L'UMP a réuni mardi 8 novembre sa Convention éducation à Paris. Les deux tables rondes
réunissaient une douzaine de personnalités sur le thème « Du savoir pour tous à la réussite de
chacun ». Parmi les invités, les ministres Luc Chatel et Laurent Wauquiez, la secrétaire d’état Jeannette Bougrab, une enseignante de maternelle et un principal de collège,
Laurent Bigorgne, de l’Institut Montaigne, Jean-Robert Pitte, délégué à l’information et à l’orientation, un président d’université…
Cette convention fut d’abord l’occasion de dresser un constat en forme de satisfecit de l’action
gouvernementale.
« L’enquête internationale PISA publiée en décembre 2010 montre que le système éducatif français obtient des résultats corrects, dans la moyenne des grands
pays développés. Ce système peut s’améliorer. L’étude révèle ainsi deux points de fragilité au sein de notre école : une part encore trop importante d’élèves de 15 ans ne maîtrise pas
suffisamment la lecture et le calcul, et une relation encore flagrante entre la situation économique et sociale des parents et les résultats des élèves. Ces élèves ont ainsi vu leurs résultats
encore baisser entre 2003 et 2009.
Les évaluations 2011
effectuées en CE1 et CM2 révèlent une meilleure maîtrise des fondamentaux, qui est la priorité de notre école. Les résultats au baccalauréat 2011 ont vu accéder 71,6% d’une
classe d’âge au baccalauréat : c’est un chiffre historique, de six points supérieurs aux dernières statistiques qui stagnaient depuis 15 ans.
Depuis la rentrée 2004, le
nombre d’élèves handicapés scolarisés dans des établissements scolaires ordinaires a augmenté de 60%. 214 000 élèves handicapés sont ainsi scolarisés en milieu ordinaire dont
plus de 90% le sont à temps complet. 41 197 personnes accompagneront près de 70 000 élèves à titre individuel.
La réforme de la formation et
du recrutement des enseignants est entrée pleinement en application à la rentrée 2011. Les professeurs stagiaires ont ainsi bénéficié d’une formation préalable à l’université. Pendant leur année
de stage, ils sont accompagnés par des professeurs tuteurs chevronnés et complètent leur formation didactique et pédagogique. A l’issue de leur année de stage, 87% des professeurs stagiaires de
la 1ère promotion issue de la réforme, dressent un bilan positif de leur première année d’enseignement.
La revalorisation du métier
d’enseignant passe aussi par les salaires : entre 2007 et 2012, le pouvoir d’achat des enseignants et des personnels d’éducation et d’orientation aura été revalorisé, pour un montant
supérieur à 1,1 Md€. L’effort financier s’est notamment concentré à la rentrée 2010 sur la rémunération des professeurs débutants, qui augmente de
10% la première année, soit
l’équivalent d’un treizième mois, avec une augmentation de153€ nets de plus chaque mois pour les jeunes enseignants certifiés.
Dernier constat pour
l’enseignement scolaire : la réussite de chaque élève n’est pas une question de moyens. On compte aujourd’hui 34 000 professeurs de plus et 540 000 élèves de moins qu’en 1990. Entre 1980 et
aujourd’hui, la dépense intérieure d’éducation par élève a augmenté de 80%. Les moyens existent donc mais il faut les mettre là où on en a le plus besoin. Les premiers progrès que nous observons
en 2011 sont en fait le fruit d’une démarche qui refuse le « toujours plus de moyens » et repose sur une conception nouvelle de l’enseignement (personnalisation,
autonomie,….). »
Bref, tout va pour le mieux dans le petit monde de l’éducation en France… Les résultats s’améliorent (dommage
que les enquêtes internationales disent le contraire…), les élèves handicapés sont bien accueillis (dommage que la MDPH fonctionne si mal et que les personnes les accompagnant ne soient pas
formés), la formation des enseignants est formidable (dommage qu’elle n’existe plus), les enseignants sont revalorisés sur le plan financier (sauf qu’un rapport récent nous confirme qu’
« en France, le salaire
moyen des enseignants du primaire ou du secondaire est inférieur à la moyenne de l'OCDE » et que
« depuis 1995, le salaire des enseignants a crû dans les deux tiers des pays de l'OCDE. Pas en France » … Vraiment dommage.)
Mais à part ça, madame la Marquise, mais à part ça, tout va très bien…
Une petite pique, au passage, à l’encontre de ceux qui critiquent la baisse des moyens et toujours les mêmes
assertions pourtant maintes fois démontées de la comparaison avec les années 80…
Après le constat, les propositions qui se déclinent autour de 4 points : la réforme des rythmes
scolaires, celle du collège, le management scolaire et la réforme du statut des enseignants. Nous en retiendrons quelques-unes.
PROPOSITION 1 :
Encourager la création de jardins d’éveil pour les enfants de 2 à 3 ans
Rappelons que la suppression des classes de maternelle accueillant
les enfants de cet âge est la variable d’ajustement du non renouvellement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. L’Etat se décharge sur les collectivités locales de l’accueil de ces
enfants.
PROPOSITION 2 :
Rendre l’assiduité obligatoire pour les élèves inscrits à l’école Maternelle.
