Directeurs en lutte

Résultats nationaux des élections professionnelles 2008 - CAPN
Syndicats
%
Evolution
Sièges
2005-2008
SNUIPP - FSU
47,05%
+ 2,00
6 (+ 1)
SE-UNSA
22,95%
- 1,61
3
SNUDI-FO
7,81%
+ 0,02
1
SGEN-CFDT
7,42%
- 0,32
0 (- 1)
SUD EDUCATION
6,39%
+ 0,90
0
SNE - CSEN
2,59%
- 1,08
0
UNSEN - CGT
2,33%
+ 0,31
0
avenir écoles (CGC)
1,38%
- 0,39
0
SCENRAC - CFTC
1,34%
+ 0,25
0
SNEP - SNCL (FAEN)
0,75%
- 0,06
0
Les élections professionnelles des enseignants se sont déroulées dans le climat fortement marqué par la politique gouvernementale. La concentration des attaques contre l’Ecole et ses enseignants (ou ressenties comme telles) aura incontestablement marqué ce scrutin.
Un camouflet pour le ministre
L’analyse des résultats nous fournit plusieurs indications :
1 – Participation en hausse
Ce scrutin est marqué par une participation en hausse alors qu’elle ne cessait de s’effriter dans les scrutins précédents. Les enseignants ont ainsi opposé un démenti cinglant aux allégations de M. Darcos mettant en doute le caractère représentatif des organisations syndicales.
Dans le premier degré, le taux de participation est de 62,8 %, soit par rapport à 2005 une augmentation de 2 points (60,7 % de participation en 2005).
"Cette bonne participation aux élections témoigne de la forte représentativité des organisations syndicales enseignantes, ce dont se félicite le ministre de l’Éducation nationale", souligne Xavier Darcos.
Rappelons cependant les propos tenus sur RTL par X. Darcos le 20 novembre : " Il y a une résistance des appareils qui n’est pas celle des professeurs. Les professeurs méritent mieux que d’avoir des syndicats dont la fonction principale est d’organiser la résistance au changement". (Relire notre article).
2 – Progression des syndicats « protestataires »
Dans notre article du 22 novembre, nous écrivions : « Toutes les organisations syndicales ont appelé à la grève. Pourtant, toutes n’en retireront pas le même bénéfice. Indéniablement, une prime sera accordée aux syndicats les plus importants. Et parmi eux, ceux qui disposent de moyens conséquents et donc d’une meilleure visibilité médiatique.
En effet, qui a-t-on essentiellement « vu » dans les journaux télévisés ? Les dirigeants des principaux syndicats enseignants, en particulier le « chouchou » des médias, Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU. Il y a fort à parier que le SNUipp en tirera davantage profit que ses concurrents ».
Le fossé profond creusé par le ministre entre lui et les enseignants des écoles a poussé ces derniers à lui manifester une nette désapprobation des méthodes utilisées et des réformes entreprises.
Le message est clair : les enseignants ont avant tout voulu signifier au ministre leur exaspération devant l’accumulation de réformes imposées sans concertation ni explication probante : semaine des 4 jours, 108 heures, stages de remise à niveau, aide personnalisée, EPEP… Mais ce qui a le plus cristallisé la colère des enseignants, c’est probablement les milliers de postes supprimés année après année, l’impression que la maternelle allait être sacrifiée et la suppression programmée des RASED… Le tout, pour des raisons plus comptables que pédagogiques.
Au SE-Unsa, le bilan est quelque peu entaché de déception. Le syndicat ne récolte pas les fruits de sa volonté « réformiste ».
« Cette situation ne pouvait que créer un terrain électoral difficile pour le syndicalisme réformiste incarné par le SE-UNSA qui avait refusé de dissocier opposition et proposition. Elle favorisait à contrario et le vote radical, et le vote « légitimiste » pour le syndicat déjà le plus représentatif ».
C’est ce qu’ont traduit les résultats de l’élection à la CAPN des enseignants des écoles où le SE-UNSA, s’il maintient ses 3 sièges, enregistre une érosion de 1,6 point, le SGEN-CFDT disparait de la commission nationale, tandis que SUD et le SNUIPP progressent logiquement.
