Directeurs en lutte



Ayant eu écho d’une discussion entre un collègue directeur et un inspecteur général de l’Education nationale, nous avons cherché à  en savoir davantage. Non sans peine, nous avons réussi à identifier et à joindre, par téléphone, ce collègue qui a accepté de nous faire un récit détaillé de cette conversation et nous autorise à le publier.

 

Date : lundi 10 mars.

Lieu : une circonscription de l’Académie de Lille.

Situation : réunion de directeurs

Ordre du jour : mise en place des stages de remise à niveau (vacances de printemps)

Particularité : présence de Jean Hébrard (IGEN) en visite d’inspection de l’IEN (validation de la formation de l'IEN).

 

Une première question est posée par notre collègue sur la responsabilité des directeurs lors des stages de remise à niveau qui se déroulent pendant les vacances lorsque le directeur n’y participe pas personnellement et n’est donc pas présent dans l’école.

L’IGEN : « En cas d’accident (surveillance des enfants…), c’est la responsabilité des enseignants qui est engagée. En ce qui concerne la responsabilité pénale, c’est celle du directeur si, par exemple, vous avez omis de signaler un défaut lié à l’entretien des bâtiments et que ce défaut risque d’entraîner un accident. Mais je dirais, comme toujours. Ni plus ni moins. On ne peut pas vous reprocher autre chose… ».

 

En seconde partie de réunion, la discussion est lancée sur la demi-journée banalisée pour l’étude des nouveaux programmes. Jean Hébrard intervient pour assurer les directeurs que « le ministre attache beaucoup d’importance à l’avis des enseignants et qu’il en tiendra compte ».
Notre collègue directeur demande la parole et émet des doutes sur la prise en compte des remarques faites par les enseignants. Il rappelle l’exemple du « Débat national sur l’avenir de l’école en 2003 ».

 
Le directeur : « Alors qu’on nous demandait d’établir une synthèse, en demi-journée banalisée, de son côté, Claude Thélot, président de la commission du débat national, travaillait sur une enquête qualitative commandée à un institut de sondage…

L’IGEN : Détrompez-vous. Vous nous avez donné énormément de travail à étudier les synthèses de synthèses de synthèses… Et nous en avons tenu compte. Ce sera pareil avec les nouveaux programmes, je vous le dis : faites-vous entendre. Faites part de vos remarques. Dites ce que vous avez à dire. C’est important. Le ministre y tient beaucoup.

Le directeur : N’ayant pas souvent la chance de dialoguer avec un IGEN, si je puis me permettre de sortir de l’ordre du jour pour…

L’IGEN : Je vous en prie. Je suis ici pour répondre à vos interrogations. Profitez-en.

Le directeur : Vous dites que le ministre tient toujours compte de ce qu’il entend… Ce n’est pas toujours vrai. Sur les difficultés rencontrées par les directeurs, sur leurs revendications… Tous les rapports vont dans le même sens... Votre collègue IGEN Jean-Pierre Obin, le HCE, Georges Fotinos… Tous reconnaissent qu’il est indispensable de mieux reconnaître les directeurs. Une association de directeurs a fait réaliser une consultation par l’Ifop en 2006. Les résultats sont éloquents : 93 % des directeurs réclament un statut. Et pourtant… pas un mot, pas une remarque du ministre, ni du précédent, ni de l’actuel !

L’IGEN : Oui, c’est vrai. Vous avez un rôle extrêmement important et pas suffisamment reconnu. Tout le monde le sait, tout le monde le dit : « un bon établissement, c’est d’abord un bon directeur ». Et cependant ça n’avance pas. Il faut dire que vos syndicats y sont opposés.

Le directeur : Il est des situations où le ministère a su aller à l’encontre des syndicats. Dans notre cas, c’est un manque de volonté politique…
L’IGEN : C’est un problème très complexe. Pas facile à résoudre du fait de la grande diversité des établissements. Mais, là aussi, faites-vous entendre. Continuez à défendre votre cause ».

                                                                      Retour à la page d'accueil

Jeu 3 avr 2008 30 commentaires
« un bon établissement, c’est d’abord un bon directeur »
Condition nécessaire mais pas suffisante. C'est une réponse un peu trop réductrice. Il faudrait commencer par définir ce que cet Igen appelle un "bon directeur"...
Que peut faire un "bon directeur" s'il n'a pas de "bons adjoints" ?
Dedel - le 03/04/2008 à 12h40
Deux remarques en accord avec les propos ci-dessus :

- concernant la responsabilité des directeurs d'école lors des stages de remise à niveau, rappelons que la question "délicate" a été soulevée voici plusieurs semaines par des collègues du G. D. I. D. et que bien des réactions et des textes se trouvent dans plusieurs "blogs" départementaux de l'association (la publicité est gratuite et libre de droits !)

