Deux ans après un premier rapport, la commission
Attali a remis à l'Elysée, le 15 octobre dernier, 25 nouvelles propositions pour sortir la France de la crise.
Les nouvelles propositions de l’ancien sherpa de François Mitterrand ne remettent pas en cause les 316
recommandations précédentes, mais prennent en compte les effets de la crise.
Ce rapport, intitulé “Une ambition pour dix ans, une mobilisation générale pour libérer la croissance et donner un avenir aux générations
futures”, donne la priorité à 4 chantiers dont l’un concerne la nécessité d’une réforme de l’école primaire et la création d’un statut
de directeur d’école.
Nous nous attacherons, ici, à extraire de ce rapport certaines des dispositions qui concernent plus
précisément le devenir des directeurs d’école.
La France que nous voulons pour
2020
Nous ne voulons pas d’une France où le niveau d’éducation recule, comme c’est le cas
aujourd’hui, en particulier dans l’enseignement primaire. Ce recul constitue un obstacle à la croissance, dans l’économie de la connaissance et la mondialisation. L’école primaire doit être largement réformée. C’est notre premier grand chantier de long terme.
Le système d’éducation a longtemps été un atout
de la France. Il ne l’est plus. Des progrès ont été accomplis par la mise en
œuvre de notre premier rapport dans l’enseignement supérieur. Il n’en va pas de même pour l’école primaire, où s’aggrave l’échec scolaire, et où recule la mobilité sociale. En particulier, les
élèves en difficulté avant leur entrée au CP le restent, dans leur quasi-totalité, par la suite. Ce gaspillage de talents finit par se retrouver dans la population active où un très grand nombre
de gens arrivent sous qualifiés : une mauvaise école primaire est un obstacle à la croissance.
Pour y remédier, il faut :
- renforcer l’égalité des chances dès la crèche et la maternelle.
- renforcer l’autonomie et le rôle du directeur
d’école.
- mettre en place une véritable gestion des ressources humaines de l’éducation.
Un niveau d’éducation primaire en
régression
Selon des études récentes, en France près de la moitié des élèves en fin de CM2 n’ont pas
acquis les capacités en lecture et calcul permettant d’accéder à l’autonomie.
Parmi ces élèves, 15 % souffrent de difficultés particulièrement importantes : lexique très
limité, difficultés de compréhension, repères méthodologiques très insuffisants. Malgré des moyens financiers supérieurs à ceux engagés par ses voisins de l’OCDE, les résultats de la France sont
médiocres. Le plus préoccupant est la régression du niveau de lecture, d’écriture et de calcul, la France enregistrant en particulier en mathématiques la plus forte baisse de score des pays de
l’OCDE entre 2003 et 2006.
Ces lacunes du primaire ne peuvent être rattrapées dans la suite du cursus scolaire. La
distribution des niveaux entre élèves, cristallisée à l’issue du CP, se retrouve en fin de CM2 (60% capables, 25 % fragiles et 15% en grande difficulté) puis en fin de secondaire supérieur (64%
bacheliers, 20% BEP/CAP seulement et 16% sans diplôme). En particulier, le recul des connaissances mathématiques en fin de primaire risque d’aggraver à terme le déficit d’ingénieurs constaté
depuis plusieurs années.
Cette faible performance du système éducatif français est socialement inégalement
répartie.
Les
défaillances de la gestion des ressources humaines et notamment :
- l’insuffisance de la formation initiale des
éducateurs en crèche et des enseignants en maternelle et en primaire;
- l’inadaptation du système de formation
permanente des enseignants : la formation continue des enseignants reste limitée ;
- un système d’évaluation déficient :
le Haut conseil de l’éducation, beaucoup trop mesuré dans ses termes, relève qu'il « n'est pas très juste », « peu efficace » et « engendre malaise et parfois souffrance ». En effet, on a des
critères d'évaluation insuffisants, des conditions d'inspection différentes, des conditions de prise en compte des tâches autres que d'enseignement individuel non homogènes… ;
- un système d’affectation des enseignants
injuste et inefficace, notamment pour les jeunes professeurs envoyés en zones difficiles ;
- une insuffisance de pilotage des
établissements qui tient largement à leur trop faible autonomie et à l’absence de pouvoir des directeurs d’écoles. Les directeurs d’établissements ne peuvent adapter leurs
fonctionnements, leurs équipes, leurs temps scolaires aux besoins des élèves – alors mêmes que ceux-ci diffèrent fortement. Les professeurs ne peuvent moduler, théoriquement, leurs méthodes
d’enseignement et leur prise en charge des élèves en fonction des demandes, alors que des pratiques innovantes peuvent se révéler nécessaires ;
PREPARER LA CROISSANCE DE DEMAIN : ASSURER A
NOS ENFANTS UNE EDUCATION ET UN ENVIRONNEMENT DE QUALITE
Proposition 22 :
Lutter contre l'échec scolaire et l'illettrisme
à l'école primaire. Une expérimentation pourrait avoir lieu dans vingt
établissements dans chaque académie. Elle est rendue possible par l’article 34 de la loi n°2005-380 du 23 avril 2005 d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école.