Luc Chatel s’est opposé récemment à la proposition de loi de la sénatrice Françoise Cartron
rendant obligatoire la scolarisation à 3 ans au prétexte que " la proposition de loi entraînerait la scolarisation de 700 à 750 000 élèves de plus, ce qui entraînerait une charge de
1,3 milliard d'euros, elle est donc inconstitutionnelle", a déclaré Luc Chatel. Pourtant, nous indique le ministre, "l'école maternelle scolarise aujourd'hui les enfants de 3 à 6 ans à
plus de 99%". Comprenne qui pourra…
PROPOSITION 3 :
Réorganiser les rythmes scolaires
Les écoliers français
ont, en effet, les journées les plus chargées de tous les pays de l’OCDE, réparties sur le nombre de jours de classe le plus faible (140 par an) : 913 heures/an pour les 7-8 ans,
contre 634 heures en Allemagne, 608 heures en Finlande et 769 heures en moyenne. Les écoliers français suivent en moyenne deux heures de cours quotidiens de plus que les écoliers finlandais qui,
avec 4 heures de cours par jour à raison de 5 jours par semaine, se classent au premier rang des évaluations internationales de l’OCDE.
- un allongement de
l’année scolaire de deux semaines.
- la possibilité de
rendre obligatoire la semaine de quatre jours et demi
L’UMP oublie de rappeler qu’elle a soutenu cette calamiteuse réforme du rythme scolaire de la semaine
impulsée par Nicolas Sarkozy et imposée dans l’enseignement primaire par Xavier Darcos.
PROPOSITION 4 :
Rendre publiques les évaluations-bilan existantes des écoles primaires et des collèges
Il faut que soient rendues
publiques les évaluations bilans de CE1, CM2, 5ème comme les résultats du Diplôme National du Brevet en fin de 3ème, afin de montrer la valeur ajoutée de chaque école et de chaque collège, à
l’exemple des indicateurs de résultats des lycées.
Dans ce cadre, un
contrat d’objectif pourrait être passé avec le directeur de l’école afin de responsabiliser chaque école primaire sur ses résultats en matière de maîtrise des
fondamentaux.
PROPOSITION 9 :
Encourager l’apprentissage précoce de l’anglais dès 3 ans
Aujourd’hui, ne pas maîtriser
l’anglais est un handicap majeur. Par ailleurs, plus on apprend tôt l’anglais et plus on a des capacités pour apprendre une autre langue.
Il est nécessaire de revoir
les pratiques pédagogiques pour pouvoir généraliser l’apprentissage de l’anglais dès le plus jeune âge. Cet apprentissage pourrait se faire en généralisant l’apprentissage à distance de l’anglais
dès 3 ans, via des outils ludiques.
Là encore, l’UMP oublie que les mesures de suppression de postes ont touché les intervenants en
langue étrangère. Elle n’a pas pris conscience du manque de formation des enseignants pour assurer efficacement cet apprentissage. Faute de moyens, il est demandé à « tout enseignant s’en
sentant capable de mener cet apprentissage »… Faut-il alors s’étonner de la faiblesse des Français en langues étrangères ? Le bricolage continue et s’étend…
PROPOSITION 10: Dans
un cadre national, faire bien davantage confiance aux établissements et leur donner plus de responsabilités.
Le renforcement de
l’autonomie des établissements doit signifier la possibilité pour le chef d’établissement (principal de collège, proviseur de lycée, mais aussi, à terme, directeur d’école) de recruter librement
son équipe enseignante et d’administration, en fonction du projet de son établissement. Une telle évolution doit naturellement s’accompagner d’une formation à la GRH
des chefs d’établissement et un renforcement de l’équipe de direction.
Une réflexion doit aussi
s’engager sur une évaluation du chef d’établissement en fonction des résultats qu’il obtient.
PROPOSITION 12:
Donner un statut juridique aux établissements de premier degré et à leur directeur.
Cette mesure consiste donc à
doter l’école, actuellement dépourvue de la personnalité morale à la différence des collèges et des lycées, d’un statut juridique qui en permette une gestion pédagogique moderne et efficace. Elle
permettrait de créer un véritable statut d’emploi pour les directeurs d’Etablissements Publics d’Enseignement Primaire.
Les écoles de petite taille
pourraient être regroupées pour former un seul établissement, éclaté, et permettre ainsi une émulation pédagogique et une mutualisation des moyens humains, pédagogiques et financiers au bénéfice
des élèves.
Réactions syndicales
Christian Chevalier, Secrétaire général du
SE-Unsa craint « le risque de déserts scolaires
du fait de l'embauche des enseignants par les chefs d'établissement » et ajoute que « l'UMP a un vrai projet pour l'Ecole : l'Ecole de la
concurrence. Ce n'est pas une école de la réussite de tous les élèves ».
Thierry Cadart, Secrétaire général du Sgen-CFDT
voit dans cette mise en concurrence « une obsession
idéologique,... une tentative d'importer dans le système éducatif les principes du management des entreprises. »
Sébastien Sihr, Secrétaire général du
SNUipp-FSU, dénonce « une conception libérale
de l'école ». Et d’ajouter : « la vision éducative de l'UMP c'est le chacun pour soi. Avec les jardins d'éveil tous les parents par
exemple n'auraient plus accès à l'éducation préélémentaire. »
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