Directeurs en lutte

En cette période d’actualité réduite inhérente aux vacances d’été, nous poursuivons notre publication de sujets de réflexion plus généraux. Après « le bac » et « la suppression de postes d’enseignants », nous livrons un dernier volet : « la réforme de la fonction publique ».
Cette réforme risque d’avoir des conséquences inattendues pour les directeurs d’école qui réclament un statut particulier. En effet, comme nous le lirons ci-dessous, l’un des
objectifs de la réforme est de réduire fortement le nombre de statuts particuliers et de rassembler les corps dans des filières professionnelles. Autant dire que les directeurs d’école, s’ils
obtiennent un jour satisfaction, pourraient se retrouver dans un corps élargi regroupant l’ensemble des métiers de direction…
Comme la réforme de l’Etat, la réforme de la fonction publique est perpétuellement à l’ordre du jour. La raison principale étant de nature économique : le poids de la fonction publique dans les finances nationales.
Bilan des deux dernières années
Lorsqu’il dresse le bilan de l’action du gouvernement en matière de fonction publique, Eric Woerth relève que l’engagement de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux a été tenu et que l’économie ainsi réalisée a été reportée pour moitié sur les fonctionnaires en exercice.
Il rappelle également les mesures prises pour moderniser la carrière des fonctionnaires : professionnalisation des concours, remplacement progressif de la notation par l’évaluation et suppression des entraves à la mobilité.
Enfin, il insiste sur la poursuite des travaux pour promouvoir une fonction publique de métiers.
L’avenir de la fonction publique
Le statut actuel de la fonction publique date de 1983. Un Livre blanc sur l’avenir de la fonction publique fait ressortir un fort attachement au modèle français de service public mais aussi une grande attente de rénovation.
Un accès modernisé à la fonction publique, des parcours professionnels plus diversifiés, une gestion des carrières plus individualisée et plus personnalisée, une adaptabilité plus grande à la demande du public : tels sont les objectifs que le débat public a fait apparaître et que le Livre blanc remis au gouvernement a retenus en proposant de construire une fonction publique de métiers.
Une fonction publique de métiers
Réduire le nombre de corps
Il s’agit de supprimer des corps pour créer de véritables « filières professionnelles », inter-administrations, par niveau de qualification.
Selon le rapport, le nombre de corps et de statuts d’emplois, qui était d’une centaine en 1946, a été porté à 1500 à la fin des années 90 et ramené à environ 700 aujourd’hui.
S’agissant de l’organisation statutaire de la fonction publique d’Etat, le gouvernement a prévu, d’une part, de ramener dès la fin de cette année le nombre de corps de 680 à 380, par suppression des corps en voie d’extinction ou à effectifs très réduits et, d’autre part, d’engager un programme de fusion de corps, l’objectif étant de les rapprocher par familles de métiers et de développer leur caractère interministériel..
A terme, il est proposé, comme pour la fonction publique territoriale, 50 à 60 cadres statutaires pour la fonction publique d’Etat.
Réduire le nombre de statuts
Selon Jean-Ludovic Silicani, Conseiller d’Etat et auteur du Livre blanc, la « pulvérisation corporatiste » n’a aucun sens fonctionnel et aucune justification. Non seulement, elle complique la gestion et rigidifie la carrière et la mobilité des agents, mais elle empêche l’adaptation et parfois la continuité même du service public : elle est contraire à l’intérêt général et aux intérêts particuliers.
Il recommande donc de réduire fortement le nombre de statuts particuliers et surtout de changer leur signification. Un statut particulier doit être défini en fonction du domaine (la filière professionnelle) et du niveau de qualification professionnelle des agents qu’il régit et non plus de leur appartenance à telle ou telle administration.
Des statuts fondés sur la qualification des agents et ayant tous une vocation inter administrative : telle est la définition de la fonction publique de métiers.
Quelques chiffres…
Fonction publique
Effectifs
ETP
d'Etat
2 524 440
2 396 934
Territoriale
1 662 501
1 508 036
Hospitalière
1 014 142
937 033
Total (au 31/12/2006)
5 201 083
4 842 003
ETP : équivalent temps plein
Si la revendication des directeurs d’école demeure une exigence incontournable, légitime et toujours d’actualité, la réforme de la fonction publique constitue une nouvelle donne qu’il convient d’intégrer dans la demande de reconnaissance institutionnelle du métier.
