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Directeurs en lutte

Directeurs en lutte

Le blog des directeurs qui luttent pour obtenir un statut professionnel.

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Vœux présidentiels


A Saint-Lô (Manche), tout est prêt pour accueillir le Président de la République qui a choisi ce lieu « tranquille » pour présenter ses vœux au corps enseignant. Nicolas Sarkozy devrait s’y sentir à l’aise. En effet, La Manche est un départemental rural, Saint-Lô est une des plus petites préfectures de France, majorité départementale UMP, député UMP, mairie UMP.

Au-delà des vœux, le Président prononcera un grand discours sur les réformes en cours à l’Education nationale au moment où Xavier Darcos se voit contraint d’infléchir sa politique sur les sujets les plus controversés (maternelle, RASED, lycée…).


Les syndicats enseignants ont clairement annoncé leur refus de participer aux vœux de Saint-Lô. Au même moment, ils donneront une conférence de presse à Paris.

Sur le terrain, il n’est pas impossible que la visite présidentielle soit troublée par des manifestants locaux. Même si toutes les précautions sont prises pour que soit préservée la sérénité de la cérémonie ainsi que l’explique une enseignante de l’école Calmette et Guérin qui accueillera le chef de l’Etat ce matin :

« Depuis lundi, toute la vie de l’école ne tourne qu’autour de cette visite : coups de téléphone, réunions avec les inspecteurs, pressions de la mairie pour rénover l’école (et oui ! vous n’imaginez pas tout ce qui est possible de faire d’un coup...alors que ça fait des mois que nous réclamons ces travaux !) Nous subissons également des pressions sur notre attitude... nous avons décidé de ne pas nous mettre en grève et de montrer notre professionnalisme, sans cirage de pompe !!! Nous serons extrêmement vigilants sur nos propos, nous ne manquerons pas l’occasion de nous exprimer ! »

 

Nicolas Sarkozy devrait évoquer la réforme du lycée et "faire des annonces" sur ce sujet. Il s'était personnellement impliqué en lançant la réforme à ses débuts le 2 juin 2008. Puis, le 16 décembre, il avait confirmé le report en mettant en avant la nécessité de la concertation.


Le Président annoncera la création d'un Haut commissariat à la Jeunesse qui pourrait, entre autres, se charger de réfléchir à la réforme du lycée, repoussée d'un an.

"L'un des axes du propos présidentiel sera consacré au malaise de la jeunesse. Ce n'est en effet, selon le chef de l'Etat, pas tant la réforme du lycée qui a précipité les jeunes dans la rue qu'une inquiétude liée à leur avenir"

"Il entend s'intéresser aux problèmes de la jeunesse déscolarisée comme à ceux des diplômés qui entrent sur le marché du travail" et pour cela il annoncera la création d'un Haut commissariat sur le modèle du Haut commissariat aux solidarités actives piloté par Martin Hirsch.

L'ancien président d'Emmaüs pourrait hériter de cette nouvelle fonction et trois personnes seront chargées d'y réfléchir à la réforme du lycée. Richard Descoings, directeur de Sciences-Po, serait nommé au sein de cette équipe de trois personnes.

Il devrait également rendre hommage à l’école maternelle. Son ministre tient depuis plusieurs semaines des propos apaisants sur le sujet.   

 

Le tollé provoqué par les déclarations du ministre sur « les couches », le succès de la carte-pétition maternelle, la grève du 20 novembre, le résultat des élections professionnelles… autant d’éléments qui ont sans doute amené Xavier Darcos à infléchir ses déclarations : « excuses » aux enseignantes de maternelle, réaffirmation que « l’école maternelle accueille aussi les enfants de 2 à 3 ans particulièrement dans les secteurs difficiles ruraux et urbains », signature d’un partenariat avec l’Ageem qui réaffirme « la place essentielle de l’école maternelle au sein du système éducatif français » et qui permettra l’actualisation et la réédition du document « Le langage à l’école maternelle ».

