Rarement sans doute l’école aura autant été au cœur des débats. Face à la polémique qui fait rage depuis la
révélation du plan gouvernemental pour dénicher 16 000 postes à supprimer en 2011, un événement majeur pour les directeurs est survenu cette semaine. Quatre syndicats (SE-UNSA, SGEN-CFDT, SCENRAC-CFTC, CFE-CGC) et le GDID ont signé un texte commun pour demander au Ministère l’ouverture d’une « concertation
sur toutes les dimensions de la direction et du fonctionnement d’école. »
Ce texte
est important à plus d’un titre. D’abord parce qu’il est une véritable reconnaissance institutionnelle du GDID comme partenaire incontournable représentatif des directeurs d’école. Ensuite parce
qu’il est l’aboutissement d’un long travail de persuasion qui a réussi à convaincre les organisations syndicales de l’urgence de reprendre le dossier de la direction d’école. Enfin parce qu’il
est une force de proposition positive pour améliorer réellement le fonctionnement de l’école alors qu’il est généralement plus facile de s’entendre pour dénoncer que pour
proposer.
Ce texte
est également important car il traduit une évolution de la perception du directeur d’école dans le système éducatif. De nombreux rapports ont mis en évidence les difficultés du métier, souhaité
qu’il soit reconnu, que ses missions soient clarifiées et que soient donnés au directeur les moyens de mieux remplir son rôle. Début mai, l’Institut
Montaigne dénonçait « l’absence de pilotage de l’école primaire » : « Le directeur d’école primaire ne dispose ni de l’autorité lui permettant d’assumer une réelle responsabilité pédagogique, ni des moyens
suffisants pour remplir ses responsabilités administratives. Il ne dispose pas non plus d’une reconnaissance statutaire ».
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Texte commun
Depuis des
années, enquêtes et sondages (Ministère, MGEN, DGESCO, syndicats, IFOP, etc...) ont mis en évidence :
- l'aggravation du malaise des directrices et directeurs d'école
- la
désaffection continue pour cette fonction
- la
difficulté de pérenniser les équipes pédagogiques et de fonder dans le temps les divers projets des écoles
- les
dysfonctionnements et difficultés de fonctionnement de l'École Publique que cette situation engendre
Face à cela, les projets actuels d'EPEP ne garantissent pas l'indépendance du projet pédagogique ni le maintien de structures de taille raisonnable et d'un réseau scolaire de proximité. Ils ne
répondent donc ni aux attentes des directrices et directeurs d'école, ni à celles des équipes pédagogiques, ni à celle de l'ensemble des personnels.
La direction d'école, aujourd'hui, doit conjuguer Etre et Avoir
Répondre aux questions :
- du temps
de décharge car la charge de travail est trop lourde
- des
moyens et du matériel
- de
l'amélioration de la formation initiale et continue
- de
l'augmentation de la rémunération des directeurs d'école
Par ailleurs, il est nécessaire de :
- clarifier et préciser les responsabilités des directrices et directeurs d'école
- revoir le
décret de 89 inadapté et obsolète face à l'empilement des responsabilités et aux évolutions de l'école, notamment dans ses relations avec les communes
- redéfinir
le cadre juridique, administratif, légal de la direction d'école
- répondre
aux besoins de reconnaissance des directrices et directeurs d'école
Parce que l'adaptation de la réalité de l'École Publique aux nécessités de notre temps, et les difficultés
rencontrées par nos collègues dans l'exercice professionnel l'exigent, nous demandons au Ministère d'ouvrir une concertation sur toutes les dimensions de la direction et du fonctionnement
d’école.
Thierry CADART Secrétaire Général du SGEN-CFDT
Christian
CHEVALIER Secrétaire Général du SE-UNSA
Franck
GIRARD Président d’Avenir-Ecole CFE-CGC
Michel
TRUDEL Président du SCENRAC-CFTC
Alain REI Président du GDID
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Comme il est dit plus haut, la polémique ne cesse d’enfler depuis la divulgation du plan confidentiel
intitulé « Schéma d’emplois 2011-2013 ».
