Directeurs en lutte
Le projet de loi relatif à la rénovation du dialogue social dans la fonction publique constitue la première étape de la mise en œuvre des accords de Bercy conclus le 2 juin 2008 entre le ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique, le secrétaire d’État chargé de la fonction publique et six des huit organisations syndicales représentatives de la fonction publique (CGT, CFDT, FSU, UNSA, Solidaires, CGC). Relire notre article du 20 mai sur le paysage syndical français.
Les règles et les pratiques datent d’un compromis issu du statut de 1946. Elles ont très peu évolué depuis, alors que la fonction publique a connu dans le même temps des changements profonds.
Pourront désormais se présenter aux élections professionnelles les syndicats qui, dans la fonction publique où celles-ci sont organisées, sont légalement constitués depuis au moins deux ans et satisfont aux critères de respect des valeurs républicaines et d’indépendance.
Comme les comités techniques de la fonction publique territoriale et les comités techniques d’établissement de la fonction publique hospitalière, les comités techniques de l’État seront désormais élus directement par les agents qu’ils représentent. Cette évolution doit garantir une représentation plus complète des personnels au sein de ces instances, notamment des personnels non titulaires des administrations.
Dans cette même logique, les conseils supérieurs de la fonction publique de l’État, de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière seront désormais composés à partir des résultats agrégés des élections aux comités techniques, et non plus aux commissions administratives paritaires.
Afin de marquer l’importance des élections professionnelles, les cycles électoraux seront harmonisés dans les trois versants de la fonction publique. Pour ce faire, les mandats de l’ensemble des instances de consultation de la fonction publique seront fixés à quatre ans, afin de permettre la tenue simultanée des élections professionnelles dans les trois fonctions publiques.
Avec la réforme, la représentativité des syndicats, qui n'était jusqu'ici mesurée qu'au moment de l'élection des commissions administratives paritaires (chargées de suivre la vie des agents), se fondera désormais également sur un nouveau vote, celui des comités techniques (chargés de suivre la vie des administrations).
Dans les comités techniques ministériels, les places seront chères. Les premières rumeurs font état de 15 sièges : aucune organisation ne peut donc envisager de siéger avec moins de 6 % des suffrages. Une formalité pour les grandes fédérations (FSU, Unsa, CFDT), mais une perspective plus inquiétante pour FO (6,7 % aux dernières élections professionnelles) et SUD (6 %), voire une mort assurée pour six organisations (CSEN, CGT...) en deçà de ce seuil fatidique. Pour calmer le jeu, le gouvernement pourrait laisser chaque ministère moduler les sièges en fonction du nombre de ses agents.
Autre motif d'inquiétude : l'organisation du scrutin. Contrairement aux élections des commissions administratives organisées par corps (primaire, secondaire, non-enseignants...), les comités techniques seront élus par l'ensemble des personnels. Certains syndicats leaders sur un secteur « de niche », mais indépendants des grandes fédérations, redoutent d'être noyés. C'est le cas du SNALC (troisième dans le secondaire) ou du Snetaa-eil (premier dans l'enseignement professionnel). D'autant que la réforme prévoit que tout accord devra être signé par des organisations représentant 20 % des voix pour être valable.
Le projet de loi sur la représentativité dans la fonction publique, qui sera présenté cet automne au Parlement, risque de bouleverser un paysage syndical dominé depuis quinze ans par la puissante FSU. Les petits syndicats ont tout intérêt à s'unir, mais la chose est délicate, en raison notamment de vieux clivages. Un mariage d'appareils contre-nature pourrait déboucher sur une crise interne voire des départs massifs.
Depuis la scission de la FEN, on a rarement vu telle effervescence chez les syndicats de l'éducation. Le Snetaa-eil, parti avec fracas de la FSU il y a quelques années, lorgne du côté de FO. La FAEN (Fédération autonome de l’Education Nationale) qui regroupe 6 syndicats, frappe à de nombreuses portes.
La CFTC peine à se trouver des alliés dans ce bastion laïc. Quant au SNALC, étiqueté à droite, même s'il se dit apolitique, il fait le pari de l'autonomie et veut redonner un deuxième souffle à la FGAF (fédération de fonctionnaires).
Les grandes fédérations ont, elles aussi, entrepris les grandes manœuvres, conscientes que le bouleversement va dépasser la seule Education nationale.
Après avoir compté leurs troupes et plus d’une année de contacts, la CGC et l’Unsa ont finalement échoué dans leur tentative de fusion.
La FSU, qui n’a pas réussi à se diversifier hors de l'éducation, a multiplié les appels du pied à la CGT lors du récent congrès du SNES. On est encore bien loin d'une fusion, mais des groupes de travail communs ont été constitués. Objectif : ne pas donner le sentiment que le projet se limite à une simple manœuvre d'appareil. Reste à savoir si les enseignants accepteront de rejoindre la CGT.
Mais pas sûr qu'on obtienne notre statut...
Il y a quelques jours, je disais ceci à Pascal Oudot :
"Tu sais ce que disait Abraham Lincoln : "Si vous trouvez que l'éducation coûte cher, essayez l'ignorance"."
Il m’avait répondu ceci :
"Tu te fous du monde, Gégé! Ta phrase à la con de Lincoln, ressassée depuis des mois par tous ceux qui n'ont pas les yeux en face des trous, est une jolie formule vide de sens".