Une réflexion doit s’engager dans la profession si l’on veut éviter deux écueils. Le premier écueil serait d’apparaître décalés et en porte-à-faux par rapport aux réformes entreprises, et donc de perpétuer le statu quo actuel qui n’a que trop duré.
Le second écueil, tout aussi redoutable, consisterait à nous emporter comme dans un tourbillon, sans possibilité de peser sur une réforme, ce qui nous éloignerait fortement et durablement de notre demande de statut.
Il convient d’analyser l’évolution en cours, d’en mesurer la portée et de revoir notre stratégie pour mieux adapter nos revendications aux effets induits par la réforme de la fonction publique.
l'evolution du metier de directeur
C. Griseau
Bonjour et merci pour ces très interressantes reflexions sur le sujet du métier de directeur. Je souhaite vous soumettre mon experience: je suis devenue PE à 40 ans, et j'ai donc commencé ma "carrière" comme tout le monde à l'échelon 3 puis 4 puis 5; je suis aujourd'hui directrice d'école maternelle, en passe de perdre la décharge d'une journée, (passage de 4 à 3 classes de plus de 31 élèves par classe); Il est évident que mon passé professionnel, dans le secteur privé, me sert énormément pour la direction d'école, et aussi sous d'autres aspects, pour l'organisation de ma classe. Nous sommes un certain nombre à servir ainsi dans la fonction publique, après avoir eu une précédente carrière d ans le privé. Hors il n'est fait aucun cas de notre passé; nous recommencons tout en bas de l'échelle, et j'espère vraiment que si une fonction publique de métiers se met en place il sera possible de faire reconnaitre notre passé professionnel et donc les compétences particulieres qui en résultent sans avoir encore une fois à tout recommencer à zero. Je n'évoque meme pas ici le cas de nos retraites, qui me semble assez peu claire, deux carrières incompletes, alors que j'aurai travaillé toute ma vie, 42 ou 45 ans......
Je suis convaincue de la necessite d'une reforme en profondeur de la gestion des écoles et de la création d'un statut du directeur; sans oublier tout ceux qui servent aujourd'hui la fonction publique après avoir ete cadre pendant 10-20 ans dans le privé....
J'espere que cette réflexion pourra etre prise en compte si vous avez la chance de participer à des négociations avec le MEN sur l'evolution de notre beau metier de directeur............... Bon courage te bonnes vacances. et encore merci pour votre site qui est toujours très interressant ! CG
Très intéressant. J'avais envie de vous proposer un texte sur ce thème. Vous l'avez traité, tant mieux.
Une précision : le ministère de la Justice a déjà engagé une fusion des corps exerçant des fonctions administratives. L'objectif annoncé : faciliter la mobilité pour enrichir les parcours professionnels et favoriser le décloisonnement au sein du ministère.
C'était plus facile de commencer là car le ministère est d'échelle différente. Mais je suis persuadé que la réforme de la fonction publique n'épargnera pas le ministère de l'Education nationale.
Et c'est vrai que le statut que nous réclamons ne pourra pas nous être accordé tel que nous l'envisagions. Notre demande, si légitime soit-elle, va à l'encontre de ce qui se met en place et que vous avez décrit dans votre article : fusion et suppression de corps et regroupement des métiers. Si nous voulons exister, je ne pense pas que nous puissions refuser d'entrer dans le corps de direction ou "métier" de la direction selon l'appellation qu'on lui donnera. De toute façon, nous devons revoir ce que nous mettons derrière le mot statut du directeur d'école. Et je pense que nous devrons faire évoluer la conception trop étriquée que nous en av(i)ons.
Cette réforme de la fonction publique, on n'a pas fini d'en voir les effets. J'allais dire les méfaits...
Je suis d'accord avec le début d'analyse des collègues Moira et Froment. Mais je diffère rapidement car je ne vois que trop bien où le classement dans une catégorie "direction" pourrait nous faire dévier.
Une chose est évidente : il n'y aura pas de reconnaissance statutaire particulière des collègues dirlos. La réforme en cours l'en empêche. Nos collègues seraient inévitablement "conviés" à l'insu de leur plein gré à devenir chef d'établissement avec des missions qui ne seraient plus les leurs. On rétorque souvent qu'il existe des petits collèges. C'est vrai. Mai le nombre de profs est toujours plus important du fait de leur répartition horaire et de la multiplication des matières à enseigner. Le collège est un établissement public ce que ne sont pas les écoles. Les responsabilités et les devoirs sont également autres. N'oublions pas que plus des 2/3 des écoles ont 6 classes ou moins. Le directeur veut, à juste titre, rester un collègue et non devenir un supérieur hiérarchique comme le contraindrait à le devenir la réforme de la fusion des corps. S'il faut se battre, et il faut nous battre sur le sujet, c'est avant tout pour obtenir du temps, une aide administrative et une meilleure rémunération. Voilà ce que réclament les collègues. La réforme du regroupement des métiers ne peut en aucun cas les satisfaire. Elle serait trop hasardeuse et lourde de conséquences pour les directeurs en particulier et pour l'école en général.
