La ville de Nogent sur Marne (94) est en passe de battre un record : celui de la plus grande
école primaire de France avec ses 27 classes et 700 élèves de la grande section maternelle au CM2.
L’an dernier, déjà, le maire de Nogent, J. Martin, avait évoqué ce projet de fusion des deux écoles
voisines : Paul Bert et Guy Môquet. L’affaire avait alors fait grand bruit et nous nous en étions fait l’écho (relire nos articles référencés ci-dessous).
L’IA avait même « dépouillé » l’école P. Bert de son poste de direction. Hormis le
SNUDI-FO 94, les syndicats avaient été étrangement absents devant ce qui ressemblait à une forme de collusion entre la mairie et l’Inspection académique.
Pétitions, manifestations, délégation de parents au ministère et menace de grève des enseignants avaient
contraint l’IA à nommer une directrice à titre provisoire. Le maire avait alors déclaré ne pas vouloir faire aboutir ce projet contre les parents.
Mais voilà, le 19 janvier dernier, la proposition du maire refait surface. J. Martin précise que ce projet de
fusion des écoles sera présenté à l’inspection dès la fin de ce mois. Comme l’an dernier, la municipalité semble bénéficier du soutien bienveillant de l’Education nationale.
L’inspecteur de circonscription, Marc Teulier, rappelle qu’il s’agit d’un projet municipal et ne manifeste aucune réticence : « Je ne pense pas que le fonctionnement soit
forcément plus harmonieux ou moins harmonieux en fonction du nombre de classes. Certaines grosses écoles tournent très bien car l’équipe s’entend bien tandis que des petites écoles ne
fonctionnent pas bien car l’équipe ne s’entend pas. Nous avons organisé ces derniers temps plusieurs réunions avec les deux écoles et ce n’est pas vraiment un problème de travailler avec quinze enseignants
ou trente. De plus, si l’école maternelle Galliéni [extension prévue dans quelques années] récupère ses grandes sections, l’école descendra à
23 classes ».
Mutualiser les investissements
Pour le maire (UMP) de la ville, J.
Martin, ce regroupement devrait permettre d’investir dans de nouveaux équipements, qui seront installés entre les cours des deux écoles voisines et mutualisés, comme une bibliothèque, un
laboratoire de langue et encore une salle informatique avec un tableau interactif. L’élu souhaite également faire rejaillir la bonne réputation de l’école Guy Môquet sur sa voisine Paul Bert,
davantage considérée comme l’école du quartier populaire.
Monsieur
le maire semble pressé de fusionner les deux écoles sans même attendre l’extension de la maternelle Galliéni qui pourrait récupérer les grandes sections de Guy Môquet. « Nous souhaitons
continuer dans la lancée 2009-2010 en allant vers une seule école car l’organisation et le fonctionnement resteront similaires. Je ne vois donc pas de raison à ne pas le faire, en dehors du
nombre de classes. C’est le seul élément qui peut faire peur. Or, aujourd’hui, les deux directeurs gèrent déjà 27 classes au total, réparties dans leurs deux établissements. Et dans
le fonctionnement de chaque classe, cela ne changera rien. Donc pourquoi attendre ? ».
Quelques échanges assez vifs opposent l’élu aux parents qui redoutent la création de ce mastodonte que certains appellent déjà « l’usine de la zone ».
« Qu’est-ce que cela change
concrètement en termes de budget et de personnel ? », demande un parent.
« La seule chose qui changera, sera
la possibilité de proposer davantage d’équipements comme la salle informatique, le laboratoire de langue et la bibliothèque, car ils seront mutualisés entre les deux écoles. L’objectif du projet
n’est pas de faire des économies mais des investissements appropriés et partagés », explique le maire.
« Pourquoi ne pas
mutualiser ces équipements sans fusionner puisqu’ils seront situés entre les deux écoles et que les deux directeurs auront juste à se répartir les plages horaires pour les utiliser, ce
qui ne pose pas de problème s’ils s’entendent bien ? », poursuit un autre parent.
« Dans ce cas, cela
deviendrait un collectif municipal ! », réplique le maire. Votre problème est que vous refusez simplement le nombre de classes alors que vous dites vous-même que si les
directeurs s’entendent, tout va bien. Dans ce cas, autant entériner tout de suite le rapprochement. Si je ne faisais pas ce projet, vous me reprocheriez dans dix ans de ne pas avoir posé la
question aujourd’hui, car dans dix ans, ce sera fait, malgré vous, parce qu’il n’y aura pas d’autre solution. Car je ne vais pas disperser des écoles dans toute la ville simplement parce qu’il y
a des augmentations d’effectif ! Qui va payer la gestion de ces écoles ? Il n’y a pas d’alternative. Le seul problème est que vous avez peur du nombre de classes, quelque soit
ce que l’on dit ».
« Mais ce n’est pas la ville
qui paie le directeur »
« Ce n’est
pas ce qui coûte le plus cher ! » conclue le maire.
La direction de
l’établissement
Se pose
naturellement la question de la direction de l’école. Un seul directeur sera-t-il suffisant pour gérer un établissement de cette taille ?
« J’essaierai de faire en sorte
qu’il y ait quelqu’un, et pas un emploi précaire, au moins un mi-temps », promet l’inspecteur Marc Teulier.
Qu’en pensent les enseignants ?
« Certains sont pour, d’autres
contre. C’est vrai que certains enseignants ont tendance – et c’est humain- à avoir un lien affectif avec leur école et penser que c’est LEUR école, mais ce n’est pas leur école
», rapporte la directrice de l’école Paul Bert.
Difficile d’en savoir plus car l’IEN
indique qu’il est trop tard pour réunir un conseil d’école avant la décision de l’inspection qui doit être prise début février pour permettre aux enseignants qui veulent partir de demander leur
mutation…
Il restera ensuite à soumettre, pour
avis, ce projet de rapprochement au C.D.E.N. (Conseil Départemental de l’Education Nationale où siègent le Préfet, le Président du Conseil Général, des élus et des représentants
des personnels), à éclaircir le statut du nouvel établissement (fusion…).
Après validation par l’Education
nationale, le conseil municipal pourra enfin l’entériner par un vote.
Le
maire ne compte pas s’arrêter en si bon chemin dans sa volonté de restructurer les écoles de sa ville. Après avoir rassemblé deux écoles en un établissement de 18 classes, il
envisage de regrouper une école maternelle et une école élémentaire comptant respectivement 8 et 17 classes…
L’exemple
de Nogent sur Marne préfigure-t-il ce que seront, demain, les écoles primaires françaises ? Ces « rapprochements » seront-ils une façon de contourner les EPEP ? La réflexion
devrait s’engager rapidement, notamment dans les organisations syndicales, avant toute frénésie de généralisation…
Articles à lire ou relire
" Fusions, EPEP, regroupements… Ohé, les
syndicats ! Y a quelqu’un ? " (28 mars 2009)
" Directeurs d’école et syndicats : le divorce" (4 avril 2009)
" Nogent citoyen " (20 janvier 2010)
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