Lorsque le SNUipp aborde la
notion de statut pour en faire un « décryptage sans tabou », c’est pour mieux démontrer qu’il ne sied pas à la
fonction des directrices et directeurs d’école… (cf notre article du
16/03/11). Sa conclusion est claire et nette : « Un statut
implique un nouveau rôle au sein de l’école. Ces modèles pour certains proches du chef d’établissement marquent une « disjonction » nette entre le métier de PE et celui de directeur. Ces
orientations modifient la fonction de la direction d’école, l’éloignant du rôle d’animation et de médiation pour aller vers plus de contrôle. Les principaux intéressés pourraient même se trouver
confrontés à des missions qu’ils ne revendiquent pas (évaluer le travail des enseignants, recruter du personnel, former les stagiaires…)
Et de conclure que
« toutes
ces pistes sont inacceptables. Elles ne régleraient d’aucune façon les difficultés rencontrées par les directrices et les directeurs. De plus, en quoi cela améliorerait-il le fonctionnement de
l’école ? Une seule certitude, les rapports au sein de l’équipe s’en trouveraient, à terme, modifiés ».
A l’inverse du SNUipp qui
reste toujours dans la négation, le SE-Unsa se veut progressiste et constructif. Il refuse nettement le statu quo et fait une série de propositions très intéressantes pour en sortir. Ainsi, dans
sa lettre en ligne du 26 septembre, deux pages sont consacrées à la direction et au fonctionnement de l’école.
Le SE-Unsa détaille ses
« propositions pour qu’évolution rime avec amélioration ». Il nous a semblé
pertinent de reproduire ce texte dans son intégralité.
« Pour les élèves comme pour les
personnels dont les directeurs, le statu-quo n’est plus possible. Il est urgent d’améliorer significativement le fonctionnement éducatif et administratif de l’école primaire sans pour autant
reproduire à l’identique un schéma de l’établissement du second degré qui n’aurait aucune pertinence. Après y avoir consacré une large place lors de son congrès en mars 2010, le SE-Unsa avance
aujourd’hui une palette de propositions concrètes et ambitieuses.
Pour le SE-Unsa, l’école
inchangée dans sa structuration depuis Jules Ferry se heurte aujourd’hui à des difficultés structurelles : budget, responsabilités, articulations des temps scolaires et périscolaires...
L’école est un local municipal avec un budget municipal qui dans une même journée mène des activités sous la responsabilité de l’Education nationale et d’autres de la municipalité. Pourtant pour
les enfants, leurs parents, un seul lieu et souvent avec un interlocuteur identifié, le directeur ou la directrice, dont on attend toujours plus.
Il ne suffira pas seulement de
donner du temps et de l’argent aux directeurs pour permettre à l’Ecole de répondre aux défis d’une amélioration des apprentissages, d’une capacité à faire face aux demandes multiples et parfois
incohérentes des différents partenaires et bien sûr d’un progrès pour les conditions de travail de tous ses professionnels.
Si cette évolution doit être
ambitieuse, elle doit aussi être réaliste, concrète et construite avec la diversité du réseau scolaire sur le territoire. Les schémas imposés d’en
haut ça suffit ! L’adhésion locale des acteurs est impérative. En bref, on doit avancer au cas par cas, à la demande du terrain, dans un cadrage national fort et sans oublier de tirer le
bilan de ce qu’on a construit avant d’envisager d’arrêter ou de poursuivre.
En parallèle de ces
propositions d’évolutions structurelles, le SE-Unsa entend poursuivre son action pour de nouvelles améliorations de la fonction de direction.
1. Un panel de solutions et des conditions
Pour le SE-Unsa, il n’y a pas
de solution univoque mais un panel de solutions allant de la création de regroupements pédagogiques d’écoles publiques à la création d’établissements publics communaux ou intercommunaux. Les
projets d’EPEP « De Robien » et « Darcos » ne peuvent en aucun cas servir de modèle. Quelles que soient les évolutions, le directeur de cette nouvelle structure doit être un
enseignant.
En tout état de cause, toutes
les modifications apportées à l’organisation et au fonctionnement de l’école primaire devront poursuivre partout les mêmes objectifs :
- Permettre aux écoles, dans un cadre national fort, d’adapter
leur action pédagogique au contexte local, dans le souci d’une plus grande réussite des élèves.
- Améliorer l’offre
pédagogique et proposer aux élèves le meilleur en matière d’accueil, de restauration, de locaux et d’équipements sportifs. Cela s’inscrit naturellement dans une conception de l’aménagement du
territoire qui veille à maintenir et à améliorer le fonctionnement des services publics en milieu rural, en renforçant la nécessaire mutualisation.
- Donner l’autonomie budgétaire pour la mise en œuvre du projet d’école.
- Faciliter la gestion administrative de
l’école.
De plus, la mission du
directeur devra être redéfinie afin de clarifier sa responsabilité.
