Qu’on évoque la création d’EPEP (cf article précédent), qu’on aborde les problèmes spécifiques liés au fonctionnement de l’école
primaire ou encore la mise en place de l’école du socle commun, la question centrale et cruciale reste celle du statut de l’école et de son directeur.
Toutes les études ou enquêtes, tous les rapports, commandités par l’institution ou réalisés par une
administration externe, mettent clairement l’accent sur l’impérieuse nécessité de modifier le statut de l’école primaire et de doter son directeur d’un statut en adéquation avec la transformation
de sa fonction en un véritable métier.
Or, malgré les multiples recommandations qui s’amoncellent rue de Grenelle, le ministère ne bouge pas d’un
iota et maintient sa position attentiste sur l’épineux problème du statut de l’école et de son directeur. Longtemps, les différents ministres se sont retranchés derrière le sempiternel prétexte
du « refus des syndicats enseignants ». Refus bien réel mais faux prétexte.
Chacun sait que le ministère ne craint plus les organisations syndicales tant il connaît leur faiblesse et le
faible impact de leurs éventuelles réactions pour mettre à mal la « paix sociale » en ces temps de crise.
Pour diverses raisons, les gouvernements successifs sont les principaux responsables du mauvais fonctionnement de l’école primaire et de ses piètres
résultats.
L’éducation n’est plus la priorité des
priorités malgré le budget du Ministère qui représente le premier poste du budget de l’Etat
(21% en 2010).
La création d’établissements publics coûterait cher aux
collectivités territoriales par le biais d’un transfert de compétences. Les élus locaux n’en
veulent pas sachant que le transfert de compétences ne s’accompagne pas toujours, loin s’en faut, d’un transfert de finances.
La création d’un statut de
directeur, pourtant souhaité par les politiques, aurait un coût important (aide administrative, décharges supplémentaires, relèvement indemnitaire…)
incompatible avec le budget de l’Etat en cette période de vaches maigres, nous dit-on.
Bref, le courage politique n’est pas au rendez-vous.
Côté syndicats, lorsqu’on évoque le statut de l’école et de son directeur, même si la plupart des principales centrales y sont
opposées, c’est d’abord le SNUipp-FSU qui est sur la sellette. Essentiellement parce qu’il est le plus important syndicat enseignant du
premier degré et qu’il a la position la plus tranchée sur le sujet.
Selon ce syndicat, la désaffection pour la fonction s’explique par le décalage entre les conditions
d’exercice et ce qui est mis à disposition des directeurs (rémunération, moyens, réussite sociale…).
Ce qui sous-tend les revendications de cette organisation
syndicale :
- Temps
supplémentaire de décharge
- Reconnaissance du conseil des maîtres comme instance de décision
- Création
d’emplois administratifs stables
- Redéfinition et allègement des tâches
- Revalorisation de la rémunération
- Amélioration de la formation
- Temps de
concertation inclus sur le temps de service
Il faut d’ailleurs noter que le SNUipp a longtemps considéré la
direction d’école non comme un métier mais comme une fonction appartenant au métier d’enseignant. Sur ce dernier point, une évolution est intervenue récemment : « Nous savons qu’être directeur, c’est avoir de nombreuses
responsabilités, c’est gérer des relations avec la mairie et avec des partenaires extérieurs de plus en plus nombreux. En cela, on peut parler de
métier », souligne Sébastien Sihr.
De crainte, sans doute, qu’on ne lui fasse remarquer que la reconnaissance du métier doit s’accompagner d’un
statut, le secrétaire général du SNUipp s’empresse d’ajouter : « En revanche, nous avons toujours dit que nous étions opposés à une structure
hiérarchique dans les écoles du premier degré. Le directeur ne peut pas être un supérieur, mais quelqu’un qui organise, qui pilote, en étant intégré à la vie de l’école. Nous ne pensons
pas que créer un statut répondrait aux difficultés liées à ce métier. »
C’est globalement ce qu’exprime également le SNPI-FSU
(Syndicat National des Personnels d’Inspection) qui « souhaite que les directeurs d'école soient clairement reconnus pour la valeur de leurs missions
fonctionnelles. Si le décret de 1989 doit être actualisé pour que les missions et compétences des directeurs soient clarifiées, il n'est pas besoin de créer un corps de directeurs des
écoles ni de donner aux directeurs d'école un pouvoir disciplinaire ou d'évaluation sur les enseignants de leur école. En revanche, deux dispositions doivent être développées
prioritairement. D'une part, augmenter le temps de décharge et doter chaque directeur d'école d'un assistant administratif à temps partiel ou complet pour le seconder. D'autre part, respecter le
temps nécessaire à une vraie formation initiale et instaurer une formation continue permanente pour la direction d'école. »
Pourquoi ce syndicat d’inspecteurs met-il en parallèle la création d’un corps de directeurs et le pouvoir disciplinaire ou d’évaluation ? Sur le premier point, l’allégation mériterait, pour
le moins, d’être explicitée. Ses adhérents considèrent-ils que l’existence d’un corps de directeurs d’école leur serait préjudiciable ? Y voient-ils un risque d’affaiblissement des pouvoirs de
l’IEN sur les enseignants du premier degré ?
Le second point (pouvoir disciplinaire) semble davantage là pour jouer un rôle d’épouvantail et de repoussoir
de la première mesure évoquée. Faut-il rappeler que personne n’a jamais réclamé ni ne réclame qu’un pouvoir disciplinaire soit attribué aux directeurs d’école ?
Lors de son congrès de Nevers, en 2007, le SNUipp a rappelé les
raisons qui le font s’opposer à l’instauration d’un statut. Ce serait « un mauvais coup porté à l’unité de la profession enseignante du
premier degré en éloignant le directeur de ses adjoints sans apporter de réelles améliorations à la direction et au fonctionnement de l’école ainsi qu’à la réussite de tous les
élèves ».
Là encore, l’explication est un peu courte et peut d’autant plus être assimilée à une position idéologique que pédagogique que le SNUipp refuse catégoriquement d’aborder le sujet autrement que sous la forme d’allégations régulièrement
assénées par ses représentants.
S’il entend les appels des psychologues scolaires, des conseillers pédagogiques, des EVS…, force est de
constater qu’une surdité sélective l’empêche d’entendre celui des directeurs d’école.
Refusant de reconnaître les résultats de l’enquête Ifop de 2006 commanditée par le GDID qui montrait le
souhait d’un statut par 93% des directeurs, sourd à l’appel à la discussion lancé par le même GDID, le SNUipp pourra-t-il longtemps encore ignorer les directeurs d’école et leur volonté toujours
et massivement réaffirmée d’être reconnus, soutenus et aidés par un statut digne du métier qu’ils exercent en ce début de XXIème siècle ?
Une absence d’écoute et un refus de défense des directeurs de plus en plus ressentis comme une forme
de mépris que les directeurs d’école ne supporteront pas indéfiniment…
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