Le Congrès du SE-UNSA, réuni à Brest du 17 au 19 mars, a adopté
le rapport d'activité à plus de 92%. Le syndicat avait choisi « Imaginons demain » comme
slogan en vue de l’élaboration de son projet pour les quatre années à venir.
Comme prévu, parmi les thèmes abordés, figurait l’évolution de l’école en un possible « Etablissement public d’enseignement du premier degré (EPEP) ». Hasard de calendrier, le jour-même de
l’ouverture du congrès syndical, le 17 mars, le député Frédéric REISS se voyait confier, par le Premier Ministre, une mission temporaire de six mois
intitulée « Les directeurs d'écoles et le statut des écoles maternelles et
élémentaires ».
Le thème des EPEP a été examiné en commission puis en séance plénière lors du Congrès de Brest. Il a donné
lieu, comme il fallait s’y attendre, à de vifs débats entre partisans de l’évolution du statut de l’école et ceux qui redoutent de voir l’école primaire ressembler à un établissement du second
degré, type collège.
Comme au SNUipp, les opposants au statut d’EPEP craignent l’émergence d’une « tutelle hiérarchique » que résume ainsi Joël Péhau, Secrétaire national, chargé de la formation : «
Beaucoup de nos collègues craignent de se voir imposer un supérieur hiérarchique, alors que le directeur d’école aujourd’hui n’en est pas un
».
Les débats sont ouverts et chacun peut s’exprimer librement. Les opposants font part de leurs interrogations
et de leurs craintes.
« On en a discuté en section locale. En quoi l’établissement public va améliorer le fonctionnement de l’école ? Nous n’avons pas trouvé de réponse. Les collègues du second degré nous ont présenté
les mauvais côtés. Exemple: même si on est élu au CA, on n’a pas beaucoup d’action sur le budget. Inversement les chefs d’établissement peuvent recruter des vacataires, profiler des postes,
veut-on la même chose pour le premier degré ? » interroge un délégué des sections du Gard, de la Savoie et de la Haute-Savoie.
« Si on instaure un
statut des directeurs d’école, cela implique la création d’un concours, interne et externe, et donc la possibilité de recruter des cadres hors
Éducation nationale », analyse un représentant de l’Aude.
Christian Chevalier, Secrétaire Général, se veut rassurant : « S’il y a une direction, c’est forcément un
enseignant, culturellement, c’est obligatoire ». Et de rappeler la nécessité de poser des « garde-fous », à commencer par le refus des projets d’Epep menés sous Gilles de Robien et Xavier Darcos.
Le SE-Unsa pose ses exigences et parmi celles-ci « la possibilité de revenir à une structure antérieure »
et « l’impossibilité pour le directeur d’école d’être un supérieur hiérarchique », soit-il
enseignant. « C’est un rempart important pour le SE et pour la profession, qui répond à une crainte épidermique des enseignants du premier degré de perdre
leur indépendance », même s’il faut réfléchir à la « direction d’école ». « Elle est en crise. Les
enseignants s’investissent de moins en moins pour contribuer au fonctionnement de l’école. Les directeurs ont de plus en plus de travail et de moins en moins de temps. »
Autre exigence posée par Christian Chevalier : l’établissement public doit « rester à taille humaine » et tenir compte des spécificités locales : « Il n’y a pas de solution univoque. On ne peut
pas proposer la même chose pour une école à deux classes que pour une à 25. »
Les témoignages affluent, comme celui d’un représentant d’Indre-et-Loire « J’ai dans mon département pas mal de collègues qui passent aujourd’hui l’agrément de direction pour être prêts le
jour où les Epep se mettront en place et avoir des écoles à quatorze classes totalement déchargées »
Les résistances continuent de se faire entendre. Certains
délégués regrettent que le débat n’ait pas, d’abord, été porté dans chaque section avant d’aborder le Congrès et souhaiteraient une « consultation de la base ».
« On ne sait pas comment notre positionnement sera perçu par les
adhérents », déclare un représentant de la Vendée, évoquant un « danger pour la profession » et « pour
la représentativité ». Pour certains représentants, « il faut qu’une vraie concertation ait lieu. Il faut qu’elle soit le plus large possible ».
D’autres encore disent leur inquiétude : « la situation n’est pas mûre, nous n’avons pas assez discuté avec les collèges. Dans ma section, nous avons
débattu des EPEP trois quarts d’heures, ce sera très dur d’expliciter cette prise de position lundi ».
Réponse de Joël Péhau : « Je comprends que les sections aient pu être déçues, que les débats
n’aient peut-être pas été organisés au niveau local car c’est difficile, mais lors de la journée des militants c’est un sujet que nous avons identifié dès le début comme important. Nous avons
joué le jeu du débat ».
