Vendredi 8 janvier 2010
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Le débat actuel ne cesse de tourner autour de ce que
les médias et analystes appellent « la politique du chiffre ».
Politique du chiffre dans les reconduites aux frontières.
La polémique est permanente. De multiples reportages
nous ont montré le va-et-vient des Roumains qui reçoivent une prime de départ volontaire pour mieux revenir quelques mois plus tard avant d’être de nouveau « expulsés », comptant ainsi plusieurs fois dans les statistiques…
Politique du chiffre dans le domaine de l’insécurité.
Libération nous confirme ce que chacun pressentait, à savoir que
la politique sécuritaire mise en place par Nicolas Sarkozy passe par des chiffres et des quotas.
Ainsi, apprend-on qu’à Châlons-en-Champagne, le « chef de l’unité de sécurité de proximité »
détaillait les « objectifs chiffrés en matière de voie publique pour l’année 2009 ». Le capitaine de police y
fixe des quotas à atteindre. « Chaque brigade de roulement de jour devra à minima procéder à 65 interpellations hors
IPM (ivresse publique et manifeste) et délits routiers, à 10 interpellations de personnes faisant l’objet de
fiches de recherches, établir 230 TA (timbres-amende) pour des infractions au code de la route hors stationnement et 75 TA pour comportement dangereux », etc. La brigade anti
criminalité de Châlons-en-Champagne avait pour ordre de réaliser « 162 interpellations » et de retrouver 24
personnes recherchées.
Bref, l’essentiel étant de faire du chiffre en
multipliant les élucidations « faciles » au détriment des enquêtes longues et pas toujours couronnées de succès.
Politique des quotas pour atteindre 30% de boursiers dans les grandes
écoles.
Une politique qui peut paraître « juste » à première vue mais qui pose plus de problèmes qu’elle n’en résout.
Hakim El Karoui, normalien, président et fondateur du club du XXIe siècle, qui réunit les élites issues
de la diversité souligne la complexité du débat et la nécessité d'agir en amont.
« Il faut aller vers plus de boursiers en grandes écoles, c’est une évidence.
Mais je ne suis pas favorable aux quotas. Si l’on veut 30 % d’élèves boursiers à HEC, l’ENA ou Polytechnique, avec la méthode des quotas, cela signifie de fait qu’il faut mettre en place un
concours parallèle.
Par exemple, Polytechnique garderait les 400 premiers reçus à son concours et irait chercher ensuite les boursiers dans les rangs suivants. Il y aurait donc un concours pour les riches et un pour
les pauvres, fondé en outre sur un critère assez fluctuant : celui des bourses. »
Politique du chiffre encore dans la Fonction Publique.
Nous n’avons cessé de dénoncer
le non renouvellement d’un fonctionnaire sur deux qui n'est pas la meilleure façon de résorber le
déficit public quand on sait que la gabegie en postes se situe essentiellement dans les collectivités territoriales.
L’Education nationale en est d’ailleurs la première victime avec des incidences parfois
inattendues comme le rapporte
le SE-Unsa 59.
« Le
Ministre pourra toujours claironner que l’Académie du Nord/Pas de Calais gagnera 55 postes à la rentrée prochaine ; la réalité sur le terrain sera toute autre.
En effet, ces 55 postes devront compenser la perte
des moyens de décharge des directeurs à 4 classes assurés par les PE2 lors de leur stage filé.
Les PE2 sont cette année près de 600 (392 pour le
Nord, 210 pour le Pas de Calais) et occupent dans les écoles 150 postes (sur 1/4 de décharge). 150 - 55 = près de 100 postes que le 1er degré de l’Académie du Nord perdra à la
rentrée 2010.
Où seront récupérés ces postes ?
Dans les écoles maternelles ou élémentaires ou dans
les brigades de remplacement puisque le département ne compte quasiment plus de postes hors classes (ceux-ci ayant déjà été largement supprimés ces dernières
années) ? »
On le voit, la politique menée dans le
but de réduire le déficit public est davantage la traduction d’une idéologie libérale que le fruit d’une véritable réforme réfléchie et concertée.
C’est ce que déplore Jacques Marseille lorsqu’il déclare "Sarkozy n'a pas engagé les réformes
structurelles"
Jacques
Marseille avait salué le programme et l’élection de Nicolas Sarkozy et accompagné le besoin d’une rupture. Aujourd’hui, l’essayiste libéral regrette "le temps perdu" et
"l’autosatisfaction".
Et lorsqu’on lui demande si « La suppression d’un poste de
fonctionnaire sur deux va dans le bon sens », Jacques Marseille répond :
« C’est un slogan, ce n’est pas une réforme. Il fallait
analyser chaque fonction, supprimer des services qui ne servent à rien, quitte à en créer d’autres. Il fallait revoir totalement notre système de formation, seul sésame pour retrouver une
dynamique d’emploi. Ces actions n’ont pas été engagées et je crains qu’elles ne le soient pas avant 2012. »
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