Et voilà-t-y pas qu’aujourd’hui, Le Monde (excuse-moi, Pascal…) écrit :
"Si vous trouvez que l'éducation coûte cher, essayez l'ignorance", aurait dit le premier président républicain de l'histoire des Etats-Unis, Abraham Lincoln. A en croire son discours devant le Congrès, Nicolas Sarkozy n'a pas envie d'essayer : "Quand on ne met pas les moyens suffisants dans la lutte contre l'exclusion (...), on prépare une augmentation considérable des dépenses futures parce que l'on paiera très cher le coût de cette désocialisation", a-t-il expliqué, lundi 22 juin, à Versailles.
L'éducation est un investissement, certes, mais est-ce que celui qui a supprimé 24 700 postes d'enseignants en deux exercices budgétaires, et devrait continuer cette politique de réduction d'effectifs dans le budget 2010, le découvrirait soudainement ?
La formule est jolie, mais facile et bien creuse. Elle a maintes fois servi dans l'histoire:
- "le pain coûte cher ? Essayez la brioche..." (Marie-Antoinette)
- "le mariage coûte cher ? Essayez la femme au foyer..." (Landru)
- "la terre coûte cher ? Essayez la lune..." (Neil Amstrong)
Et s'il faut revenir à certains intervenants, et à leurs "commentaires" sur "ce que veulent vraiment les dirlos-j'en-suis-sur-et-certain-que-c'est-pas-un-statut, on peut songer à une autre phrase d'Abraham Lincoln: ""On peut mentir à tout le monde quelques fois, on peut mentir à certains tout le temps, mais on ne peut pas mentir à tout le monde tout le temps."
Thierry Fabre
Question formule, on n’en manque pas dans certains commentaires… Quelques-unes pourraient devenir "culte"...
"Je résume... On me parle de 20 000 postes supprimés, banco; là, il y a du sérieux... Tu me parles de 2000 postes, c'est peanuts..."
8 500 en 2007, 11 200 en 2008, 13.500 en 2009… et 16 000 en 2010…
Le peanuts continue… Mais comme on s’approche des 20 000, ça va peut-être devenir "du sérieux"…
On a visiblement les mêmes lectures, le café pédagogique du matin, mais tu n'as pas l'honnêteté de citer l'ensemble de l'article....
Effectivement: "Xavier Darcos annonce 16 000 suppressions de postes à l'éducation nationale en 2010". On est bien d'accord...
Sauf que la suite, suite que tu oublies curieusement, précise: "l'essentiel, 14 000 postes, proviennent de stagiaires IUFM supprimés du fait de la mastérisation d ela formation" Et si l'on prend connaissance de la dépêche AFP, c'est plus précis encore puisque l'on retrouve, aux côtés de ces 14 000 statiagiares IUFM en moins, la suppression de 600 postes d'agents administratifs...
Reste donc 1400 postes d'enseignants supprimés, ce qui est très loin du chiffre initial.
Deux remarques à ce sujet:
- la plupart des syndicats enseignants se sont prononcés pour une mastérisation de la formation. Je les trouve donc malvenus de protester à ce sujet. Passer d'une licence à un master accroissait encore plus le poids des universités dans la formation, et réduisait fortement tout espoir d'une formation rémunérée, tout comme le passage des Ecoles Normales aux IUFM a réduit les temps de formation payée...
- Annoncer de grands chiffres sans préciser l'ensemble des données est une démarche malhonnête, consistant à prendre les collègues pour des billes incapables de discerner le vrai du faux... Tu es en plein dedans, Gégé...
Sur le fond, tu peux continuer à agiter du slogan, mais cela ne fait que bien peu masquer ton refus d'entrer dans les débats avancés par les collègues, comme celui sur les corps intermédiaires, sur le rapport entre enseignants et administratifs au sein de notre mammouth, sur le rôle et la place de l'Ecole Publique, sur l'écart entre besoins et possibilités, sur la rupture avec le mythe du "toujours plus" et, finalement, sur le projet du devenir de l'Ecole, projet que nous aurons à définir, faute de quoi, Bercy et la rue de Grenelle le définiront pour nous, à nos dépens...
Thierry fabre
Tu as oublié la suite de l’article…
"les étudiants qui auront réussi le concours d'enseignants ne seront plus affectés en IUFM, mais directement en classe, ce qui permettra d'économiser à cette rentrée-là les 15.400 postes de fonctionnaires stagiaires cités."
Que tu le veuilles ou non, ce sont des suppressions d’emplois, in fine. Woerth les comptabilise comme tels. Alors, en ces temps de chômage galopant, on a peut-être mieux à faire que de laisser des jeunes sur le carreau.
Et tu oublies aussi la qualité de l’enseignement. Des jeunes placés directement en classe. On se croirait revenus dans les années 70 quand on recrutait sans formation…
Faudrait voir quand même à ne pas reprendre la propagande gouvernementale. A lire les commentaires de ces derniers jours, je la trouve relayée par pas mal de collègues ici.
Si je mets bout à bout ce qui est souvent expliqué par certaines officines :
- on est contre la grève
- on est contre les syndicats
- les suppressions de postes, c'est pas si catastrophique...
J'espère surtout qu'étant plus représentatifs, ces syndicats auront plus de poids pour nous représenter auprès des pouvoirs publics.
Encore, faut-il pour cela qu'ils nous entendent et cherchent vraiment à nous représenter... Sinon, ce sera un coup d'épée dans l'eau.