Christian Chevalier invite le congrès à « faire un choix
responsable ». « Ce sont des débats compliqués parce qu’ils ont des conséquences à la fois sur le syndicat mais aussi sur la profession. Si
dès lundi j’ai un mail de Frédéric Reiss qui demande à nous rencontrer, on fait quoi ? Soit on ne lui dit rien, soit on arrive avec quelque chose en main ».
Dix sections départementales (sur 134) demandent que soit gommée du
projet syndical toute référence explicite à « l’établissement public ». Après de longs débats, cette proposition est rejetée « par 80 % des délégués du congrès ».
« Nous avons eu ce débat de manière parcellaire mais je souhaite
sortir de ce congrès avec quelques éléments tangibles afin de tracer des lignes jaunes à ne pas franchir. Ce débat ne sera pas clos dans cette salle. Il continuera via une consultation, qu’il
faudra déterminer, et dans le conseil national du mois de mai et du mois de septembre. En mai, il ne sera pas trop tard, Frédéric Reiss doit rendre un rapport d’étape en juin », pousuit le
secrétaire général.
« Nous irons discuter
avec le ministère sans a priori, puis nous montrerons le projet au conseil national, pour voir ce qui amendable, négociable, ou détestable, selon le texte », conclut Claire Krepper.
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Thierry fabre : actuellement l'argent de l'école est géré par des associations dans lesquelles le directeur n'a juridiquement rien à y faire ( et , j'espère pour vous, n'y fait rien, se garde bien d'avoir une signature). Dans l'autre cas il faut prévoir , dans le statut du directeur , le principe d'une assurance. Je ne vais pas développer , on va dire que ce n'est pas le lieu. Pourtant, un statut c'est aussi cet aspect , j'insiste...
Pascal Oudot : dire ce que je pense? Je le fais. Au coup par coup parceque je réagis à ce que je lis. J'espère que ta question ne signifie pas: décline ton pedigree , à quelle meute tu appartiens etc...Parceque c'est strictement sans intérêt.
JeanRoger-françou2: steuplé on n'est plus dans la cour de récré, alleeez steuplééé
Or les échéances approchent car Reiss travaille et consulte pendant que vous" joutez".
Non, Françou, Reiss n'a pas commencé ses auditions, nous avons été avertis que nous serions consultés par le député, et au niveau de son "dossier" nous avons été reçus 2 fois...
Pour résumer, nous défendrons 3 axes:
> un statut préalable pour TOUS les directrices et directeurs.
> non aux EPEP Darcos qui favorisent les gros regroupements et éloignent l'école de l'élève.
> oui à un statut d'établissement qui à la fois donne l'autonomie nécessaire en termes de financement et de réactivité et garde, conforte, la mission de service public de proximité de l'école (fusion au niveau du quartier, petite commune, bassin d'inscription, cohérence géographie, aménagement du territoire...)
Francou, tu te trompes en ce qui concerne notre responsabilité. Lorsqu'une association collecte de l'argent à l'école pour divers projets ( Usep, coop...;) elle le fait sous l'autorité du directeur même s'il ne possède pas de signature, s'il n'est pas président de l'association. En cas de problème ( vol, malversations...) c'est le directeur qu'on auditionne et personne d'autre et si la justice s'en mêle, elle convoquera le directeur qui pour elle est bien le chef d'établissement... pas l'ien!
Nous avons de lourdes charges, de grandes responsabilités dans l'école et nous -même l'oublions parfois car le discours des syndicats ( pour les raisons que l'on devine) et des ien ( pour éviter la révolution) est fait pour ça.
Alors le débat " autorité ou hiérarchie ou petit chef etc..." est un faux débat. Oui le statut de directeur doit s'accompagner d'une reconnaissance et terme d' autorité dans l'école et ce serait un bien pour tous car nombre de décisions pourraient se prendre au niveau de l'école et non à l'inspection.
Sans vraiment rentrer dans les détails, je suis assez d'accord avec anschutz.
Le statut doit (devrait, soyons modeste) installé le directeur comme celui qui représente l'école, et pas comme celui qui représente l'IA dans l'école.
JeanRoger-françou2: steuplé on n'est plus dans la cour de récré, alleeez steuplé
C'est pourtant pas l'impression qui reste en suivant ce fil.
Oui le statut de directeur doit s'accompagner d'une reconnaissance et terme d' autorité dans l'école et ce serait un bien pour tous...
Et, de toutes les manières, obligatoirement, il le sera. comment reconnaître le dirlo sans autorité?
C'est pour cela que Thierry a raison, la notion de "supérieur hiérarchique" est un faux-débat, un chiffon rouge... C'est la notion de reconnaissance (par un staut) qui est essentielle.
A lire ce fil, le printemps s'annoncerait-il chaud ?!!!
