Les suppressions de postes concernent de plus en plus les enseignants affectés au remplacement de leurs
collègues absents. Cette situation, fruit de la politique de restrictions budgétaires, est source de malaise chez les enseignants. Malaise des directeurs d’école qui doivent gérer dans l’urgence
la répartition des élèves entre les classes des maîtres présents. Malaise accentué par le fait que ces mêmes directeurs doivent souvent faire face à l’incompréhension des familles qui ne
comprennent pas que leur enfant puisse rester sans enseignant parfois plus d’une semaine. Malaise des adjoints qui voient leurs effectifs gonfler de façon régulière et souvent de façon
importante. Malaise des élèves répartis qui font les frais des coupes sombres de postes d’enseignants…
Nous publions, ci-dessous, l’article de Maryline Baumard (Le Monde)
ainsi que
la réponse du ministère de Luc Chatel.
Article paru dans « Le
Monde »
A cette époque de l'année, on entre dans une zone de turbulences : ce sont environ 10 000 classes de primaire et de maternelle qui se retrouvent sans enseignants. Absents pour cause d'arrêt maladie. C'est tous les ans le même
scénario, grippe A ou pas.
Chaque année, dans le premier degré, 45 % des enseignants ont au moins un arrêt maladie, et 8,3 % en ont plus
de trois. Chaque arrêt ayant une durée moyenne de 6,2 jours, ce sont près de 2 millions de jours d'école sans "le maître" ou "la maîtresse". Lorsqu'on inclut les congés maternité ou de formation,
on arrive à une absence moyenne de 11,1 jours par enseignant et par an. Comme il est difficile de laisser une classe sans maître, il faut remplacer.
Un rapport confidentiel commandé par le ministère de l'éducation à un cabinet d'audit - que Le Monde s'est procuré - pointe, outre cet absentéisme, deux
fois plus élevé que dans le privé, les nombreux dysfonctionnements du système de remplacement. Preuve manifeste que les conditions de travail se sont largement dégradées.
Première anomalie : les remplaçants sont plus souvent absents que les enseignants titulaires. Près de 17,4 jours par an en moyenne. "Il y a beaucoup de "bras cassés". Ils ne sont pas totalement indisponibles, mais ils sont souvent refusés par les directeurs d'école ou bien se mettent en maladie
dès qu'ils n'ont pas l'affectation souhaitée", note un inspecteur d'académie interrogé dans le cadre de cet audit.
Ce rapport avait été commandé par le
précédent ministre de l'éducation, Xavier Darcos, en vue d'une réforme des remplacements. Luc Chatel a lancé une mission sur le sujet et devrait annoncer une réorganisation au début de l'année
2010.
S'il rejette l'idée d'une "agence
nationale" lancée par son prédécesseur, il pourrait offrir des outils de gestion aux académies, voire autoriser un élargissement des zones de remplacement. "Le Vélib' va bien au-delà du
périph, non ?", lance-t-on en guise de boutade dans l'entourage du ministre.
En attendant, les académies bricolent,
essayant de concilier l'intérêt des enfants et celui des parents mécontents. "En période de pic, on a une gestion politique du dossier. On gère en priorité les écoles où les élus et les
parents sont remuants. Une fois la crise passée, on démonte le cirque et on replante le chapiteau ailleurs", explique un autre responsable académique dans ce rapport d'audit qui avait été
dévoilé par RTL, en juin.
L'affaire se complique quand on sait
que le groupe formé par les remplaçants sert de point de chute pour accueillir les enseignants en difficulté. "Le potentiel de remplaçants, c'est une marge de gestion pour du personnel
fragile en difficulté. C'est une soupape pour éviter des situations critiques devant les classes", a confié un inspecteur au cabinet d'audit.
Cette situation s'explique par
l'absence de propositions de reconversions faites aux enseignants qui ne peuvent plus faire face à une classe. Ce qui assigne à ce bataillon de 30 000 remplaçants du premier degré une mission
bien plus large que la simple gestion des remplacements... Et ce, alors que l'ensemble des enseignants du primaire et du secondaire sont touchés par les
coupes budgétaires, qui ont fait disparaître 50 000 postes depuis 2007.
Les syndicats demandent des postes, le
rapport pointe, lui, d'autres marges d'optimisation. "55 % des congés de 24 heures et 81 % des congés de 48 heures ont lieu juste autour du week-end et suggèrent un léger potentiel de
réduction ", plaide l'audit qui souligne par ailleurs la remontée des maladies en plein mois de mai.
En ce qui concerne les collèges et les
lycées, le système de remplacement est différent, mais la problématique reste identique : remplacer des enseignants qui tombent tous malades en même temps. Face à la progression de l'absentéisme, la tentation est grande de recourir à des personnels non titulaires.
C'est le choix du recteur de Créteil,
Jean-Michel Blanquer, toujours prêt à innover, qui a adressé un courrier, le 18 novembre, aux chefs d'établissements des lycées et collèges. "Afin de rendre le remplacement plus efficient",
il leur demande de "repérer dans leur entourage personnel ou parmi la population de vie scolaire (les surveillants), des étudiants ou des personnes titulaires au minimum d'une licence ou ayant
des compétences avérées susceptibles d'alimenter valablement le vivier de contractuels ou de vacataires".
Les syndicats et la Fédération des
conseils de parents d'élèves (FCPE) y ont vu immédiatement un "aveu sans détour" des conséquences de la politique de suppressions de postes d'enseignants et un "cache-misère".
Des critiques infondées selon le rectorat qui fait valoir que le nombre prévu de contractuels ou de vacataires n'est pas plus important cette année, que la procédure est "la même que
d'habitude" et que ce courrier s'inscrit dans un souci de "mobilisation maximale" sur le dossier du remplacement.
Habituelle ou non, l'embauche de
vacataires est aussi une des propositions du rapport d'audit. Il montre en effet qu'un vacataire coûte 20 % de moins qu'un titulaire. A l'heure où chaque ministre est prié de faire des économies,
Luc Chatel étudie toutes les pistes. "Plusieurs types de ressources pourraient être envisagés, en particulier les jeunes retraités et les étudiants en master", plaide le rapport. Les
seconds sont jugés "très pertinents en particulier sur les congés de 15 jours à 2 mois". Les jeunes retraités de l'éducation nationale, auxquels plusieurs académies font déjà appel, sont
jugés une solution possible pour les "congés de moins d'une semaine".
A l'heure actuelle, il n'y a pas
d'impératif de remplacement avant deux semaines d'absence dans le secondaire. Le système des petits arrangements entre enseignants d'un même établissement ne fonctionne pas, même s'il a été rendu
possible par un texte paru au Bulletin officiel du 1er septembre 2005. "Il est quasiment impossible à organiser avec la charge d'heures supplémentaires assurées par les
enseignants", constatait récemment le secrétaire général du syndicat des chefs d'établissements (SNPDEN), Philippe Tournier.
Réponse du ministère
Le ministère a confirmé l'existence de
ce rapport réalisé par le cabinet Roland Berger, tout en soulignant qu'il "ne fallait pas stigmatiser les enseignants et dresser les gens les uns contre
les autres".
"Il n'y a pas de problème pour la plupart des remplacements dans le premier degré", a-t-on indiqué dans
l'entourage de Luc Chatel.
"C'est un rapport qui a plus d'un an. Il faut regarder sur quelle population sont calculées ces statistiques, une population féminine à 85%, qui a naturellement plus
de congés pathologiques (post-maternité, comptabilisés comme des congés-maladies, ndlr) que d'autres populations. On trouverait les mêmes statistiques chez les infirmières", a-t-on expliqué
au ministère.
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