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Jeudi 10 décembre 2009 4 10 /12 /Déc /2009 12:12

Nos deux derniers articles (*) concernaient le malaise enseignant. Ce mal-être est profond puisque « près d'un enseignant en fin de carrière sur deux n'attend qu'une seule chose : partir le plus vite possible » selon l’enquête du « Carrefour santé social ».

Les enseignants sont souvent perçus dans l’opinion comme des salariés travaillant relativement peu (horaire hebdomadaire moindre que le salarié du privé et nombreuses vacances...). Certes, de plus en plus ces dernières années, la difficulté du métier est mise en avant dans les médias. Le public prend ainsi conscience qu'il n'est pas de tout repos.

 

Qu’est-ce qui rend ce travail si difficile ? Les réponses sont multiples même si reviennent le plus souvent le comportement des élèves, le bruit, le volume de travail. Mais si on laisse les enseignants parler spontanément, ils mettent en avant le manque de considération et de reconnaissance, une critique qui vise l'institution. L'épuisement psychologique  vient ensuite. Certaines catégories d'enseignants sont plus touchées que d'autres. Il s'agit d'abord des professeurs de collège, ensuite des enseignants de technologie, une discipline qui se sent peu considérée, et des directeurs d'école dont la fonction est peu reconnue par l'institution.

 

Créé, début 2005, par Jean-Michel Laxalt, président de la MGEN, le "Carrefour santé social" est un lieu d’échanges et de réflexion. Il associe la MGEN, les fédérations FSU et UNSA Éducation et Sgen-CFDT, ainsi que les syndicats SNES/FSU,   SNUipp/FSU, SE-UNSA, SNPDEN. Très rapidement, les partenaires rassemblés au sein du "Carrefour santé social" se sont donné pour mission de conduire des travaux sur les thématiques de la santé et du travail.

Cette enquête, sous forme d’un questionnaire déclaratif et anonyme a été mise en ligne sur les sites Internet de la MGEN, de l’Unsa Éducation, de la FSU et des syndicats SNES, SNUipp/FSU, SE UNSA, Sgen-CFDT et SNPDEN. Les partenaires ont diffusé un questionnaire sur leurs sites respectifs. Le but : recenser les opinions de leurs internautes sur leurs conditions de travail et de santé, comprendre leurs motivations à réduire ou prolonger la durée de leur service et enfin évaluer leurs attentes et leurs aspirations.

 

Profil des répondants à l’enquête

93% sont adhérents à la MGEN et 60% sont syndiqués.

Les répondants sont pour la plupart professeurs des écoles (55,2% des répondants), certifiés (25,3%) ou agrégés (6,4%), exerçant à temps complet pour 88,7% d’entre eux. Ils exercent essentiellement en école élémentaire (51,6%), dans les collèges (23,0%) et dans des lycées d’enseignement général, technique ou professionnel (19,3% en tout).

 

Appréciation sur leur travail

La majorité des répondants ont une perception positive de leur métier (54,5%), alors qu’un peu plus de 6% ne sont pas du tout satisfaits.

Une grande partie des répondants jugent leur travail intéressant (47,2%), même s’il est jugé fatigant (55,2%) ou même stressant (43,3%).

Les professeurs de l’enseignement supérieur ont une perception beaucoup plus positive de leur métier : plus que les autres enseignants, ils jugent avec les agrégés leur métier épanouissant, valorisant et en soulignent le caractère enrichissant.

Les professeurs enseignants au collège sont les plus négatifs sur leur métier, qu’ils perçoivent moins « passionnant », moins « enrichissant », moins « valorisant », plus « éprouvant, pénible, décourageant » et surtout plus « stressant » que leurs collègues.

A noter : le qualificatif « enthousiasmant » n’est quasiment jamais choisi.

 

Commentaires spontanés sur l’appréciation du métier

Ces verbatim sont majoritairement composés de critiques des conditions de travail et d’attentes ou de suggestions d’amélioration de leur situation professionnelle en fin de carrière.

Les professeurs en collège (PEGC) représentent la catégorie d’enseignants qui émettent le plus de critiques spontanées sur leurs conditions de travail :

Le manque de considération, de reconnaissance constitue la critique la plus fréquente, surtout de la part des professeurs des écoles. Ce reproche s’adresse :

-       principalement à l’institution Education Nationale, à qui ils font grief notamment de multiplier les réformes et les changements successifs de programmes,

-       puis à leur hiérarchie directe dans les établissements,

-       aux parents d’élèves,

-       et enfin aux inspecteurs, critiqués pour des inspections, jugées trop rares, davantage orientées sur la sanction et peu sur le conseil.

