Directeurs en lutte

L’histoire se passe à Nogent sur Marne, petite ville rendue célèbre notamment par ses « guinguettes au bord de l’eau »… Deux écoles de 14 classes chacune… Tandis que la première perd une classe et donc sa décharge complète, la seconde en gagne une et passe à 15. Petit souci : pas de place pour accueillir cette ouverture. Qu’à cela ne tienne, elle sera hébergée chez la voisine victime d’une fermeture. Dans d’autres villes, une situation similaire a été réglée par une légère modification ou la mise en place d’une sectorisation de circonstance…
Autre bizarrerie, la direction de la première école (qui passe à 13 classes) se libérant, le maire (UMP) de Nogent propose le « regroupement » des deux établissements. Il est question, pour lui, de « mutualiser certains locaux ». Tollé général ! Enseignants et parents s’inquiètent du gigantisme de la nouvelle structure. Ce regroupement ne correspond pas à la création d’un EPEP et ne peut être assimilé à une fusion.
Le maire et l’IA dessinent les contours de la future usine à gaz. Le poste de la direction libérée est bloqué. C’est le directeur de la seconde école qui assurera la direction globale des 2 établissements secondé par un enseignant partiellement déchargé.
On mesure tout de suite les limites d’une telle construction. Un collège de même taille (environ 600 élèves) serait doté de nombreux postes administratifs : principal, principal-adjoint, conseiller principal d’éducation, secrétaire, infirmière, documentaliste, intendant, surveillants…
A Nogent, le directeur noiera sa grande solitude dans le stress de journées de travail longues et harassantes.
Mais comment réagissent les « puissants » syndicats enseignants ? Seul le silence assourdissant de leurs réactions parvient à nos oreilles…
Leur responsabilité est pourtant fortement engagée. En effet, leur refus de création d’Etablissements Publics laisse un vide juridique qui permet à des élus ou fonctionnaires zélés de créer, sans réflexion approfondie, des mastodontes tel celui de Nogent.
D’autant que le regroupement opéré à Nogent met à mal l’un des principaux arguments syndicaux : la municipalisation de l’école primaire. Ce coup de force montre bien que la municipalisation n’est pas la conséquence des EPEP puisqu’elle est peut devenir réalité hors EPEP.
Dans ce cas précis, le maire et l’IA interprètent de manière très personnelle l’article 34 de la loi de programmation pour l’avenir de l’école, qui prévoit des expérimentations organisationnelles dans le cadre du projet d’école.
Alors, n’est-il pas préférable et ne devient-il pas urgent de se doter d’un cadre juridique indiscutable pour limiter les abus ou déviances de certaines municipalités ?
Il est temps également que nos « grands » responsables syndicaux se débarrassent de « leurs habits post-soixante-huitards » et abandonnent le second argument qu’ils avancent en permanence : la caporalisation de l’école !
Cette caporalisation, que craignent nos principaux syndicats (le fameux p’tit chef), n’est autre que le fruit d’une idéologie dépassée teintée d’un zeste de démagogie.
Ne voient-ils pas nos « grands » syndicalistes qu’en l’absence de textes juridiques sur le statut de l’école tout devient possible même le plus ubuesque ?
Municipalisation et caporalisation : deux mots, deux arguments mais surtout deux notions qui bloquent toute réflexion sur l’avenir de l’école et annihilent toute réforme en profondeur de l’institution.
Il est temps que les Gilles Moindrot et Luc Bérille, plus habitués à fréquenter les cabinets ministériels que les salles des maîtres prennent conscience de la dégradation de notre école publique !
Il est temps qu’ils s’impliquent pleinement pour défendre l’école contre les assauts de l’Administration centrale et des élus municipaux !
Cette défense passe nécessairement par une réflexion sur le métier de directeur d’école. Il n’est plus possible d’éluder cette question. On le voit bien aujourd’hui encore, à Nogent.
Il est de la responsabilité de nos responsables syndicaux de s’emparer à bras le corps de ce problème. On ne leur demande pas de s’occuper en priorité et exclusivement de la direction d’école mais simplement de s’y intéresser aussi !
Blog des associations de parents d’élèves
Article 34 de la loi de programmation pour l’avenir de l’école
Mais une fois qu'ils seront partis, alors, ils vont en faire des tonnes !!!