Enfin, dernièrement, le ministre a envoyé une lettre au SNUipp en réponse aux différentes interpellations de ce dernier. Il y déclare notamment : « L'école maternelle est une vraie école, sur le fondement d'une pédagogie et de modalités d'organisation spécifiques prenant en compte les besoins des jeunes enfants" écrit-il. "J'y suis fortement attaché ». Il propose de réactiver un groupe de travail paritaire pour « contribuer à l’élaboration d’un plan national de formation tant initiale que continue, des enseignants de maternelle ». Il revient sur les documents d’accompagnement des programmes de 2002 en indiquant que certains d’entre eux pourront être « repris » et « adaptés ».

Nul doute que le Président aura à cœur de dire, lui aussi, tout le bien qu’il pense de l’école maternelle.

 

Quels seront les autres thèmes abordés par le chef de l’Etat ? Réitèrera-t-il le discours-programme de Périgueux le 15 février 2008 ?  Ce jour-là, le président de la République avait vanté le retour à la mémorisation des connaissances et à l'autorité dans les établissements. "Tout groupe humain, quel qu’il soit, a besoin d’être dirigé. Les équipes enseignantes n’échappent pas à la règle".

 

Evoquera-t-il la proposition de loi portant création d’EPEP déposée sur le bureau de l’Assemblée nationale en décembre 2008 ? Rappelons que cette proposition de loi qui devait être étudiée en janvier par le Parlement est reportée à « février-mars »…

Benoist Apparu, député (UMP) de la Marne et co-auteur du texte avec Frédéric Reiss (UMP, Bas-Rhin), et Guy Geoffroy (UMP, Seine-et-Marne) évoque un "problème de calendrier" dû au retard pris dans l’examen de certains textes à l’Assemblée nationale. Pour autant, assure Benoist Apparu, "la volonté politique" de mettre en place les Epep reste inchangée. Frédéric Reiss a été désigné rapporteur pour la commission des affaires culturelles. "Il a d’ores et déjà lancé un travail d’auditions", précise Benoist Apparu.

 

Les parlementaires à l’origine de la proposition de loi souhaitent prendre le temps de la concertation, avec l’AMF (association des maires de France) notamment. L’objectif est "de ne pas rééditer les erreurs commises sur le SMA (service minimum d’accueil)".

"Les relations se sont tendues à l’Éducation nationale, ce qui ne simplifie pas la mise en œuvre d’une nouvelle réforme", explique le député de la Marne. "Il est évident aujourd’hui qu’on ne peut pas passer ’à la hussarde’ sur un projet comme celui-ci", estime-t-il. En tout état de cause, poursuit le député, la proposition de loi ne pourra s’appliquer en 2009.

 

Ce communiqué ressemble à s’y méprendre à un enterrement de première classe. Certes, la modification de la Constitution a institué de nouveaux droits aux parlementaires. Mais il ne suffit pas qu’une loi soit votée pour qu’elle entre en vigueur. Encore faut-il que les décrets d’application soient publiés. Et cela, c’est du ressort du Président. Or, en France, au 30 septembre 2008, le taux d’application de la loi était de 24,6 %. Oui, seulement un quart des lois ! Et ce chiffre est en recul par rapport à 2006-2007, où il était de 32,1 %.

 

Le président de la République ne prendra certainement pas le risque de rallumer un nouveau foyer alors qu’il doit éteindre ceux provoqués par sa politique de réduction des effectifs (lire nos précédents articles sur l’application de la RGPP). D’ailleurs, X. Darcos n’a-t-il pas laissé entendre aux syndicats que cette réforme « n’était plus d’actualité ».


Il y a donc fort à craindre que les directeurs d’école seront, à Saint-lô, comme ailleurs, les « oubliés » du discours présidentiel…

 

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Publié le 03/01/2009 à 10h13 dans Analyses

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