Directeurs en lutte

Depuis septembre, les cours ont été supprimés le samedi matin dans les écoles. Pour les élèves, c'est la semaine de quatre jours. Cette réforme, promesse de campagne de Nicolas Sarkozy pour laisser un « vrai week-end » aux familles et permettre, notamment à celles recomposées de se retrouver plus facilement, a été décidée et réalisée très rapidement. Le Président de la République l’a mise en œuvre sans concertation, pas même avec son ministre de l’Education qui, lui, ne cachait pas sa préférence pour une semaine étalée sur quatre jours et demi.
Antoine Prost, historien de l’éducation, et Hubert Montagner, directeur à l’INSERM, s’accordent à le dire : « la semaine de 4 jours est une très mauvaise formule pour les apprentissages des élèves les plus en difficulté. »
Pour Antoine Prost, si les 840 heures d’enseignement désormais dispensées à l’école primaire correspondent bien à une moyenne européenne, le nombre de jours d’enseignement, 140, est bien inférieur à la moyenne. « Si l’on veut obtenir de bons résultats scolaires, il faut que les élèves travaillent. Certes, on pourrait sans doute aussi les faire travailler mieux, mais ce n’est pas la question d’aujourd’hui. On se préoccupe beaucoup trop du « dire » des profs et pas assez du « faire » des élèves, pourtant essentiel. C’est la conjonction des deux qui garantit les résultats. »
Selon Hubert Montagner, depuis plus de 20 ans, les scientifiques et les médecins s’accordent à dire qu’une journée de 6 heures est beaucoup trop longue pour la plupart des élèves de CP et pour les élèves en difficulté scolaire. Lui non plus ne croit pas à l’efficacité d’un soutien scolaire coupé de la classe et il craint qu’avec une semaine de 4 jours, les maîtres n’augmentent la part des fondamentaux au détriment d’activités de découverte et d’expression.
De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer cette réforme.
Marianne Baby, du Snuipp, estime que la décision du ministre a été brutale et n’a pas laissé le temps de la réflexion. Thierry Cadart, secrétaire général du SGEN-CFDT, souhaite qu’une conférence nationale se tienne sur cette question des rythmes scolaires, « centrale par rapport à l’organisation de l’école pour la réussite scolaire ». Le SE-UNSA rappelle que la semaine de 4 jours a considérablement dégradé les conditions de travail des enseignants.
Selon le président de la FCPE Jean-Jacques Hazan, « la semaine de quatre jours, imposée par le ministre Darcos, densifie la journée de travail et est beaucoup trop fatigante pour les enfants ». Son association a lancé une campagne nationale pour un rythme scolaire en primaire de 4 jours et demi, avec trois heures de cours le mercredi matin, au lieu de la semaine actuelle de 4 jours.
Alors, faut-il maintenir la semaine de quatre jours ? Ou rétablir la classe une demi-journée supplémentaire ? Le débat revient sur le devant de l’actualité depuis quelques semaines. Des élus, des enseignants et des parents s'interrogent.
Xavier Darcos, lui-même, a déclaré qu'il ne voyait « aucun inconvénient » à ce que les écoles primaires repassent à un rythme de 4 jours et demi par semaine, avec 3 heures de cours le mercredi matin.
« J'y vois même beaucoup d'avantages », a déclaré le ministre. « Je rappelle que j'ai laissé le choix aux conseils d'école de choisir soit quatre jours, soit quatre jours et demi. Dans le conseil d'école, vous avez les parents, vous avez les enseignants et vous avez les élus, et notamment les fédérations de parents d'élèves dont la FCPE. »
« Je le répète, ce n'est pas moi qui ait choisi (...) ce sont les conseils d'école qui ont majoritairement choisi la semaine des quatre jours », a-t-il insisté.
Dans plusieurs grandes villes de France, les municipalités ont relancé le débat et affirmé leur préférence pour la semaine de 4 jours et demi.
L’adjoint socialiste de Brest, Marc Sawicki est amer : l'an dernier, 67 % des conseils d'écoles publiques avaient voté pour la semaine de quatre jours. « C'est le choix des adultes au détriment du bien de l'enfant ».
À Saint-Nazaire, les parents FCPE ont lancé le débat. Leur fédération est favorable à la semaine de quatre jours et demi. La municipalité a créé une commission. Les résultats de la concertation pourraient être connus en juin.
La ville d'Angers n'a pas ménagé sa peine depuis six mois. « Ce système de quatre jours est aberrant : les enfants sont fatigués et la semaine est hachée », martèle Luc Belot, adjoint au maire socialiste.