L’« épuisement psychologique » des enseignants en général (stress, troubles du sommeil) est le deuxième motif d’expression libre.

 

A noter, la lassitude particulière de deux catégories de professeurs :

Les professeurs de technologie (évolution permanente des programmes, discipline peu considérée et difficultés ressenties à suivre les évolutions constantes à la fois des technologies et des programmes)

 

Les Directeurs d’école sans décharge de classe ou avec une décharge jugée insuffisante, qui souffrent du manque de considération de leur fonction et estiment devoir assumer une surcharge importante de travail insuffisamment rémunérée.

« Le Ministère de l'Education Nationale va-t-il se moquer encore longtemps des directeurs d'école primaire (…) qui sont taillables et corvéables à merci, qui doivent effectuer des tâches de plus en plus nombreuses, assumer des responsabilités de plus en plus lourdes, être les interlocuteurs de nombreuses personnes, structures ou associations...sans être rémunérés pour le temps passé et les risques encourus et qui doivent, très souvent, également enseigner dans des conditions de plus en plus difficiles !

Beaucoup libèrent leur direction, laissant la place à des jeunes insuffisamment formés ou à des adjoints non volontaires, commis d'office. Ce qui était il y a quelques années une promotion devient maintenant la dernière fonction à demander ».

« J'ai adoré ce métier mais je suis très contente de partir, tant je suis épuisée et écœurée surtout depuis que j'ai fait la folie de prendre une direction. »

 

Médecine du travail et politique de prévention

L’absence de médecine du travail et le souhait de voir le ministère de l’Education Nationale appliquer la législation du travail reviennent de façon récurrente dans l’expression des attentes.

 

Attentes vis-à-vis de l’employeur Education Nationale

Les attentes de reconversion en fin de carrière conduisent une partie des enseignants à formuler des revendications à l’employeur Education Nationale :

Formation continue tout au long de la carrière d’enseignant qui permet une adaptation continue de l’exercice professionnel et bilan de compétences.

 

Attentes vis-à-vis des syndicats

Les enseignants et plus particulièrement les professeurs des écoles, les enseignants en collèges, en lycées professionnels ont souhaité exprimer reproches et attentes à l’égard des syndicats :

Attentes d’une aide pour le calcul des retraites, notamment dans le cas complexe de multi-carrières et pour les enseignants en situation de handicap

Reproches : une prise en compte insuffisante dans les négociations avec le gouvernement sur la retraite, la pénibilité du travail, les interruptions dans la carrière pour élever des enfants, l’écart de comptabilisation des enfants dans le calcul de la retraite entre secteur privé et Education Nationale des enseignants ayant atteint le nombre de trimestres de cotisation avant l’âge de 60 ans et qui sont obligés de continuer à travailler jusqu’à cet âge, sans en retirer d’avantage financier.

 

L'usure d'une bonne partie du corps enseignant est, à n’en pas douter, un défi qui s’impose à tout ministre de l’Education nationale.

Cette nouvelle enquête met en avant le malaise des directeurs d’école. A ce titre, elle n’apporte rien qui ne soit déjà connu des pouvoirs publics et des syndicats. Pour autant, elle n’apparaîtra pas inutile si elle permet d’accréditer un peu plus l’impérieuse nécessité d’apporter une solution au problème. Et l’on ne pourra plus longtemps se contenter de la réponse du ministre de l’Education nationale, Luc Chatel : « Je suis également ouvert à une réflexion sur le rôle des directeurs d’école, dont les responsabilités se sont effectivement accrues au cours des dernières années sans qu’un statut propre soit créé à leur destination. C’est par cette question qu’il faudra commencer par s’interroger avant d’envisager une évolution du statut des établissements ».

La responsabilité des syndicats enseignants est également engagée. Leurs responsables ne pourront plus indéfiniment se cacher derrière des motions de congrès ou des propos lénifiants à la veille de chaque élection professionnelle pour faire patienter encore et toujours les directeurs d’école. Le temps de la réflexion n’a que trop duré. Il est temps de passer à l’action.

Luc Chatel aura-t-il les moyens d’aider les directeurs d’école ? Les syndicats auront-ils la volonté de les entendre ?

 

(*) A lire ou relire

- Malaise et désenchantement dans l’Education nationale
- Une cause du malaise enseignant : la faillite du remplacement des maîtres absents

 

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