) type CMD.
Mais j'interprète ce silence comme une marque d'encouragement pour la Cause ( je parle du statut ). En effet il y a quelques temps que n'aurait-on pas entendu dès que le mot EPEP aurait été  prononcé de la part des grands syndicats.
C'est la preuve au minima qu'ils ne souhaitent pas ajouter du carburant à une révolte bien réelle des directeurs donc qu'ils la reconnaissent et s'en méfient ( ils ont raison ). Et à maxima qu'ils réfléchissent actuellement véritablement sur le sujet. Dans les deux cas la Cause progresse.
L'aigreur des dirlos envers nos syndicats  à mon avis ne relève pas tant d'options philosophiques ou politiques ( il doit bien en avoir et c'est leurs droits ) mais du sentiment d'être trahi par sa propre famille et insulté  en permanence par des discours de nains d'amphithéâtre loin des réalités qu'on se coltine.
Grégoire - le 11/09/2009 à 21h56
Comme tu le dis, le principal handicap des dirlos vient de leur manque d'unité. L' absence de structure syndicale pour féderer leur combat les affaiblis. Ils et elles se sentent isolés. Une augmentation du nombre d'adhérents du Gdid modifie progressivement la donne: car il y a aussi une autre réalité. Les dirlos représentent à eux seuls ( même s'ils ne sont pas majoritaires dans une école) , une force de blocage inégalée. Les syndicats le savent ( d'où leurs gesticulades régulières pour faire croire que notre combat les concerne) , le MEN ne l'ignore pas ( d'où les conclusions des rapports et une attitude neutre de bon aloi.)
La force est avec nous.
merlin - le 11/09/2009 à 23h10

Comme écrit plus haut, nous avons constaté, un peu tardivement hélas, qu’un provocateur a posté plusieurs commentaires ce soir. Commentaires que nous avons naturellement supprimés ainsi que les réponses de Thierry Fabre injustement attaqué.

 

-       à 16 h 55, sous le pseudo « Tecu69 » pour s’en prendre à Dedel

-       à 17 h 42 sous le pseudo « Théo62 » (texte : j’aime pas le lapin qui joue…)

-       à 19 h 27 sous le pseudo « Théo62 » pour insulter Thierry Fabre

-       à 20 h 52 sous le pseudo « Théo62 » (message non publié)

 

Ce provocateur imbécile n’en est pas à son coup d’essai. Il a laissé beaucoup de traces sur ce blog : adresses IP, opérateur Internet, région…

Ainsi, ce jour, de 16 h 48 à 17 h 59, il a été présent sur le blog sous l’adresse IP 62.193.xx.xxx puis à partir de 19 h 23 sous l’adresse IP 86.193.xx.xxx

 

Ce « collègue » ne nous est naturellement pas inconnu. Et c’est ce qui nous déçoit le plus.

Quel est son but ? Salir les collègues qui interviennent sur ce blog ? Dévaloriser le travail que nous réalisons, non sans peine, pour offrir un espace de liberté à nos collègues directeurs ?

 

N’oublions pas, comme l’a justement écrit Thierry Fabre, ici, récemment : il n’existe que deux espaces de liberté d’expression pour les directeurs. Le forum du GDID et ce blog. Est-ce trop ?

Nous avons pris le parti de permettre de s’exprimer qui le veut sur ce blog. Nous avons fait le choix de laisser également la parole aux opposants des idées majoritaires chez les directeurs. Ainsi, certains syndicalistes (Dedel, Théo…) peuvent librement afficher leurs désaccords. C’est, nous le pensons, ce qui fait la richesse du débat.

Devrons-nous réduire cette liberté parce qu’un imbécile en profite pour s’amuser à un petit jeu idiot ? Ce serait vraiment dommage pour tous mais ce soir, nous nous posons sérieusement la question.

Pour l’instant, nous ne souhaitons pas dévoiler l’identité de ce « collègue », préférant le laisser méditer de la bêtise de son action.

Nous tenons à présenter nos sincères excuses à nos fidèles lecteurs, en particulier à Thierry Fabre, victime d’un post malhonnête que nous avons découvert trop tard ainsi qu’à Théo62 dont l’identité a été usurpée dans le seul but de nuire.
Administrateur - le 11/09/2009 à 23h29
Pas de liberté aux ennemis de la liberté...
Il suffit si ce couard recommence de donner son IP et pour le reste...
J'espère seulement qu'il ne s'agit pas d'un collègue sinon je serais assez intéressé à suivre ses séances de "vivre ensemble"
Grégoire - le 12/09/2009 à 07h58
Haro sur le provo! :-)
Pascal Oudot - le 12/09/2009 à 12h31