En mai, les conseils des écoles publiques et privées ont été invités à débattre de la semaine scolaire. La ville verrait d’un bon œil un retour à la semaine de 4 jours et demi. Cette possibilité permettrait, par exemple, de raccourcir la journée d'école de 45 minutes, en proposant des activités culturelles ou sportives à la place.
Les résultats des votes sont maintenant connus. 77 % des conseils d'écoles qui se sont prononcés ne sont pas favorables à la classe le mercredi. Ni pour la rentrée 2009 ni pour celle de 2010.
A Lille, même préoccupations, mêmes résultats. La semaine de quatre jours, en vigueur depuis la rentrée, la municipalité de Martine Aubry n'en voulait pas. Elle a lancé une vaste concertation sur la réorganisation du temps scolaire, basée sur l'ouverture des classes le mercredi matin, « dans l'intérêt des enfants, des familles et des enseignants ».
Comme à Angers, la réponse est négative. « Les parents ont dit "non" car cela les désorganisait. Les enseignants ont dit non car l'Éducation nationale ne leur en donnait pas les moyens », déplore-t-on à la mairie de Lille.
Pourtant, une majorité d'enseignants ou de représentants de parents d'élèves en élémentaire font le même constat : l'actuelle journée de six heures est trop longue, d'autant plus pour les enfants qui bénéficient des deux heures d'aide personnalisée par semaine. Contradictoire ?
D’abord, le contexte explique pas mal de choses. Les réformes Darcos ont provoqué un vrai malaise dans les écoles. D'où une position radicale de beaucoup de syndicats. « Accepter un aménagement de la semaine, c'est renoncer au retour aux vingt-six heures d'enseignement hebdomadaire pour tous (avant la mise en place de l'aide personnalisée), et donc entériner les réformes », martèle Christophe Rabin, co-secrétaire départemental du syndicat Snuipp du Maine-et-Loire.
Ensuite, des questions se posent quant à l’égalité de traitement sur le plan national. Seules les villes dont le budget le permet peuvent opter pour la classe le mercredi. Comment des communes à petit budget pourraient-elles proposer des activités éducatives sur le temps libéré en semaine ?
Enfin, il ne faut pas exclure d'autres raisons, plus personnelles. Faire cours le mercredi n’enchante pas nombre d’enseignants habitués à profiter de cette coupure du milieu de semaine. Cela perturberait aussi les parents d'élèves dont l’organisation de la semaine tient compte des activités et des loisirs des enfants.
Et pour les écoles qui ont dit oui ? « Avec l'inspectrice d'académie, nous allons voir si une expérimentation est souhaitable », répond Luc Belot, l'adjoint au maire d’Angers. « Personnellement, j'y suis favorable. »
A Lille, on tente de faire contre mauvaise fortune bon cœur : « Ce n'est pas un échec, mais une première étape. Je ne travaillerai plus de la même manière après cela, on n'est jamais allé aussi loin dans la concertation. On va faire un Plan éducatif global (PEG) participatif » déclare Pierre de Saintignon, premier adjoint de Martine Aubry.
« Le malheur, conclut Antoine Prost, c’est que le ministère ne mène aucune recherche pédagogique et considère même les chercheurs en sciences de l’éducation comme des brebis galeuses. L’école ne fabrique-t-elle pas elle-même des élèves inadaptés en ne tenant pas compte de leurs rythmes circadiens ? »
4 jours, les enfants sont fatigués. Ah bon ? Parce que en 4,5 jours, ils le sont moins malgré les 6 heures identiques par jour ?
Il me semble donc que l'analyse doit se porter ailleurs. Vivre 6 heures par jour en collectivité, c'est épuisant (y compris pour les profs) et ce n'est pas seulement la semaine qui est en cause.
C'est simplement un problème de société. Les enfants viennent au périscolaire dès 7 h00, certains restent après la classe jusqu'à 18h45. Les parents travaillent. Les parents partent en we. Les parents sont divorcés. Et ne lorgnons pas sur l'Allemagne, des parents allemands dans ma classe préfèrent le système français.
Et moi, j'aimerais plus de temps pour faire ce putain de programme énorme mais sans le mercredi ou le we, j'aurais du mal à tenir. Quelqu'un, au-delà de ses convictions, a LA solution ?
L'avis des spécialistes n'est guère compatible avec notre mode de vie et la densité des programmes très politique que l'on doit essayer de tenir. Point.
Que d'empoignade sur ce sujet, en perspective...
Le mercredi matin : je ne voyais rien de grave à travailler, même si en Bretagne c'est le jour du curé... Jusqu'à :
- des regards de collègue, qui ont des enfants en bas âge : qui les gardera...j'ai choisi ce métier aussi pour être disponible pour eux...
Strictement rien à redire à leur position.