Assez d'accord avec Froment: il va falloir évoluer car nous avons raté un train.
Le statut que nous portons aurait pu voir le jour plusieurs fois (texte de loi Tessier, commission Thélot...) sans le blocage idéologique du SNU.
Il faut bien se rendre à l'évidence, le blocage(ou sa tentative) est devenu le seul crédo du SNU.
ça doit venir de la coupure estivale, mais relever les incohérences des affirmations de Dédel est mission impossible si on veut rester court.
2 choses quand même:
• Nos collègues seraient inévitablement "conviés" à l'insu de leur plein gré à devenir chef d'établissement avec des missions qui ne seraient plus les leurs.
>nous avons DÉIÀ les missions d'un chef d'établissement (on va le voir avec la grippe A), sans les moyens ni la reconnaissance, donc avec la difficulté de jongler avec notre IEN et ses sbires, alors qu'il serait plus cohérent et plus efficace de traiter les questions de sécurité et de service sur place.
• S'il faut se battre, et il faut nous battre sur le sujet, c'est avant tout pour obtenir du temps, une aide administrative et une meilleure rémunération.
Au nom de quoi?
Le fait d'être un collègue comme les autres et dont les missions administratives peuvent être effectuées par un "EVS"?
> On voit bien pourquoi depuis 1987 les choses n'évoluent pas:
pourquoi un GVT donnerait plus à un enseignant comme les autres et si peu défendu?
Si les directeurs ont besoin de temps, d'aides et d'une rémunération significative c'est parce qu'ils sont... DIRECTEURS.
Donc, ils ne sont pas des enseignants comme les autres.
Donc il faut commencer par le RECONNAÎTRE, la question du contenu du statut vient après, et il doit y avoir moyen de trouver le bon équilibre pour que l'école reste un service de proximité.
Or, c'est cette reconnaissance que les "cadres" du SNU nous refuse, alors que dans la profession elle est fortement revendiquée.
Cette stratégie de refuser un pilote sur place a permis une dégradation de nos conditions de travail et de santé sans équivalent dans la fonction publique (voir enquête MGEN), a perverti la loi Jospin en compliquant et en éloignant de l'élève l'administration et la gestion, voire la régulation, des projets, a incroyablement facilité la mise en oeuvre bâclée des réformes Darcos et nous mène droit vers de gros regroupements...
Le SNU faisant sont lit sur la contestation et le blocage il se frotte les mains tout en tenant un discours lénifiant à notre égard.
Je reste persuadé que le bon réflexe pour les directrices et les directeurs c'est de se regrouper pour exister et peser.
Nous avons un bel outil, le GDiD (http://www.dirlo.org), à vous de le faire vivre:
le bulletin d'adhésion est là:
http://www.dirlo.info/aform.htm
Salut à tous, ça sent la rentrée…
"il va falloir évoluer car nous avons raté un train".
Que veux-tu dire Pierrot ? Que tu as l’intention de te rapprocher de l’idée que se fait P. Oudot de la direction ? C’est ça ton train de retard ? Lui qui dit clairement que devenir le supérieur hiérarchique de ses collègues ne le gênerait pas. Lui peut-être pas, mais eux probablement.
"Il faut bien se rendre à l'évidence, le blocage(ou sa tentative) est devenu le seul crédo du SNU".
Arrête, SVP, ça tourne à l’obsession. Un syndicat se doit de respecter les mandats de ses adhérents. Les choses sont simples : l’école n’a rien à gagner à calquer son fonctionnement sur les collèges. Les dirlos ont plus à perdre qu’à gagner à devenir chef d’établissement. Tu sais comme moi qu’ils ne le veulent pas. Y a longtemps qu’on sait que transformer la fonction de directeur aurait pour conséquence de lui donner un rôle hiérarchique. Et c’est encore plus vrai avec la réforme qui se met en place. L’article sur la fonction publique est explicite. Tu le reconnais toi-même. Que peut-on reprocher aux grands syndicats ? Sans aucun doute d’avoir vu juste avant tout le monde. Défaut ou clairvoyance ?
ce sont les principaux de collège qui vont prendre la direction des écoles primaires...