Ont-ils seulement été saisis par des collègues ?
Ce qui est rageant, c'est de voir qu'on les critique quand ils engagent des actions (grèves, manifs) et qu'on pleure quand ils n'ont pas réagi alors que c'est peut-être parce que personne n'a même pensé à les appeler...
Après Dédel et son cas isolé, tu arrives avec "on ne la savait pas"!
> Nogent c'est pas Séquestre.
30 000 habitants, une dizaine de Km de Paris, ses guinguettes et ses écoles, dont 2 à 14 classes... Et pas de délégué syndical?
la première annonce a eu lieu en décembre 2008!
Pathétique!
Et toujours cette volonté de rester sur la forme en abandonnant complètement le fond.
> quid de la municipalisation?
> quid de la caporalisation?
Comment protéger l'école et les directeurs sans les garanties d'un texte juridique?
Je ne me fais pas trop de bile, le SNUipp et le SE finiront pas se réveiller avec le bruit que l'on fait.
>problème, la dernière fois le SE s'est réveillé en sursaut, comme il avait un stylo dans la main, dans un 1/2 sommeil, il a paraphé le "Proutocole".
"Il n'y a pas pire sourd que celui..."
C'est quand même invraisemblable de laisser près d'1/6 des adhérents potentiels d'une profession sur le côté ! Et on se plaint, en France, du faible taux de syndicalisation...
Qu'il faille, à la tête de chaque établissement scolaire, un epersonne dont le métier consiste à administrer, à gerer ledit établissement me parait une évidence ... qui ne semble pas partagée par tout le monde!
Ce directeur (appelons le ainsi pour la commodité de l'expression) doit avoir les pouvoirs de diriger ... Autrement dit, les enseignants qui y travaillent doivent être placés sous son autorité hiérarchique. On est loin du compte! cette idée de ne fait pas l'unanimité ... chez les enseignants!
Du point de vue des parents, l'approche doit être différente. Les parents sont en quelque sorte les délégués des enfants, lesquels, trop jeunes, ne peuvent exprimer un choix serein. ce sont encore les parents, Dieu merci, qui sont responsables de l'éducation de leur enfants! Là encore, cette idée n'est pas partagée par tout le monde, notamment pas , encore eux, par tous les enseignants!
Les parents ont raison de s'inquiété d'une certaine forme de gigantisme ... La taille d'un lieu d'enseignement doit être adaptée à sa mission et, par conséquent, à l'âge des élèves. Je ne suis pas choqué qu'un collège soit de taille plus grande qu'une école primaire, qu'un lycée soit plus grand qu'un collège ...
Dans le même esprit, je ne vois pas d'inconvénient à ce que, au niveau d'une ville de la taille de Nogent, soit installée une Direction des écoles primaires mais il faut, c'est impératif que l'Autorité soit présente ou représentée, physiquement!
Le problème, c'est le statut des enseignants ... Ceux-ci sont d'un conservatisme ahurissant! Ils veulent, presque tous, que RIEN, ABSOLUMENT RIEN ne change! Ils en sont restés au plan Langevin Wallon (vieux de plus de 60 ans!) quand ce n'est pas à l'école de Jules Ferry! Ils faudrait qu'ils se bougent un peu, tout de même! Le monde d'aujourd'hui n'est pas le même que celui de 1886 ...
2 bémols.
1)ce sont encore les parents, Dieu merci, qui sont responsables de l'éducation de leur enfants!
> les instits/PE ont aussi une responsabilité dans le domaine de l'Éducation des élèves.(je ne dis pas "enfant")
Vouloir les cantonner dans un rôle unique de "transmission des savoirs" est une erreur.
La mission première de l'école est de former des citoyens, la culture et l'émancipation par les savoirs sont ses outils.
Je parlerais plus volontiers d'une co-responsabilité, de partenariat dans l'Éducation, dans la complémentarité, chacun dans son rôle et ses compétences.
Mais c'est vrai, je reconnais certaines dérives.
Simplement parce que les rôles de ne sont pas définis à l'école on reste sur des "postures". (les Parents ont obtenu un statut en 2005 je crois).