Au SNUipp, on jubile : « le SNUipp recueille 2% de voix supplémentaires. Il poursuit ainsi de façon continue la progression entamée depuis sa création en 1992. Il devient le premier syndicat dans 12 nouveaux départements.
Ce vote des personnels confie au SNUipp une grande responsabilité pour l’avenir de l’école, des élèves et des enseignants. Les enseignants des écoles ont renforcé ainsi leur confiance dans la capacité du SNUipp à défendre au quotidien l’Ecole et ses personnels, à se mobiliser et à mettre en œuvre une stratégie syndicale qui sait être offensive et force de propositions ».
Quelles conséquences ?
Comme tout politique touché par un désaveu important, le ministre affirme qu’il continuera ses réformes car
l’école en a besoin. Néanmoins, comme nous l’avons écrit le 26 novembre, le ministre est durablement affaibli par la grève du
20 novembre, la mise en cause du SMA, la fronde des maires au 91e congrès de l'Association des maires de France (AMF) et maintenant par les résultats des élections
professionnelles.
Il a déjà présenté des excuses pour ses propos sur les maternelles, donné des gages sur l’avenir des RASED, tenu des propos élogieux sur la représentativité des syndicats et accepté de les rencontrer pour renouer le dialogue…
La prochaine étape se traduira vraisemblablement par une « pause » dans des réformes qui étaient annoncées comme urgentes. C’est probablement le sort que subira la proposition de loi sur la création des EPEP prévue pour être présentée au Parlement en janvier prochain. Le SNUipp ne manquera pas de rappeler à X. Darcos son hostilité à la création d’un statut de directeur.
Le ministre hésitera certainement, pendant quelque temps, à braver une organisation syndicale récemment auréolée d’une victoire aux élections professionnelles…
Ce qui est réconfortant, c'est de constater que les collègues ont clairement discerné parmi tous les syndicats, lesquels les défendaient le mieux. Ils ont fait la différence entre une vraie lutte et de faux semblants qui ne consistaient qu'à tenir un double langage, tantôt en criant, tantôt en signant des accords.
Pour le SNUipp, il faut maintenant assumer cette responsabilité et ne pas décevoir les milliers de collègues qui sont revenus vers lui et lui accordent leur confiance.
Nous devons nous mobiliser dans la voie tracée qui correspond à celle approuvée par les collègues. Nous avons commencé à reconquérir les collègues qui savent que notre combat est entièrement tourné vers la sauvegarde de l'école et non son affaiblissement.
progresser de 2% lorsque l'on est déjà à 45% de représentativité!!! la FSU globalement progresse de 3% avec une participation en hausse. Le syndicat que vous soutenez sans le dire mais en le disant tout de même... parce que ça réclame une "statut" de commandeur est en baisse, vous avez malheureusement oublié de le signaler. Il est vrai qu'il vous en faut beaucoup pour vous surprendre.
Espérant que vous avez (un peu) compris le message des collègues qui soutiennent massivement un syndicat qui refuse radicalement vos propositions, lors d'élections démocratiques et non de pseudo sondages auxquels nous sommes trop habitués.
Un directeur qui savoure des résultats qui donnent une exceptionnelle représentativité à un syndicat de (véritable) lutte pour l'école et non pour des petits chefs qui voudraient devenir plus gros !
Sans surprise sur la validation du message
Je persiste.
Darcos est affaibli, ça OK (et il l'a bien cherché). Je pense que le coup qui lui a fait le plus mal c'est l'assemblée de l'AMF.
Reste que dans le primaire le plus gros du train de ses réformes est passé: nouveaux programmes, budget, sma, stages RAM, soutien...
Il peut se permettre de lever le pied et se concentrer sur le secondaire où les résultats de ces élections sont paradoxalement inverses.
Donc, sur le fond peu de "reculade".
là quelques réflexions:
- Pas sûr que Darcos reste à l'EN après le remaniement ministériel qui s'annonce. (déjà pas mal de prétendants...).
- les députés qui ont déposé le projet de loi restent persuadés qu'un statut d'établissement pour les écoles est indispensable.
- le gouvernement évitera toute tension sociale, au moins tant que nous serons dans la crise.
- reste que nous sommes encore assez loin des élections présidentielles et cela ne plaide pas vraiment en faveur d'une pause...
On est tranquille pour un bon moment, Pierrot. On nous dit que la crise pourrait durer jusqu'en 2010-2011.
