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Jeudi 12 mai 2011 4 12 /05 /Mai /2011 22:04

 

A un an de l’élection présidentielle, il ne fait mystère pour personne que Nicolas Sarkozy va se représenter aux suffrages des citoyens pour un second mandat. Ses conseillers, ses soutiens, son parti sont entrés dans une phase active : celle de valoriser l’action des 4 premières années du quinquennat.

Les adversaires politiques du Président s’efforcent, eux aussi, à comparer les réalisations et les promesses du candidat de 2007. Opération pas toujours facile à réaliser car l’UMP supprime discrètement les sites de propositions 2007 affichées sur Internet.

Dans le domaine de l’éducation, et plus particulièrement celui de l’école, le ministre Luc Chatel s’évertue à magnifier le travail effectué depuis 2007. Sur toutes les antennes des médias, il justifie, explique, glorifie les réformes qui ont jalonné ces quatre années. Hélas, faute de journalistes spécialisés au fait des réalités du terrain, il ne se trouve que très rarement de contradicteurs sur son chemin…

 

Le remplacement des enseignants absents

 

Le ministre répète à l’envi que « 96,2 % des absences d’enseignants sont remplacées ». Qui relève que ce taux ne correspond pas à la réalité ? Aucun journaliste ne semble savoir que dans le secondaire les absences de moins de 15 jours ne sont pas remplacées et que la situation est critique dans le primaire, tant le manque de remplaçants est criant du fait des suppressions de postes qui ont d’abord touché les enseignants sans classe. Pourtant, la grogne des parents d’élèves ne cesse de croître comme en témoignent les associations de parents dans l’Essonne, le Rhône et de nombreux autres départements ou la saisine de la Halde en Seine-Saint-Denis… Faute de contradicteur, le ministre peut continuer de tenir son discours dans tous les médias…

 

Le budget de l’Education nationale

 

« Depuis 1980, le budget moyen par élève a augmenté de 80% assène Luc Chatel avant d’ajouter que « le Parlement a voté cette année le budget le plus important qui n’ait jamais été voté : 65 milliards d’euros

Certes, la dépense moyenne par élève (salaires des personnels, fonctionnement des écoles, transports scolaires, manuels, ...) est passée, en primaire, de 2 920 euros en 1980 à 5 620 euros en 2008, en euros constants. Effet garanti auprès de l’opinion !

En effet, la date de référence (1980) n’est pas choisie au hasard. Elle permet d’englober la revalorisation du métier d’enseignant entreprise en 1989 par Lionel Jospin en alignant les professeurs des écoles sur les certifiés du secondaire. Ce qui a induit une hausse importante de la masse salariale dans le primaire. D’autres mesures ont également eu un impact financier important (réduction du temps de service en lycée professionnel ou du nombre d’élèves par classe).

Là encore, peu de contradicteurs dans les médias pour rappeler au ministre que la dépense publique consacrée à l’éducation est passée de 6,5% du PIB en 1997 à 6 % en 2007 (rapport de l’OCDE : « Regards sur l’Education »).

Personne encore, ou presque, pour interroger le ministre sur la récente étude (décembre 2010) du  Centre d’analyse stratégique, un organisme rattaché au Premier ministre. On y découvre, en effet, que le taux d’encadrement des élèves du primaire en France est « un des plus faibles des pays de l’OCDE » avec « 5 enseignants pour 100 élèves ». Loin derrière le Portugal, la Grèce ou l’Espagne mais aussi la Suède, la Belgique ou l’Autriche, pays dans le nombre d’enseignant pour 100 élèves oscille entre 6 et 10.

Des chiffres qui confirment les constats établis en mai dernier par la Cour des comptes qui parlait d’une sous dotation de 15 % pour l’école primaire, de 5 % pour l’école maternelle par rapport aux pays comparables.

 

Les suppressions de postes

 

Rarement interrogé sur les comparaisons avec les autres pays de l’OCDE, Luc Chatel n’hésite pas à en remettre une couche pour justifier les suppressions de postes. Ainsi, l’entend-on souvent déclarer qu’ « en septembre 2011, il y aura 35.000 professeurs de plus qu’au début des années 1990, alors que l’on compte 500.000 élèves de moins.».

Une fois encore, il nous faut déplorer la faiblesse médiatique qui accepte pour argent comptant les allégations du ministre qui peut ainsi montrer que les suppressions de postes sont indolores et sans conséquences néfastes pour le fonctionnement de l’école.

Simplement le ministre omet-il de rappeler que cet accroissement d’enseignants au cours des 20 dernières années s’explique notamment par l’allongement de la scolarité moyenne des élèves (nouvelles filières dans les lycées), l’amélioration du fonctionnement de l’école souhaité par le législateur (intervenants en langue, en informatique, décharges de directeurs de 4 classes,  allègement des effectifs d’élèves par classe …).

