Il n’est pas un jour sans que les candidats ne soient interpellés par des groupes de citoyens, divers
syndicats ou lobbies déclarés ou non.
Ainsi, a-t-on pu lire ces derniers temps à la « Une » des quotidiens :
« L'emploi : un thème primordial en ces temps de campagne présidentielle »
« La campagne présidentielle 2012 est sous le signe de
l'Economie avec un grand E »
« L'Education s'invite dans la campagne pour l'élection présidentielle »
« Le logement est en train de devenir, avec le chômage, l'un des principaux thèmes de la campagne présidentielle »
« La FCPE interpelle les candidats à la
présidentielle » …etc.
Bref, chaque jour apporte son nouveau thème de campagne sitôt oublié et remplacé
le lendemain par un autre tout aussi important.
Bien qu’ils s’en défendent, les candidats ont les yeux rivés sur les sondages et
autres enquêtes d’opinion. Ils adaptent, en permanence, leurs discours aux préoccupations de leurs électeurs.
Quelles sont donc les préoccupations des Français ? Le
dernier baromètre réalisé du 6 au 9 janvier par l’institut TNS Sofres nous les livre :
1) Le chômage et l'emploi 74%
2) L'évolution du pouvoir d'achat 57%
3) La santé et la qualité des soins 50%
4) Le financement des retraites
43%
5) L'école et la qualité de l'enseignement
41%
Ce baromètre nous indique que l’école, en recul de 4 points par rapport à
Novembre 2011, n’arrive qu’en 5ème position loin derrière le chômage et l’emploi.
La conjoncture économique actuelle, l’annonce de la récession et du taux de
croissance révisé à la baisse… laissent à penser que l’école restera une préoccupation de moins en moins importante aux yeux des Français.
Certes, le monde enseignant essaie d’interroger les candidats et de faire de
l’Education une priorité. La FCPE les invite à en débattre le 17 mars. Toutes ces tentatives restent vaines pour l’instant. Les principaux candidats ne veulent d’ailleurs pas s’engager sur des
mesures précises.
Le président candidat officieux poursuivra la RGPP et son corollaire de
mesures de destruction d’un emploi sur deux de fonctionnaires partant à la retraite. Dans le projet présenté par l’UMP, aucune proposition ne concerne les directeurs d’école.
On connaît les grandes lignes du projet de François
Hollande. Dans la proposition 38, il affirme qu’il mettra l’accent d’abord sur les
écoles primaires et maternelles “car c’est là que les premières difficultés se manifestent et que l’échec scolaire se
forme ” ainsi que sur les zones en difficulté. Il annonce également qu’il reverra les rythmes scolaires “qui n’ont aucun équivalent en Europe”. On y trouve évidemment des éléments quantitatifs comme la promesse maintenue de
création de 60 000 postes (qui couvriront tous les métiers) dans l’éducation en 5 ans.
François Hollande se garde bien de parler du statut ou des missions des enseignants parmi ses
engagements. Dans le quotidien « Le Monde », en novembre dernier, Vincent Peillon, le « monsieur éducation » du PS
déclarait : "Il faut une revalorisation matérielle et morale du métier d'enseignant. Mais en même temps, il faudra faire évoluer la définition du métier, de ses tâches, de ses
obligations, des services". En clair, cela signifie que les profs devront travailler plus pour gagner plus ! Vincent Peillon préfère dire « travailler mieux et différemment »…
Samedi 4 février, le président du MoDem, présentait son
programme pour l’éducation. François Bayrou connaît bien la grande maison de la rue de Grenelle puisqu’il y a exercé les fonctions ministérielles à trois
reprises. En 1993, nommé ministre de
l'Éducation nationale dans le gouvernement d'Édouard Balladur, il propose une réforme de la loi Falloux, qui aurait déplafonné la possibilité, pour les collectivités locales, de subventionner les
investissements des établissements d’enseignement privé. Le 24 janvier 1994, près d'un million de manifestants s'en prennent à ce projet, pour défendre l'école laïque. Après des
débuts difficiles il fut raillé pour son immobilisme.
Roger Fauroux, qu'il avait
chargé de présider une commission sur la réforme de l'école était néanmoins critique, déclarant que François Bayrou gouvernait « avec le sondoscope en
bandoulière »…
Lors de la présentation de son projet, le candidat Bayrou
rappelle à son concurrent PS qui veut créer 60 000 postes que "tout le monde le sait, sauf ceux qui consciemment ont décidé de tromper
les Français, la France doit sortir
du surendettement qui l'asphyxie, si elle veut
préserver
son modèle social et de services publics."
Il maintiendra « les moyens
existants ». La question des moyens « n’est pas la question clé ». Il promet ainsi de mettre fin au non remplacement d’un
enseignant sur deux partant à la retraite.
RGPP d’un côté,
surendettement de l’autre… 60 000 emplois créés par l’un, qualifiés de tromperie par l’autre… Bref, pas vraiment un débat… Pas vraiment de quoi
faire rêver les enseignants...
Et encore moins les directeurs d’école pour lesquels aucune
mesure n’est annoncée si ce n’est la proposition n°8 de François Bayrou qui, si elle était appliquée, les concernerait au premier chef :
8- Arrêter avec les
surcharges administratives, la multiplication de réunions, l’avalanche des livrets de compétences. À l’école, comme
dans tous les autres secteurs d’activité, la surcharge paperassière étouffe, asphyxie, et ne sert à rien. Idem avec les circulaires de toute nature !
Propos pleins de bon
sens, évidemment, mais qui ne suffiront pas à satisfaire les directeurs d’école en quête d’une véritable reconnaissance statutaire.
En conclusion de notre article du 21 novembre 2011, nous écrivions que l’UMP et le PS s’accordent sur un point essentiel : l’impossibilité de doter
le directeur d’école d’un véritable statut, l’un comme l’autre au nom des priorités budgétaires.
Nous citions alors
Bruno Julliard : « Pour être très direct, je ne crois pas que la question du pouvoir ou de l’augmentation du pouvoir des directeurs d’école, encore
moins la création d’un établissement public d’enseignement autonome soient une priorité. D’abord parce que c’est coûteux, ensuite parce qu’on a probablement d’autres chantiers
prioritaires qui vont mobiliser et de l’engagement politique et de l’engagement économique. »
Nous savons aujourd’hui que François Bayrou
rejoint Nicolas Sarkozy et François Hollande sur un point : l’absence d’intérêt pour les directeurs d’école.
Ceux-ci apprécieront…
D’autant que demain, on oubliera l’éducation pour parler dette publique, CAC 40, taux d’intérêts, chômage,
croissance, euro, agences de notation…etc., etc.
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