Quand je dis que l'on a raté un train, je veux dire que nous aurions pu avoir un statut "spécifique" il y a 8 ans.
Et si nous avions eu ce statut nous n'en serions pas là. Point.
C'est bien le fait que nous occupions une fonction qui permet l'accumulation des charges (égales à celles d'un principal), et c'est bien l'absence de statuts protecteurs qui facilite la mise en oeuvre rapide de chamboulements désordonnés: PPMS, DUER, BE, AVS, EVS, SMA, SRAN, HS, MDPH ... Et tout cela repose UNIQUEMENT sur les épaules des écoles sans aucune compensation... dans les écoles!
• Un syndicat se doit de respecter les mandats de ses adhérents.
> quel est le mandat qui justifie l'installation du CMD?
- quel congrès en a débattu, sur quelle motion s'appuie le SNU pour le promouvoir, quel est le contenu de ce concept?
- quelles sont les orientations nouvelles, les idées, sorties des États Généraux du fonctionnement et de la direction qui auraient pu alimenter le prochain congrès?
• l’école n’a rien à gagner à calquer son fonctionnement sur les collèges.
Incantation gratuite.
> Primo il n'en est absolument pas question,
> secondo, qu'a gagné l'école en se réfugiant dans un conservatisme bon teint?
> tertio, la FSU revendique-t-elle un fonctionnement du secondaire calquer sur le primaire?
• Les dirlos ont plus à perdre qu’à gagner à devenir chef d’établissement.
incantation gratuite.
> la situation des chefs d'établissements est sans conteste meilleure que la nôtre, que cela soit au niveau des rémunérations ou des conditions de travail ou encore dans le domaine de la reconnaissance.
Donc, si on ne se place que du point de vue de l'AVOIR, unique revendication du SNU (argent+temps) il est faux d'affirmer qu'un principal est moins bien loti que nous.
Mais dans leur cas il y a d'abord la reconnaissance: l'ÊTRE.
Maintenant le primaire n'a pas les mêmes missions que le secondaire et notre public est très différent. Il faut donc être d'abord imaginatif pour faire évoluer le système mais aussi regroupé pour peser.(GDiD
• Tu sais comme moi qu’ils ne le veulent pas.
Pipeau.!
> toutes, TOUTES les enquêtes sur le sujet montrent et démontrent le contraire.
Que ce soit l'IFOP, la MGEN, la commission Thélot, et les enquêtes SNU, SE et SGEN, toutes, TOUTES, mettent en évidence, au minimum, le besoin de reconnaissance.
De plus la sociologie des PE change profondément. Ils arrivent plus âgés dans nos écoles, avec des expériences professionnelles diverses et la confrontation quotidienne à la réalité de l'école les conduit à une vision pragmatique de son fonctionnement...
• Que peut-on reprocher aux grands syndicats ? Sans aucun doute d’avoir vu juste avant tout le monde. Défaut ou clairvoyance ?
Défaut.
D'abord parce que la volonté de ce GVT a été décryptée très vite par tous... Sauf peut-être par les grands syndicats qui voyaient en Darcos un ministre compétent issu de la grande maison...
Ensuite, parce qu'il n'y a aucune proposition constructive, sauf celle de conserver l'existant... Ce n'est pas de la clairvoyance (ex: les États Généraux et le néant qui les a suivi)
• Arrête, SVP, ça tourne à l’obsession.
> non, pas d'obsession, je t'assure, ni de haine, juste un constat et une envie, un désir, celui de voir cela changer. Le reproche que l'on peut me faire, en l'absence d'argument, c'est mon politiquement incorrect...
Mais je suis prêt à arrêter, quand tu arrêteras de nous prendre pour des truffes et encreras ton discours dans le réel.
Quel(le)s collègues seraient géné(e)s d'avoir un diretceur supérieur hiérachique dans l'école ? Ceux et celles qui font des récré de 1h à 1h30 à partir du mois de mai et même en automne quand il fait beau ? Ceux et celles qui lèchent les bottes des IEN ou des conseillers péda par devant et les assassinent par derrière ? Allons, il faut arrêter d'asséner des aneries. Continuons le sempiternel "Tous ensemble, tous ensemble... sauf les dirlos", nos écoles n'en seront que moins bien gérées (et oui, parce que ça se gère une école).