- sur le dernier point soulevé par l'I. G. E. N. rappelons là aussi une des conclusions du rapport de Georges Fotinos publié voici deux pour la M. G. E. N. :

"La sociologie, et particulièrement celle du travail, nous montre que toute organisation sociale, petite ou grande, nécessite pour fonctionner harmonieusement la désignation d’un « leader » capable d’assurer le bon fonctionnement, de mobiliser les énergies et de conduire le changement. L’évolution actuelle de la fonction de directeur d’école (…) conduit à penser qu’une réflexion plus approfondie sur ce sujet serait opportune »."

...et depuis deux ans ......
Henri - le 03/04/2008 à 13h17
Dedel, on ne va disserter sur ce qu'est un "bon" directeur. Faut pas exagérer. Pourquoi toujours chercher à pinailler ?
Moi, je retiens 2 choses de cet échange :
1-- l'inspecteur général est au courant des problèmes liés à la direction. Il est même d'accord avec le fait qu'il faut reconnaître le métier. J'en déduis que le ministre aussi est au courant de la situation puisque M. Hébrard dit "tout le monde le sait, tout le monde le dit". Il parle de "ceux d'en haut", je suppose.
2-- Il fait le lien entre le fait que "ça n'avance pas" et la conséquence "il faut dire que vos syndicats y sont opposés". Il est évident qu'il traduit une discussion qui a eu lieu au ministère.
Hélas ! hélas pour nous ! là voilà la cause première de la non reconnaissance de notre fonction. Il ne faut pas chercher ailleurs. Et il faut le dire haut et fort !
Anne-Marie
mat pu j.prevert - le 03/04/2008 à 13h41

Dédel, lis bien:

« un bon établissement, c’est d’abord un bon directeur » ...

ce d'abord Il ne suppose aucune exclusive, au contraire, il implique d'autres conditions, il hiérarchise...

 

par contre:

L’IGEN : « En cas d’accident (surveillance des enfants…), c’est la responsabilité des enseignants qui est engagée. En ce qui concerne la responsabilité pénale, c’est celle du directeur si, par exemple, vous avez omis de signaler un défaut lié à l’entretien des bâtiments et que ce défaut risque d’entraîner un accident. Mais je dirais, comme toujours. Ni plus ni moins. On ne peut pas vous reprocher autre chose… ».

plutôt plus que moins, puisque pendant les vacances il y aura des élèves dans l'école.
École qui devrait être vide ou sous la seule responsabilité du Maire.

 

C'est pourtant évident, et depuis le début, que pèse, sur les épaules du dirlo (à qui la municipalité confie les locaux scolaires - règlement départemental type))  une responsabilité pénale.

Ce qui est lamentable, ce sont les silences coupables de l'administration et des syndicats (...décharges, service juridique).

Là, on tient un bel exemple de connivence...

 

à lire l'article de la lettre éducation de cette semaine:

http://www.lalettredeleducation.fr/Les-directeurs-d-ecole-exasperes.htm

Les directeurs d’école exaspérés par la multiplication des réformes

extrait:

Tous sont demandeurs d’un statut, qui ne comporte peut-être pas une mission d’évaluation des collègues, mais qui leur permette d’organiser les écoles, affirme un autre IEN. Il n’y a pas là de facteur générationnel, mais les esprits désormais sont mûrs. Le problème, c’est qu’ils ne sont pas représentés syndicalement. Le SNUipp, quelles que soient ses déclarations de façade, ne porte pas leurs revendications, et le SE-UNSA, seul syndicat à avoir encore une culture premier degré, est très minoritaire. Les directeurs s’en rendent compte aujourd’hui et cherchent des structures qui les portent pour ne plus crier seuls dans le désert. » 

stéphan - le 03/04/2008 à 14h05
L'autre jour, un collègue avait posté l'article en entier, celui que tu cites, Stéphan.

le SE-UNSA, seul syndicat à avoir encore une culture premier degré, est très minoritaire