- desregards d'IEN. Si une école fait le mercredi matin, toutes les écoles feront animation pédagogique le mercredi après midi...
Il est vrai que les journées sont longues.
Il est vrai que le samedi matin, avec son faux rythme me plaisait : trouver des parents pour accompagner des sorties ( vélo ...) , trouver du temps pour aider les élèves sans que les autres en soient génés, trouver du temps pour terminer souplement, avoir le vendredi pour corriger le cahier que je rends hebdomadairement aux parents, trouver du temps pour le journal scolaire...
Il n'existe plus. Ne pleurons pas.
Alors deux choses.
Le soutien pour les élèves en difficulté. Chez moi : de 12h50 à 13h20 Je triche. Ceux qui sont légèrement en difficulté rattrape ... Une évidence... Mais ceux à qui officiellement il est destiné... JE NE SAIS PAS FAIRE. Ils sont ou trop légers (vers une SEGPA je suis en Cm1/2) ou ne peuvent rester en place longtemps ( s'ils font aide individualisé, ilexplose à 15h30 ! )
Pourquoi pas, alors, le mercredi ?
Le CES local fait cours tous les jours jusqu'à 15h30. Aucun souci. Mais allez dire à un élève de CES qu'il peut rester au CES... Moralité : caillassage de train, de bus... Je m'interroge? Ne serait-il pas mieux au CES ?
Bilan.
Comme d'hab, des idées , et hop, on fait sans chercher à savoir quels problèmes connexes on va créer.
Les gamins libres à 15h30. OK Mais qui les prend en charge ? Leurs parents ? Les assocaitions ? Ont-elles la possibilité de le faire ? Ont-elles les bénvoles pour le faire ? Ont-elles les moyens pour embaucher des profesionnels ? Quels profesionnels , qui se retrouveront face à des jeunes durs ( même en primaire , même en province...) ? Les mairies : en ont-elles les moyens ? Chez moi, non;
On cause. On fait. On n'anticipe pas des conséquences. On répond à une demande... Des collègues avaient choisis la semaine de 4 jours.... Rien, rien strictement rien ne nous a été traNsmis pour bénéficier de leur expérience... Résultat : moi, mes élèves le LUNDI, rien à espérer avant 10h. Certains de mes Cm2 se couchent à Lorient vers 23 h le dimanche et le samedi...
On se plaint que nous ne faisons que français et maths. Qui a dit : être instit s'est répéter, recommencer... attendre pour que l'enfant oublie et recommencer pour qu'il sache... En 4 jours !
Cette annnée m'aura appris à inventer des réponses, à me rendre compte que je ne vois plus les parents...
Gébé n'avait-il pas dit : On vit une époque formidable ? Patientons pour voir !
Et une question : et les gamins en difficulté dans tout ça ?
kermg
N'y a -t-il pas une autre question, celle d'une lecture plus POLITIQUE de la situation ?
Là, cela m'inquiète....
Je pousse plus loin : peut-on croire qu'avec un master, et un concours, un Professeur des Ecoles sache ressentir ce que signifie '"être en diifciulté"?
Personne n'en parle mais nos élèves n'ont plus une vie calme, saine, bien réglée avec son compte de sommeil réparateur. D'où ces enfants endormis puis agités qui nous arrivent chaque jour. D'où le manque de concentration que nous constatons tous, les difficultés d'apprentissage qui en sont la conséquence...
Et que dira-t-on finalement ? Que la semaine scolaire n'est pas adaptée...
Alors, faut-il s'adapter à ces comportements irresponsables des familles ou refaire l'éducation des parents ? Vaste programme...
Les écoles d’Angers étaient amenées à se prononcer, en conseil d’école sur le projet de la mairie : organiser la semaine sur 4 jours et demi en travaillant le mercredi mation.
Le SNUipp a décidé d’expliquer aux parents son opposition au projet de la ville. Les enseignants portent majoritairement l’exigence du retour aux 936 heures annuelles de classe pour tous les élèves. Adopter une nouvelle organisation sur la base des 24 h, c’est prendre le risque de ne pas voir aboutir le retour au volume horaire initial. Ce serait également perçu comme une acceptation de la politique de destruction de l’école.
Le deuxième risque, c’est celui de l’inégalité entre les communes.
Les résultats sont édifiants :
Pour : 2 écoles
Contre : 52
N’ont pas participé au vote : 5 écoles
Le premier est toujours prompt à négocier et à signer pour exister. Quelquefois, il signe plus vite que son ombre (le protocole).
Le second est jusqu'auboutiste. Il ne veut rien céder et refuse toute négociation dès los qu'il se sent en situation de faiblesse. C'est le cas avec la semaine de 4 jours. Le voilà qui se bat pour le retour à l'ancien régime.