> Autrement dit, les enseignants qui y travaillent doivent être placés sous son autorité hiérarchique.
Sans aucun doute.
2 précisions
- Cette autorité doit s'exercer sur place.
- Cette autorité doit être définit clairement par un texte.
> ce texte doit confirmer le rôle de directeur: responsable de terrain, afin que les professionnels, les usagers et les partenaires y trouvent, enfin, un interlocuteur de proximité reconnu.
Attention de ne pas en faire un "coordonnateur baladeur" bis, plus tourné vers les couloirs du palais qu'au service de "son" l'école.
Dans ce que nous écrit Jacques (commentaire 6), un paragraphe attire mon attention : le dernier. Lui qui n’est pas enseignant, semble-t-il, et même plus parent d’élèves, nous porte un jugement sévère sur notre profession.
« Ceux-ci [les enseignants] sont d'un conservatisme ahurissant! Ils veulent, presque tous, que RIEN, ABSOLUMENT RIEN ne change! Ils en sont restés au plan Langevin Wallon (vieux de plus de 60 ans!) quand ce n'est pas à l'école de Jules Ferry! Ils faudrait qu'ils se bougent un peu, tout de même! Le monde d'aujourd'hui n'est pas le même que celui de 1886 ... »
Ce jugement est partagé, je le crains, par un nombre important de personnes en France. Moi, qui suis enseignant depuis très très longtemps et directeur depuis longtemps aussi, je partage ce jugement. Je l’ai déjà dit sur ce site. Pas plus tard que le 22 mars dernier, j’ai écrit :
«En réalité, c'est le corps enseignant dans son ensemble, de la maternelle au supérieur qu'il faut incriminer.
Impossible de réformer. Refus systématique. Le pompon, c'est qu'on entend les mêmes, ceux qui s'opposent à toute tentative de réforme, clamer qu'il est indispensable de réformer l'école, le collège, le lycée, l'université... »
On est toujours en train de dire que ce sont les syndicats qui plaident pour l’immobilisme. En fait ça nous arrange plutôt bien.
Le cas le plus typique et qui nous concerne tous, sur ce site, c’est celui du statut d’établissement public. Nous savons pertinemment que notre statut de directeur passe par un statut de l’école. Seulement, nous n’acceptons pas d’entrer complètement dans la peau du directeur. C'est-à-dire, d’endosser le rôle de celui qui « dirige ».
Même les collègues qui paraissent le plus à même d’entraîner les autres vers un statut, je pense à Pierrot, à Merlin, à Henri, à Ewen… qui mettent en avant le projet de leur association. Ce qu’ils proposent, c’est une demi-mesure. Ils dessinent un statut d’école qui, en fait, dépoussière les textes existants mais, on le devine aisément, qui n’a d’autre utilité que de fournir un statut au directeur.
Ce statut du directeur, je l’approuve pleinement et je l’attends et le réclame depuis si longtemps ! Car nous n’existerons que par un statut. La reconnaissance, les moyens, le salaire, l’encadrement des responsabilités… tout cela est une évidence.
Mais pour le reste, le projet EPE dont nous parlent souvent les collègues cités plus haut, peut-il changer le fonctionnement de l’école ? A l’évidence, non ! Son seul intérêt (et ça compte évidemment), c’est de nous arracher un statut. Très bien mais si ça s’arrête à cela, ça n’apparaîtra aux yeux de beaucoup que comme une mesure corporatiste.
Moi, je pense, comme Jacques, que l’école doit être dirigée. C'est-à-dire « gouvernée ». Regardons ce qui se passe avec le fameux projet d’école qui, chacun le sait, n’est qu’une coquille vide dans la plupart des cas. Aucun directeur n’a les moyens (je parle en termes d’autorité) de faire travailler une équipe sur un projet global.