Pour ce qui est du fond, plutôt que de "reconnaissance", je parlerais de "légitimité" pour le directeur. La "reconnaissance" dans notre fonction laisse entendre qu'elle est accordée ou non par les autres (hiérarchie (ben, oui...), adjoints, partenaires de l'école...). Elle renvoie donc plus, à mon sens, à la façon dont le directeur s'acquitte de sa tâche, aux yeux des autres, à son charisme (ou absence de...), sa personnalité, etc., qu'à une simple définition de ses tâches. La preuve : le décret de 89 nous attribue finalement beaucoup de domaines où nous pouvons décider, ce que nombre d'adjoints ne savent même pas. Et la reconnaissance, nous ne l'avons pas toujours (voire avec certains : jamais).
Ce dont nous avons besoin, et le statut doit l'installer, c'est de légitimité à faire. Car la légitimité, étymologiquement, est la seule qui soit octroyée par la loi, et non par autrui selon son bon vouloir ou son humeur du moment. Ce n'est donc pas un problème de hiérachie ou non, ou de reconnaissance par les autres. La seule question qui vaille, c'est "suis-je légitime pour faire ce que je fais ?". Si la réponse est "oui". Le problème est plié. A chacun ses responsabilités. La légitimité entraîne de fait l'autorité.
Pour en revenir au SE, je pense qu'il faut méconnaître fortement, sinon totalement, le fonctionnement d'un syndicat, et plus particulièrement d'un syndicat enseignant, pour ne pas mesurer combien ce qui s'est passé au congrès du SE à Brest est un changement assez radical de sa position par rapport à la direction d'école. La preuve en est les débats (c'est tant mieux) qui, semble-t-il d'après l'article, ont été vifs (et c'est tant mieux aussi). Comme quoi, il ne faut pas se désespérer des syndicats, même avec tous les défauts qu'on peut à juste titre leur reconnaître.
Voyons plutôt la suite !...
Cette notion de "légitimité" est plutôt sympathique, Denis, mais elle ne peut être que la conséquence d'un texte. Elle ne se suffit pas à elle-même pour qu'elle nous soit accordée.Elle découlera d'un statut en fonction de ce que sera ce statut.
"...mesurer combien ce qui s'est passé au congrès du SE à Brest est un changement assez radical de sa position par rapport à la direction d'école"
C'est vrai aussi. mais il y a encore beaucoup de progrès à faire pour que le changement soit aussi net que tu le dis.
Ne trouves-tu pas bizarre que le compte rendu de ce congrès ne soit toujours pas publié 12 jours après sa conclusion ? Quelle désinvolture à l'égard des militants et adhérents qui n'y ont pas assisté !
Et si c'était tout... Mais, non, la fameuse enquête sur la direction réalisée en octobre n'est toujours pas publiée 5 mois plus tard. Je croyais que le SE se la réservait pour son congrès. Une collègue parlait de rififi en interne. A croire que les dirigeants du SE sont gênés aux entournures pour sortir les résultats de l'enquête et le compte rendu du congrès.
Je suis de ceux qui, n'ayant pas oublié les mauvais coups du passé, font partie du camp des sceptiques.
Je reconnais quand même une avancée pour le SE sur le sujet qui nous intéresse et il faut le souligner à moins de tomber dans le procès d'intention.
D'autres signes de réflexion ou d'évolution vers une refondation de l'école viendront-ils? cela me semble tout aussi indispensable et dans des délais ....raisonnables!
A Pouk
« Ne trouves-tu pas bizarre que le compte rendu de ce congrès ne soit toujours pas publié 12 jours après sa conclusion ? »
Dans tous les syndicats que j’ai connu, ce serait bien cette façon de faire qui serait bizarre, et bien désinvolte pour leurs adhérents. Principe intangible : on informe d’abord, et surtout, les adhérents, et eux seuls. Ensuite, on rend public les grandes lignes envers tout un chacun…
« la fameuse enquête sur la direction réalisée en octobre n'est toujours pas publiée 5 mois plus tard »
Il y a des lectures qui t’ont échappé, Pouk :c’était publié dans « la lettre de l’enseignant » n° 133 (page 13)
http://www.se-unsa.org/UserFiles/File/publications/enseignant/133/ens_133_qe.pdf
Thierry Fabre
J'aime bien cette idée de légitimité. à creuser car c'est signifiant.
La légitimité entraîne de fait l'autorité.
Absolument.Sera légitime tout ce qui sera reconnu par la loi.
Il reste un point à éclaircir :faudrait- il lister précisément toutes les actions devant être reconnues comme légitimes( ce qui existe aujourd'hui, de façon très limitative) ou avancer une formule plus large légitimant par avance toute décision prise par un directeur oeuvrant pour la bonne marche de l'école (restant ,en cas de pépin, à apporter la preuve a posteriori que la décision était bien prise dans cette perspective).Cette dernière solution donnerait une vraie assise à un statut...