Le 8 mars 2011, lors d’une séance de questions à l’Assemblée Nationale, Luc Chatel, ministre de l’Education nationale, déclarait
solennellement :
« Madame la députée, vous avez raison de rappeler
l’importance des contrats aidés dans l’éducation nationale. Ils sont, en effet, essentiels au fonctionnement quotidien de nos établissements scolaires. D’abord,
pour épauler nos directeurs d’écoles dans le premier degré ; ensuite, pour améliorer la vie scolaire au quotidien dans l’ensemble de nos établissements ; enfin, pour accompagner
les enfants handicapés, ce que, vous l’avez indiqué à juste raison, le Gouvernement a élevé au rang de priorité. »
Peu de temps après, l’on apprenait le non renouvellement des assistants d’éducation dans les écoles primaires ainsi qu’une forte réduction des contrats uniques d’insertion (CUI).
Dès le 9 septembre 2010, dans un article intitulé « L’aide administrative aux directeurs d’école remise en
cause », nous avions attiré l’attention sur les nouveaux méfaits de la RGPP… Après avoir réussi à supprimer des dizaines de milliers de postes d’enseignants et de
personnels administratifs sans trop de heurts, cette fois, la résistance s’organise et des voix se font entendre de toute part pour crier : trop, c’est trop !
Syndicats d’enseignants, fédérations de parents d’élèves, élus politiques, directeurs d’école manifestent
leur indignation.
La situation des personnels dont le contrat ne sera pas renouvelé est également à prendre en compte. L’Etat
n’a pas respecté ses obligations de formation pour favoriser le maintien dans l’emploi tel que le prévoit le Contrat Unique d’Insertion. Le SNUipp, le SE, le SGEN et Educ’Action ont alerté le
gouvernement. Le Premier Ministre ne peut recevoir ces syndicats en raison « des contraintes d'un emploi du temps très chargé ».
Les ministres de l'Education Nationale et du Travail n'ont pas répondu à leur courrier. « Nous considérons, à ce jour, qu'ils font peu de cas de la
situation de ces personnels dont la précarité est le lot quotidien », déclarent ces organisations syndicales.
Dans le Nord,
Marc Gosselin, directeur de
cabinet du recteur de Lille, accepte de recevoir le SGEN-CFDT et déclare : « Dès le mois de mars, en comité technique paritaire, nous avons
annoncé que les assistants d'éducation, qui résultaient de la première mise en place des emplois jeunes, n'avaient plus de légitimité et de raison d'être dans le 1er
degré où de nouvelles politiques d'accompagnement sont menées par les enseignants ». Il confirme que les 300 assistants d'éducation « seront
redéployés dans le second degré. Mais on ne connaît pas encore le contingent global ».
Le directeur de cabinet ajoute que « 887 contrats uniques d'insertion » seront affectés au 1er degré, avec une priorité donnée à la prise en charge
du handicap « et, potentiellement, à l'aide administrative au directeur d'école ». Au final, « il n'y a pas de perdants », assure Marc Gosselin.
Pas de perdants à
en croire le directeur de cabinet du recteur… Si l'on excepte certains directeurs d’école qui pourraient se retrouver avec trois postes en moins dans leur établissement à la
prochaine rentrée : plus d’EVS pour l’aide administrative, plus d’assistant d’éducation pour animer les salles informatiques ou les bibliothèques et plus d’ASEH pour le suivi d’enfants
handicapés. Sans doute, considère-t-il que le travail d’un directeur d’école ne nécessite pas ce luxe qui lui était généreusement octroyé pour l’aider dans sa mission
administrative…
L’exaspération des directeurs d’école est à son comble. Ici ou là, certains réclament à
leurs syndicats plus de pugnacité et de volonté pour défendre leur cause. D’autres suggèrent à leurs représentants syndicaux de mettre en place une grève administrative via le boycott
d’Internet : réponses aux mails, Base élèves, Affelnet, remontées des évaluations ou diverses enquêtes aussi inutiles que chronophages…
Quelques-uns prennent même l’initiative de lancer une pétition sur le Net. C’est le cas dans l’Académie de Lille où « des directeurs inquiets », tels
qu’ils se baptisent, ont pris l’initiative de faire circuler un texte auprès de l’ensemble des directeurs de l’académie et de l’envoyer aux parlementaires du département (députés et
sénateurs).
Nous reproduisons, ci-dessous, leur courrier :
« Monsieur,
Nous souhaitons porter à votre connaissance, par la présente, les
décisions suivantes prises par le gouvernement :
Les contrats des assistants d’éducation vont subir prochainement un
avenant les contraignant de quitter nos écoles élémentaires pour être redéployés dans les collèges et les lycées.
De ce fait, nos élèves vont se trouver dans des situations plus que
difficiles à la rentrée prochaine. En effet, ces personnes font partie intégrante des équipes éducatives, à savoir :
ü Fonctionnement des classes pupitres et informatiques par la prise en charge d’élèves,
ü Bon fonctionnement de la maintenance en informatique,
ü Initiation et renforcement sur les compétences du B2i et des « TICE »,
ü Assistance des enseignants pour la prise en charge de groupes d’élèves en difficulté ou non au sein de nos classes ainsi
qu’en EPS.
ü Aide dans les recherches et la gestion des bibliothèques et centres documentaires auxquels les élèves ont besoin
d’accéder.
Les contrats aidés (aides administratives aux directeurs d’école)
sont également en danger : A cette heure, nous ignorons toujours si les directeurs pourront continuer à assumer leur charge administrative toujours grandissante sans ces aides devenues
précieuses et indispensables.
Nous vous demandons votre soutien dans nos démarches de façon à
continuer notre mission éducative pour l’intérêt général.
Nous vous prions d’agréer, Monsieur, l’expression de notre
considération la plus distinguée.
Des directeurs inquiets pour l’avenir de leur
école »
A noter le supplément EVS-AE au FSC 355 du SNUipp
(juin 2011) dont l’un des articles est ainsi titré : « Depuis 2005, le SNUipp-FSU avec les EVS ». Hélas, le SNUipp en fait trop dans sa démonstration de
soutien des EVS. A tel point, qu’il se trompe de date sur leur création…
« Les emplois de vie scolaire sont arrivés dans les
écoles en 2005 dans le cadre de l'application du protocole sur la direction d'école. Prévus pour apporter une aide administrative à la direction d'école, les EVS, quelle que soit la nature de
leur contrat (CAE ou Avenir), ont aussi progressivement été affectés à des missions d'accompagnement d'élèves en situation de handicap ».
Rappelons que le protocole date de mai 2006 et que le SNUipp y était totalement
hostile. Et que ce n’est que plus tard que le SNUipp se rangea aux côtés des EVS. Comme il le dit dans le paragraphe suivant : « Dès 2008, le
SNUipp était aux cotés des EVS pour réclamer le droit pour chacun d'eux d'aller au terme possible de leurs contrats, alors que le ministère envisageait déjà de pratiquer un turn-over sur les
postes existants.
La situation devenant de plus en plus
criante en 2009, le SNUipp est à l'initiative d'une pétition intersyndicale collectant environ 60 000 signatures pour réclamer une solution pour chacun… »
Bref ! A vouloir trop prouver…
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