Partis politiques, organisations syndicales et associations sont vent debout contre le projet néfaste du
gouvernement. Pour le PCF, il s’agit d’un « plan de sabotage d’une violence
inédite ». Le PS fustige l’attitude « cynique et brutale » du
gouvernement : « rarement la chasse aux économies aura fait aussi peu de cas de l’intérêt des élèves et de toute réflexion sur les finalités de
l’école ».
Pour la CGT, c’en est trop : « tailler dur dans le système éducatif fait courir un grand risque à la France pour les décennies à venir ».
« Pour le gouvernement, l'éducation n'est qu'un coût, la jeunesse
n'est qu'une charge, voilà comment se prépare l'avenir du pays : c'est irresponsable et scandaleux », déclare le Sgen-CFDT.
Le SNUipp dénonce une « véritable hémorragie d’emplois ». Pour le SE-Unsa, « rien n’échappe à cette chasse budgétaire qui explore les moindres recoins du système éducatif.
Pour le SE-UNSA, le dogme du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux montre là toute son absurdité. La recherche d’économies budgétaires broie désormais toute ambition éducative pour notre
pays. Alors que la crise imposerait un investissement éducatif hors du commun, c’est exactement le choix inverse qui est fait ».
Les syndicats d’inspecteurs ne sont pas en reste. Le SNPI-FSU voit dans le schéma d’emplois
« un ensemble de mesures dont les conséquences seront désastreuses pour la réussite scolaire des élèves. Le système éducatif déjà ébranlé par les
mesures précédentes n’a jamais été aussi gravement menacé ».
Le SI.EN-UNSA Education interpelle solennellement le ministre : « les mesures envisagées,
au-delà de leur froideur technocratique, ne sont pas que néfastes : elles sont criminelles pour l’Ecole. Il est encore temps aujourd’hui d’arrêter le massacre du service public… Demain, il sera
trop tard ! »
La FCPE appelle à une riposte commune du collectif «
l’Education est notre avenir » contre ces mesures. La PEEP « sollicite une audience auprès du ministre de l’Education pour faire le point sur les mesures envisagées et lui faire part de l’inquiétude légitime des
parents ».
L’AGEEM fait le constat suivant : « AUCUNE COHERENCE pour améliorer le service public d'éducation qui en a tant besoin, pour donner de l'élan à l'Ecole dans l'intérêt des enfants/élèves et leurs
familles et dans le respect des enseignants. BEAUCOUP DE COHERENCE dans les actions destinées à démanteler, à détruire les acquis de l'ECOLE de la REPUBLIQUE ».
Le débat sur les moyens, notamment la question du nombre
d’élèves par classe est au centre d’une polémique. Contrairement au ministre, le chercheur Pascal Bressoux, qui dirige le
laboratoire en sciences de l'Education de l'Université Pierre-Mendès-France de Grenoble est catégorique : « Les études montrent que la réduction de
la taille des classes a un impact très significatif sur les acquis des élèves, par exemple, en français et en mathématiques, mais aussi sur les facteurs comportementaux: ils travaillent plus en
cours ».
Idem pour Thomas Piketty de l’école d’économie de
Paris qui rappelle son étude de 2006 sur ce sujet « je montrais qu'en primaire, on apprend mieux à lire et à calculer quand on est 20 au lieu de 25.
C'est encore plus vrai pour les enfants de milieux défavorisés ».
Luc Chatel a beau dire que « la question des moyens, toujours les moyens, n’est pas la réponse aux problèmes de l’éducation nationale. C’est une question d’organisation, d’efficacité du
système », rien n’y fait. Il ne parvient pas à convaincre que les réformes entreprises le sont dans le but d’améliorer ou de rendre plus efficace le système éducatif
français.
« Ce n'est pas de l'éducation, c'est de la
comptabilité », estime, pour sa part, Christian Chevalier, secrétaire général du SE-Unsa.
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