La mise en œuvre de cette réforme devra être ciblée sur un nombre limité d’établissements
afin d’y affecter les moyens nécessaires et d’en évaluer les résultats.
La mise en place de l’autonomie des écoles primaires, liée à la redéfinition du rôle du
directeur d'école, responsable de la réussite des élèves de son école pourrait est la clé de la réussite des élèves à l'école primaire.
Accorder un vrai pouvoir de direction aux
responsables d’établissements primaires
Au plus proche des élèves, de leurs parents et des professeurs, le directeur d’une école doit
pouvoir déterminer les objectifs à atteindre en fonction des besoins de ses élèves.
Il sera essentiel de prévoir une formation adaptée et l’instauration d’un statut particulier
pour les directeurs d’école. Cette nouvelle formation pourrait être majoritairement accessible aux professeurs des écoles, déjà directeurs ou non, mais aussi aux conseillers pédagogiques. Les
directeurs d'école devront être formés à la gestion d'équipe et aux relations avec les parents.
Le directeur d’école devra pouvoir, d'abord,
intervenir directement dans le recrutement des équipes pédagogiques, sur lesquelles il doit ensuite avoir une réelle fonction de direction et de mobilisation dans le cadre d’un projet
d’établissement.
- Le recrutement de
son équipe
Un prérequis au recrutement par les directeurs des professeurs est la nécessaire qualité de
la formation à la fois théorique et pratique, disciplinaire et pédagogique des enseignants à l’université. La maquette actuelle de la masterisation ne semble pas répondre actuellement à cet
objectif.
Le système éducatif finlandais se caractérise par une "forte autonomie des établissements,
des enseignants et des élèves". Dans ce cadre, le recrutement des enseignants est assuré par une décision du directeur sous le contrôle des conseils associant des représentants des parents, des
enseignants et du personnel.
Cette solution permettrait d’éviter des affectations inadéquates, par exemple de jeunes
professeurs sans expérience dans les établissements les plus difficiles.
Celle-ci prévoit que « sous réserve de l'autorisation préalable des autorités académiques, le
projet d'école ou d'établissement peut prévoir la réalisation d'expérimentations, pour une durée maximum de cinq ans, portant sur l'enseignement des disciplines, l'interdisciplinarité,
l'organisation pédagogique de la classe, de l'école ou de l'établissement, la coopération avec les partenaires du système éducatif, les échanges ou le jumelage avec des établissements étrangers
d'enseignement scolaire ».
- L’évaluation de
son équipe
Le directeur, sera le supérieur hiérarchique des personnels de son école et devra participer
à l’évaluation des enseignants, comme le fait un principal de collège et à l’affectation de ceux-ci devant les classes de son établissement.
En cas de faiblesse d’un professeur, une formation obligatoire devrait pouvoir lui être
proposée en dehors du temps scolaire, en accord avec l’inspecteur d’éducation nationale.
- La responsabilité
des résultats des élèves de son école
Le directeur doit être responsable des résultats des élèves de son école, par rapport aux
compétences devant être acquises. Cela suppose un renforcement des évaluations nationales au niveau du CE1, fin du cycle d’apprentissage de la lecture et au niveau du CM2.
- La mise en place
d’expérimentations pédagogiques pour assurer la réussite des élèves
A partir des résultats des évaluations nationales, le directeur doit pouvoir mieux piloter
ses ressources, organiser le travail des équipes pédagogiques, organiser le temps scolaire et participer à des expérimentations en matière de pédagogie innovante pour réduire l’échec
scolaire.
Le choix du rythme scolaire en 4 ou 4 jours et demi, sera déterminé par le directeur.