Finalement, s'ils sont différents, nos deux syndicats aboutissent à des résultats qui ne satisfont personne. La raison en est peut-être que ni l'un ni l'autre ne prennent l'avis des principaux intéressés...
Les parents d'élèves sont très majoritairement contre, pour 36 raisons toutes aussi valides que n'importe quoi d'autre, et leur redemander constamment n'y changera rien. Il faut dire également que les soi-disants experts dans le domaine des rythmes scolaires ne sont pas d'accord entre eux, et que leur crédibilité est douteuse lorsqu'on lit ce qu'il leur est arrivé d'écrire. Quant aux motivations politiques... La question scolaire, heureusement, ne se règle pas (pas encore?) dans les Conseils Municipaux.
Je crois, sincèrement, que la question majeure est celle des programmes, qui ont été considérablement alourdis au cours des années, et des enjeux de "réussite scolaire" qui y sont globalement et injustement attachés. Il est plus que nécessaire aujourd'hui de solliciter l'avis des enseignants pour alléger vraiment cette masse considérable de notions et de compétences dont beaucoup sont obsolètes ou prématurées. Il faut également cesser le discours culpabilisant quant à l'importance de ce qui est acquis ou non pendant la scolarité.
Dans les votes que vous signalez, hormis le cas de la FSU à Angers, ce sont bien les enseignants et les parents qui ont rejeté la possibilité d'adapter la semaine scolaire. Pourtant, nous le savons tous et nous le disons tous dans les salles des maîtres que la formule des 4 jours est la plus mauvaise de toutes. Et pourtant, nous choisissons notre petit bien-être et sacrifions l'avenir de nos enfants.
Au vu de mon expérience, je suis persuadée qu'il n'est guère possible d'envisager des réformes profondes dans le monde très fermé de l'Education nationale. Il est toujours très facile de rejeter la responsabilité sur les syndicats mais nous avons les syndicats que nous méritons. Finalement, à de rares exceptions, ils représentent assez bien l'état d'esprit des enseignants.
Si nous voulons que les choses bougent, qu'elles évoluent en fonction des connaissances que nous avons du comportement des enfants, de leurs rythmes de vie et d'apprentissage, il faut que les pouvoirs publics prennent leurs responsabilités. C'est à eux que revient le devoir de tout faire pour garantir l'avenir des générations que nous avons actuellement dans nos classes. Il est illusoire de croire qu'on obtiendra l'assentiment des enseignannts ou de leurs représentants après une longue concertation. Le législateur doit s'entourer d'avis éclairés et prendre les décisions qui s'imposent. C'est dommage de devoir passer en force mais devant l'irresponsabilité du monde enseignant et des parents, il n'y a parfois pas d'alternative.
Lorsqu'il s'est agi de prendre des mesures drastiques de sécurité routière, le gouvernement ne s'est pas embarrassé de considérations philosophiques. Il a tranché et imposé des directives contraignantes. C'était un problème grave : sauver des vies.
Nous sommes devant un autre problème, certes pas vital, mais ô combien capital : celui de l'avenir de nos enfants. Alors foin des critiques syndicales ou personnelles, prenons les mesures qui s'imposent.
Ils ne sont en rien les représentants des élèves, ni des parents, ni des municipalités (qui peuvent trouver économies à ne plus avoir à organiser d'accueil le mercredi matin).
Ils sont les représentants des enseignants, et ce n'est qu'en termes d'avantages ou de désagréments pour les salariés qu'ils doivent se positionner sur ce genre de problème sociétal.
Il est d'ailleurs assez significatif de voir manipuler des CE (sic!) d'une ville moyenne, alors que quand on ose pousser le curseur vers plus d'autonomie, on nous traite de "municipalisateur"...
> quant à la question des "4" jours, elle est totalement absconse tant que l'on ne considérera pas le temps, complet, que l'Enfant passe en collectivité (et pas juste l'élève en classe).
Et c'est loin de n'être qu'une question scolaire.
"Accepter un aménagement de la semaine, c'est renoncer au retour aux vingt-six heures d'enseignement hebdomadaire pour tous (avant la mise en place de l'aide personnalisée), et donc entériner les réformes ", martèle Christophe Rabin, co-secrétaire départemental du syndicat Snuipp du Maine-et-Loire.
Si je comprends bien, le SNUipp n'a pas renoncé à la semaine de 26 heures... Quand on disait que nos syndicats étaient plutôt conservateurs...
Au fait, le sait-il, le responsable du SNUipp que j
Attention, si ça continue, Christophe Rabin va nous ramener à avant 1969…