"les députés qui ont déposé le projet de loi restent persuadés qu'un statut d'établissement pour les écoles est indispensable".
On peut toujours dire que c'est indispensable, ça ne mange pas de pain. En tout cas, nous, on rame sans moyens.
"reste que nous sommes encore assez loin des élections présidentielles et cela ne plaide pas vraiment en faveur d'une pause..."
Ben... si, Pierrot, puisque tu nous dis que le gouvernement évitera toute tension sociale.
Dans le chapitre concernant l'école primaire, tous les voyants sont au vert...
http://www.budget.gouv.fr/presse/dossiers_de_presse/081203rgpp.pdf
Éviter toute tension ne veut pas dire faire une pause, enfin je ne crois pas.
Sans être devin on peut raisonnablement penser que Sarkozy, avant de se calmer, essaiera de faire passer d'autres petits paquets... (il lui faudra présenter un bilan)
Les EPEP en feront-ils parties... ?
• non, repoussés à la prochaine législature.
• oui, car il suffit de faire paraître les décrets pour que l'expérimentation commence.
Là on est plutôt mal, car Darcos cherche vraiment de grosses économies donc de grosses structures.
• peut-être, on laisse les députés continuer leur travail afin de voir si c'est possible...
J'ai une préférence pour la 3° solution, la seule qui peut être négociée.
Mais après ?
Après ? un long sommeil s'installe, doux ronron où les élus s'installent dans le confort douillet...en attendant la prochaine élection !
Et il est à craindre que ce sommeil (cette glaciation, je me cite !) n'atteigne encore l'école dans son ensemble, entraînée dans des refus obstinés et à courte vue ! L'école y perdra probablement beaucoup, les directeurs aussi, mais l'ensemble de la communauté éducative certainement aussi !
L'avenir de l'école en France ne se présente pas sous de très bons auspices...mais qu'importe après tout, puisque rien ne change, que la fossilisation est en bonne voie ...
Il est toujours plus facile de rassembler pour s’opposer que pour proposer.
On sait bien que les syndicats français (tous secteurs confondus) ne sont pas attrayants.
Dans l’EN, leur fonds de commerce est surtout composé de personnels qui espèrent un coup de pouce pour une mutation. « Dès lors qu'un enseignant a trouvé la place qu'il souhaite, on constate quelques mouvements de désyndicalisation », constate René Mouriaux, pour qui « l'aide à la mobilité est une des raisons de l'adhésion des enseignants ». Ce sont en fait des enseignants qui souhaitent bénéficier d’une négociation menée par les syndicats mais qui n’adhèrent pas.
C’est d’ailleurs ce qui conduit Darcos à demander au ministère d’informer lui-même directement les collègues des résultats des mutations. Au grand dam des syndicats qui y voient une concurrence qui pourrait leur être dommageable.
On peut raisonnablement faire la même analyse concernant « l’adhésion » à un syndicat lors d’une élection. Ce sont des enseignants qui, à un moment donné, se retrouvent et profitent de l’action du syndicat pour s’opposer mais qui ne se sentent pas liés par une forme d’adhésion.
Aux dernières élections, le SNUipp a recueilli 98 376 voix sur un total de 347 466 soit 28,31 % des inscrits. Voilà qui relativise sérieusement la portée de « l’exceptionnelle représentativité » de ce « syndicat de lutte »…
N.B. René Mouriaux est un politologue et historien français. On lui doit en particulier de très nombreux ouvrages qui font autorité sur le syndicalisme français.
tu crois vraiment que les enseignants se sont prononcés contre les directeurs qui aspirent à être reconnus?
ça fait quand même 70% des enseignants du primaire qui ne veulent pas être représentés par le SNUipp
Dédel, va jeter un oeil au rapport RGPP, tu verras si vous avez "résisté" aux "réformes"...
La victoire du SNUipp est incontestable, l'analyse que vous en faîte l'est moins
Il n'y a qu'à voir dans le secondaire où la FSU perd des voix et l'UNSA en gagne...