Poursuivre les suppressions de postes, c’est revenir sur ces améliorations et créer de mauvaises conditions de fonctionnement de l’école. C’est « donner l’impression qu’on en aurait trop fait », souligne Guy Barbier, Secrétaire national du SE-Unsa. Et, comme le constate Sébastien Sihr, Secrétaire général du SNUipp-FSU « le système a montré ses faiblesses : 20% des élèves en difficulté en fin de CM2, des élèves qui décrochent… Au lieu de fermer des classes comme aujourd’hui, il faut au contraire relancer l’investissement dans le primaire. »

 

Plus extravagante encore, dans la surenchère aux suppressions de postes, la déclaration de Georges Tron, Secrétaire d’Etat à la Fonction Publique qui affirme qu’il y a encore de la marge puisque « 18 000 professeurs dans le secteur primaire ne sont pas directement en relation d’enseignement avec les enfants ».


Intervention surprenante car elle succède à une autre déclaration du même Georges Tron qui estimait, quelques jours plus tôt, dans un entretien à Libération que la politique de réduction des effectifs de la fonction publique devrait être suspendue après la présidentielle. « Je pense que la règle intangible de non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ne devrait pas se poursuivre après 2012 ». Et d’ajouter que
le « un sur deux » avait atteint ses limites notamment dans l’Education nationale…

Probablement, le Secrétaire d’Etat a-t-il été rappelé à l’ordre pour affirmer le contraire quelques jours plus tard. Son ministre de tutelle, François Baroin, ministre du Budget, n’avait d’ailleurs pas tardé à le démentir publiquement : « «Il n’y aura pas de changement de ligne. Le principe du "un sur deux" vaudra jusqu’en 2013, il n’y aura pas de modification de la loi.»

 

Néanmoins, la « sortie médiatique » de Georges Tron a été perçue comme « la provocation de trop » pour les syndicats qui s’interrogent sur les intentions gouvernementales. En effet, d’où Georges Tron tient-il ce chiffre jamais entendu dans les sphères ministérielles ?

Fait-il allusion aux membres des RASED dont l’effectif a considérablement été réduit ces dernières années du fait de la mise en place de l’aide personnalisée, elle-même induite par la suppression des cours le samedi ?

Songe-t-il aux 2500 conseillers pédagogiques attachés aux circonscriptions et qui accompagnent les débutants privés de formation par la récente réforme ou aux 7000 maîtres formateurs qui, eux, n’ont qu’une journée de décharge de cours par semaine ?

Pense-t-il aux titulaires remplaçants dont l’effectif a fondu comme neige au soleil et qui ne sont plus en nombre suffisant pour remplacer les enseignants absents ?

Estime-t-il superflues les décharges syndicales estimées à environ 300 en primaire pour l’ensemble des syndicats, selon Sébastien Sihr et Christian Chevalier ?

Ou, juge-t-il inutiles les décharges attribuées aux directeurs d’école pourtant considérées comme nettement insuffisantes par l’ensemble des acteurs de l’Education nationale ?

 

Comme le souligne Luc Cédelle, journaliste au quotidien « Le Monde », « le chiffre de 18 000 avancé par M. Tron n’est donc pour l’instant - le ministère de l’Education nationale ne l’ayant pas du tout confirmé - plus un chiffre fantôme qu’un nombre d’enseignants fantômes. A moins qu’il ne s’agisse - c’est une pure spéculation, mais certains la trouveront tentante - de « lâcher » un chiffre dans la sphère médiatique à la seule fin d’y habituer les consciences et d’observer, dans une habile répartition des rôles entre ministres, les réactions qu’il produit… ou pas. »

 

A ce titre, le « baromètre des réformes de Nicolas Sarkozy » établi par l’Institut Thomas More est intéressant car il permet le suivi exact de l’ensemble des mesures annoncées par le Président de la République et le gouvernement.

Dans le domaine de l’Education, le bilan est plutôt jugé négativement par ce « think tank » d’opinion qui attribue « une mauvaise note pour un chantier pourtant majeur, qui sanctionne une grande lenteur à engager les réformes promises.

Après quatre ans, à peine 20% des mesures sont réalisées et près de 40% sont aujourd'hui en retard ou abandonnées. C'est le prix à payer d'une politique d'effets d'annonce : l'éducation est l'un des trois thèmes qui en compte le plus (117 contre 60 en moyenne)...

 

Détail de la note globale 6/20

Efficacité de l'action (coef 3) 3,96/20

Mise en oeuvre des réformes (coef 2) 6,98/20 

Cohérence de l'action (coef 1) 9,43/20 »

 

Bref, à écouter les différentes interventions de ministres s’efforçant de justifier l’injustifiable, on comprend mieux l’intérêt des amis du Président de faire disparaître rapidement les promesses du candidat en 2007...

 

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