Franchement, j'attends qu'on m'explique ce qu'on appelle "culture premier degré" chez un syndicat...
Si le SE-unsa avait tellement une culture qui corresponde au 1er degré, il serait moins minoritaire.
Ce sont des propos de journalistes qui font un article en prenant des bribes par-ci, par-là et qui ne connaissent rien des réalités du coeur même de leur article.
Pour moi, le SE-Unsa est autant responsable que le SNUipp si on n'a pas de statut. N'oublions pas qu'en signant le protocole, il a mis fin à la grève administrative et que depuis, le ministère n'arrête pas de déclarer que le problème est "réglé"...
VALMORI Patrick - le 03/04/2008 à 14h24
Stéphan, en quoi la responsabilité du directeur serait-elle atténuée avec un statut ? Crois-tu que ça changerait quoi que ce soit dans ce cas bien précis des stages de remise à niveau pendant les vacances ? Je me demande bien par quelle opération elle n'existerait plus ? Au contraire, je pense qu'elle serait bien plus importante car le ministère nous chargerait la barque estimant que nous sommes chef d'établissement. On aurait probablement les vacances réduites à l'identique de celles des principaux et proviseurs.
Attention de réfléchir à toutes les conséquences quand on met le doigt dans l'engrenage...
Dedel - le 03/04/2008 à 14h31
"On aurait probablement les vacances réduites à l'identique de celles des principaux et proviseurs." dit Dedel
Directrice ET femme de proviseur , je tiens à préciser que les vacances réduites sont essentiellement une contrepartie au fait d'être logés gratuitement et parce que les lycées doivent ouvrir leur secrétariat en dehors des jours de cours ...Mais ce n'est pas à cause du STATUT ! Pour information, les intendants, les CPE ont aussi leurs vacances réduites (pour les raisons citées)Isabelle
Hamon - le 03/04/2008 à 16h18

Isabelle, beaucoup de collègues s'imaginent qu'un statut n'apporterait que des points positifs. Il y a bien longtemps que je ne crois plus à l'Etat providence. Il y aurait FORCEMENT des contreparties assez désagréables. Peut-on affirmer qu'on ne nous obligerait pas à habiter un logement de fonction ? Je sais qu'ils n'existent plus dans toutes les communes. Mais, attention... attention... On nous donne d'une main (pas grand chose généralement) et on nous reprend de l'autre (souvent davantage)...

Dedel - le 03/04/2008 à 16h31

 

Dedel - le 03/04/2008 à 16h36
Dédel, Le propos du GDiD, ce n'est pas de retirer des responsabilités aux dirlos, mais de pouvoir assumer celles qui lui sont confiées.
Dans le cas du stage, je te trouve léger, car il ne s'agit pas d'en ajouter, mais, déjà, de ne pas nous cacher celles qui sont les nôtres!

En matière de sécurité, nous avons les mêmes responsabilités que celles d'un chef d'établissement (il n'y a qu'à lire les BO):
-nous sommes les "exploitants" des locaux.
-nous sommes redevables des biens et des personnes
-nous montons le PPMS
...
On compare les bulletins de salaire?
Ma main reste dans l'engrenage!

L'avantage de la reconnaissance statutaire est double,(en gardant quand même en tête que, même dans les "consultations" du SNUipp, le besoin de reconnaissance est la préoccupation majeure des dirlos) 
-une position claire vis à vis des partenaires (parents, municipalité, enseignants)
-des tâches définies.
Or, tu le sais sans doute, le fait que nous occupions une "fonction" fait que c'est notre sup. hiérarchique direct qui fixe nos missions et choisit les priorités (d'où le fait que la retenue de salaire  pour "service non fait" ne s'est pas faite dans toutes les IA...).
Un autre exemple?
d'accord.
Suite au procès de la malheureuse affaire dite du Drac, quand la justice à chercher les responsables, elle a trouvÉ le dirlo...
Depuis, c'est plus clair, c'est lui qui autorise les sorties sans nuité.
pourquoi pas l'IEN?
Parce qu'il a un statut protecteur et nous avons une fonction passoire.

Enfin, comme les stages, les programmes, les heures de soutien, le service d'a&ccueil minimum... Les EPEP se mettent en place...
-Si nous n'obtenons pas le statut qui garde à l'école sa fonction primordiale: service public de proximité, nous aurons les EPEP.
Il est donc URGENT, de pouvoir se mettre d'accord sur notre futur.
Mais peut-être que les EPEP vous irez, puisque l'opacité de la nomination du Directeur n'aura d'égal que la complexité du montage physique... 
stéphan - le 03/04/2008 à 16h56