Prenons le cas de l’attribution des classes lorsqu’un nouveau arrive ou lorsqu’il faut réorganiser la structure suite à une modification des effectifs. Quelle règle applique-t-on ? Le dernier arrivé… Quelle administration (ou entreprise) distribuerait un poste selon ce critère ? Et pourquoi pratique-t-on ainsi ? Il faut le dire : par lâcheté pour avoir la paix. Le consensus ne sert qu’à pallier le manque de pouvoir. Oh bien sûr, on trouve toutes les bonnes raisons pour justifier son manque de courage… Mais c’est la triste réalité du fonctionnement des écoles. Et ces deux petits exemples changeraient-ils si les EPEP étaient en place ? J’ai ma petite idée sur la question…
Les syndicats suivants leurs intérêts esquivent, nient, ou se voilent la face par rapport à la situation des directeurs. Il n'y a qu'à voir les circonvolutions métaphysique
Ceci nous amène à la deuxième responsabilité : les enseignants eux-mêmes. On veut bien changer, dans la mesure ou tout reste pareil. ET ce à tous niveaux : programmes, semaine scolaire, définition du métier, ... Du coup, à toujours refuser, on finit par nous l'imposer. Bien sûr quelques grèves et manifestations nous donnent l'impression que l'on a gagné. En fait, on a perdu. LE SMA, le soutien, les 1500 RASED, les programmes, les saliares, les conditions de travail, on a tout eu. Mais,... on a réussi à légèrement à infléchir les projets. On ne maîtrise rien, car on ne veut rien bouger. Si au moins on pouvait négocier ....
Même pour les IUFM, qui sont un modèle d'usine à gaz, et qui ne forment qu'à la frange (j'y suis passé, et je subis encore par les stages et les venues des prof), ce qui fait reculer le gouvernement ce n'est pas les syndicats mais le fait qu'il s'agit d'adultes, lycéens, étudiants, et que les ministres ont peur des dérapages. Nous avec nos petits on peut toujours se l'arrondir.
Les gouvernements ferment la marche. Eux, ils veulent bien réformer mais dans le sens de leurs intérêts : financiers et clientèles (à droite donc) Mais que trouvent-ils en face d'eux? une force d'inertie qui défend une immobilité et non une cohérence ou adéquation avec la vie d'aujourd'hui.
On participe à une course sans fin, où on ne conduit rien, et où le volant est disputé par ces trois acteurs.
Et on va droit dans le mur
Pipeau, Gégé…
On a assez de raisons de se mettre en rogne pour que tu nous en rajoutes…
Aux conservatismes d’un Dédel, tu n’interviens, en avers de médaille, que pour proposer un autre conservatisme.
Aux critiques d’un Dédel, incapable de répondre à une question simple et préférant se réfugier dans les discours pontifiants et convenus, tu n’opposes, en avers de médaille, qu’un autre discours bien standardisé.
Toi comme lui êtes bien légers lorsqu’il s’agit de débattre sur le fond, sur des propositions concrètes comme les nôtres. L’un et l’autre préférez le discours général et les pensées toutes faites. Mais, revers ou avers de la médaille, c’est de la même monnaie de singe…
Tu confonds d’ailleurs « diriger » et « gouverner », confusion de norme dans le privé, mais qui n’a pas grand-chose à voir avec l’Ecole Publique. « Diriger », c’est donner du sens, indiquer la direction « gouverner », c’est tenir le gouvernail pendant que les autres rament. Reprends l’étymologie, Gégé, elle est porteuse de sens…
Nos projets, tant sur la direction d’école que sur le statut de l’école, valent ce qu’ils valent et sont certainement améliorables. A chacun de participer au débat et d’y amener son point de vue. Mais, à vous voir, d’un côté comme de l’autre, opposer blocages et conservatismes, je doute que vous y soyez utile. Entre ceux qui pensent que l’école doit rester inchangée depuis Jules Ferry et ceux qui ne voient de salut que dans le chef d’établissement du secondaire, on persiste dans une troisième voie, celle de l’écoute et du débat, celle de la recherche d’une école qui ne soit ni une relique, ni une copie mal conforme…
Thierry Fabre
PS Triste caricature que de croire que 50 000 écoles de ce doux pays appliquent sans moufter la vieille antienne du « poste attribué au dernier arrivé » Il y a belle lurette que cela a bougrement changé et l’existence du GDID n’y est pas pour rien. ..
En réalité, il n'y a pas que de la surdité, il y a aussi une certaine forme d'autisme...
Et il doit bien y avoir une dose de répulsion lorsqu'on prononce le mot "directeur"...
Merci pour ce coup de gueule. De temps en temps, ça fait du bien !