J’ai passé un sale week-end. Et depuis, j’ai le moral en berne… Je n’arrête pas de penser à ces petites listes syndicales qui, tous les 3 ans, font un petit tour et puis s’en vont… Bon, on a l’habitude de ces syndicats touristes…
Ce qui m’empoisonne le plus, c’est le cas du SNE-CSEN. Voilà un syndicat qui essaie d’exister et d’apparaître comme le digne défenseur des directeurs. Un syndicat qui se fait même violence en s’intégrant à la grève du 20 novembre. Il faut ratisser large…
Mieux même, un syndicat qui lance une pétition quelques jours avant les élections… Une pétition au nom prémonitoire : « sauvons les directeurs »…
Sauvons les directeurs… Les pauvres qui se rattachaient à cette bouée de sauvetage ont été bien mal récompensés. Il faut les voir errer dans les couloirs de leur école, la mine défaite après les résultats du SNE…
Voilà un syndicat qui réussit à perdre près de 2 000 voix entre 2005 et 2008 alors que le nombre des inscrits a augmenté de près de 4000… Pathétique, vous dis-je…
Et ces pauvres collègues directeurs qui rêvaient de pouvoir, de statut… qui se voyaient déjà chef d’établissement, patatras !!! Tout s’écroule.
Que leur reste-t-il ? Ils ne savent plus à quel saint se vouer. On nous dit qu’ils se tourneraient maintenant vers Saint Frédéric Reiss, auteur d’une proposition de loi mort-née portant création des fameux EPEP…
Oui, ces jours-ci, j’ai le vague à l’âme…
Tu te souviens ? Le 26/11, j'avais écrit ceci en commentaire (excuse-moi, je recopie, c'est plus rapide) :
Il s'est fait avoir, notre brave ministre... A malin, malin et demi...
Les syndicats ont l'habitude d'user les ministres puisque si les ministres ont une durée de vie assez courte à la tête de leur ministère, les dirigeants syndicaux, eux, ont une longévité exceptionnelle. N'oublions pas qu'ils élus puis réélus avec des taux frisant les résultats de l'ex-URSS...
Ils ont bien combiné leur coup en attendant une saturation des réformes chez les enseignants pour organiser une bonne grève bien dure juste avant des élections professionnelles. Forcément, tous les syndicats ne pouvaient que s'y mettre...
Et il est tombé dans le panneau comme un novice...
Le lendemain, tu m'avais répondu :
Darcos affaibli, à voir...
Je crois vraiment qu'il faudra savoir dissocier la forme du fond.
Qu'il tempère ses provocations tant mieux (mais n'est-ce pas tactique), qu'il recule sur les suppressions postes ou les EPEP, c'est une autre histoire.
Du côté syndical, il faut attendre début 2009 pour avoir une idée de leur combativité, car aujourd'hui on est en pleine surenchère électorale.
Les positions de chacun risquent de changer après le 2.
- si le SNUipp prend de l'avance, le SE ne sera-t-il pas tenté de choisir une autre stratégie?
- qu'en sera-t-il si l'abstention se renforce, si dans des départements le quorum ne sera pas atteint...?
Je pense que c'est cela qu'attend Darcos. On est encore trop loin de la présidentielle pour que le gouvernement recule (surtout que Sarko n'est pas loin d'un remaniement...)
PS. rappelez-vous le mouvement sur les retraites.
Je n'en tire pas gloriole, tu sais, d'avoir vu juste. Et surtout, ne crois pas une seconde que je me moque de ton analyse. Simplement, prends-le pour un clin d'oeil amical.
Plus sérieusement, je suis plutôt en accord avec le thème de l'article du jour.
Oui, Darcos est affaibli.
Oui les syndicats les plus vindicatifs ont gagné.
Oui les syndicats modérés (pour ne pas dire les plus mous...) ont perdu.
Oui je pense moi aussi que le ministre sera contraint de céder et de mettre un frein à ses réformes.
Oui, je pense également que la création des EPEP sera repoussée et peut-être même pour un temps plus long qu'on ne l'imagine, voire annulée sous cette législature.
Oui je pense que c'est le début d'un hiver glacial pour les directeurs comme l'a écrit quelqu'un l'autre jour.
Mais, je n'ai pas de mérite particulier à "deviner" tout cela : c'est toujours comme ça que ça finit dans le domaine des réformes de l'Education nationale.
Même stratagème pour tous les ministres. Même volonté de laisser leur nom dans une "grande réforme". Même punition pour chaun d'eux...