Les conditions du
SE-Unsa
Le SE-UNSA pose plusieurs
conditions à tout projet de modification de l’organisation de l’école :
- Il doit être
élaboré en associant toutes les parties concernées dans une vaste concertation,
- Il doit être
approuvé par le conseil d’école de chaque école concernée,
- Il doit répondre
aux quatre objectifs cités plus haut,
- Il doit garantir
l’indépendance du projet pédagogique vis-à-vis des responsables politiques locaux,
- Il doit garantir
une structure de taille humaine et de proximité ;
- Il doit être
soumis à l’avis des instances paritaires départementales,
- La nouvelle structure doit pouvoir bénéficier d’un maintien de
ses taux d’encadrement sur 3 ans, en personnels enseignants et non-enseignants,
- Le pilotage global de la structure doit être assuré par un
enseignant, président des instances institutionnelles de celle-ci,
- Après un bilan du nouveau fonctionnement, l’école ou les écoles
peuvent choisir de revenir à la situation antérieure.
Dans le cas des regroupements
pédagogiques, un coordonnateur pédagogique, déchargé partiellement d’enseignement, sera chargé du suivi pédagogique.
2. Des améliorations tout de suite pour la fonction de direction.
En parallèle de ces
propositions d’évolutions structurelles, le SE-Unsa entend poursuivre son action pour de nouvelles améliorations de la fonction de direction.
Décharges de service :
Améliorer le régime de décharge actuel notamment en dissociant direction et charge de classe à partir de 7 classes.
Pour le SE-UNSA la décharge de
service doit être un temps qui permet à la directrice ou au directeur de faire face aux tâches de direction qui se multiplient et se complexifient : travail administratif, accueil parents,
relation avec les communes, coordination et animation de l’équipe (enseignants et non enseignants), suivi des élèves...
Pour le SE-UNSA, la double
mission d’enseignement et de direction est difficile à mener de pair. A partir de 7 classes, les directrices et les directeurs n’auraient plus de classe et seraient des maîtres surnuméraires pour
une partie de le leur service avec des heures auprès des élèves, dans le cadre du projet d'école.
En dessous de sept classes, les
directrices et directeurs relèveraient toujours d’un régime de décharge. Le SE-UNSA revendique donc :
- écoles de 11 classes et plus : l’intégralité du temps est
consacré à la direction ;
- écoles de 9 à 10 classes : 6 heures auprès des
élèves ;
- écoles de 7 à 8 classes : un nombre d’heures équivalent à
un demi-service devant élèves.
Pour les autres écoles, le SE-UNSA revendique un temps de
décharge :
- 3 à 6 classes : un quart de décharge
hebdomadaire ;
- 1 à 2 classes : 18 jours répartis régulièrement sur
l’année.
Le SE-UNSA revendique également
un temps supplémentaire pour les directeurs exerçant en éducation prioritaire, et ceux qui exercent dans une école comprenant une CLIS.
Revalorisation
financière : une nécessité
L’ISS mensuelle, indexée sur la valeur du point d’indice, doit
être d’un minimum de 250 €. Le SE-UNSA revendique la refonte des groupes ouvrant droit à la BI ainsi que leur revalorisation : G1, 1à 4 classes : 30 pts ; G2, 5 à 9 classes : 50 pts ; G3, 10 à 12 classes : 60 pts ; G4, 13 classes et plus : 70
pts.
Aide à la fonction : ça ne
doit plus se discuter.
Le SE-UNSA exige :
- un secrétariat administratif ;
- une formation à la
prise de fonction pour les chargés d’école et les faisant fonction de directeur ;
- une formation continue régulière, sur temps de
service ;
- un guide précis des attributions du directeur
d’école ;
- un guide juridique en ligne actualisé régulièrement ;
- un équipement informatique et une connexion Haut-Débit dédiés
au directeur.
- un outil de gestion garantissant la sécurité juridique des
élèves et de leur famille.
Si les EVS ont permis la mise en place d’une aide administrative aujourd’hui plébiscitée par la profession, pour le SE-UNSA le recours à l’emploi précaire ne peut être une
solution durable. Il revendique la pérennisation des missions par des emplois stables et qualifiés. »
Nous ne reviendrons pas
sur cette série de propositions clairement exposées dans cette lettre en ligne. Néanmoins, l’on se demande pourquoi le SE-Unsa n’utilise pas certains mots tels que « métier » ou « statut ». A lire ses propositions détaillées pour un meilleur fonctionnement de l’école, on se dit que la présentation qui en est faite
s’accommoderait facilement de l’expression « un nouveau statut pour l’école ». De
même, pourquoi continuer d’évoquer la « fonction » du directeur et se refuser à
parler de « métier » ?
Même Sébastien Sihr, Secrétaire général du SNUipp, a employé le mot « métier » en octobre 2010 : « Nous savons qu’être directeur, c’est avoir de nombreuses responsabilités,
c’est gérer des relations avec la mairie et avec des partenaires extérieurs de plus en plus nombreux. En cela, on peut parler de métier. » Alors pourquoi ce manque
d’audace au SE-Unsa ?
Ecrire comme le fait le
SE-Unsa « la mission du directeur devra être redéfinie afin de
clarifier sa responsabilité », ne revient-il pas à dire
qu’il faut doter les directeurs d’un statut ?
En 2011, le mot
« STATUT » serait-il encore tabou ? Serait-il assimilé à une trop grosse couleuvre à avaler ? On ne demande qu’à comprendre… les élections professionnelles approchent…
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