Enfin le directeur pourra participer à des expérimentations en matière de pédagogie
innovante.
- L’implication des
parents par le directeur, comme co-acteurs de la réussite scolaire de leurs enfants. Le directeur d’école pourrait alors proposer aux parents de mieux les associer, sur le modèle
d’une expérimentation menée et évaluée avec succès « la mallette des parents ».
Les directeurs pourraient entreprendre des actions pour :
- mieux expliquer aux parents le fonctionnement de l’école (à quoi servent les cours, quels
sont leurs objectifs, comment fonctionne le système d’orientation). L’école leur expliquerait aussi ce qu’elle attend d’eux (suivi des devoirs, carnets de notes…) ;
- offrir un espace d’écoute, par des professionnels, des professeurs ou d’autres parents
d’élèves bénévoles aux parents à l'école permettant de dépasser les situations de parents très démunis face à la détresse de leurs enfants, en échec dans le système scolaire. Des conférences sur
l’alimentation, les rythmes de l’enfant, l’apprentissage de l’autorité pourraient être organisés pour donner des clés indispensables aux parents ;
- ouvrir les locaux de l'école à des ateliers pour les parents, qui leur permettront
d’accompagner de leurs enfants, dans des matières fondamentales: orthographe, calculs de base, grandes dates de l'histoire, outils informatiques…
Mettre en place des établissements primaires d’enseignement public (EPEP)
Il ne sera pas possible de mettre en place un directeur d’école, déchargé de sa mission
d’enseignement, si l’école n’a que peu de classes ou que quelques niveaux.
La création d’une nouvelle fonction de
directeur d’école est indissociable de la création des établissements publics d’enseignement primaire (EPEP), regroupant différentes écoles, permettant d’atteindre une taille critique des
écoles.
Ces EPEP pourrait regrouper plusieurs écoles de plusieurs communes qui n’offrent pas un
enseignement dans tous les niveaux. Le nouveau directeur pourra superviser, en étant mobile, les différentes « écoles » de l’EPEP.
Des évaluations devront être menées pour mesurer l’efficacité de cette mesure. Ces
évaluations devront faire l'objet d'un suivi continu, tant sur le plan individuel (méthodes des enseignants, management des directeurs, etc.) que collectifs (ouverture de l'école, pratiques
collectives, etc.) tout au long de l'expérimentation. Elles devront aussi faire l'objet d'une évaluation à moyen et long terme. Ces évaluations devront reposer sur des objectifs de résultats, et
prendre en compte la satisfaction des élèves, enseignants, parents et de l'ensemble de l'équipe de l'établissement. Les bonnes pratiques pourront ainsi faire l'objet d'une diffusion.
Proposition 23 : Améliorer la gestion des ressources humaines de
l’éducation
Moderniser l’évaluation des enseignants en intégrant l’engagement personnel des enseignants
et tirer les conséquences de cette évaluation sur la carrière.
L'évaluation devrait être modernisée pour la rendre plus juste et plus efficace, sanctionnant
des carrières fondées sur le mérite et l'investissement personnel. Elle devrait notamment mieux prendre en compte les résultats des élèves et être plus régulière. Les critères d'évaluation
doivent prendre en compte l'aptitude des professeurs à faire évoluer les élèves.
Redéfinir les obligations de service des
enseignants
Des décrets de 1950 ont défini le service des enseignants uniquement en horaire hebdomadaire
d'enseignement98 et non en temps de travail. Le temps de correction, de préparation et de présence dans l'établissement n'est donc pas décompté.
La mission des enseignants ne se limite pourtant pas à l'activité d'enseignement.
Ainsi l'accompagnement des élèves, la relation avec les familles, l'aide à l'orientation, le
travail en équipe ou par discipline ou les conseils de classe, conseils de cycle en primaire (particulièrement important pour le cycle de la lecture grande section, CP, CE1) sont des missions
essentielles des enseignants.
Progressivement, il faudrait pouvoir renforcer les obligations de service des enseignants en
ajouter au volume d’heures d’enseignement des heures de concertation et de tutorat.
Par ailleurs, le passage du calcul hebdomadaire des heures d’enseignement des enseignants à
une annualisation du temps de travail permettrait de rendre plus flexible la gestion des ressources humaines…
L’Institut Montaigne recommande au Gouvernement de mettre en
œuvre sans délai les propositions du "rapport Attali" sur l'école primaire. (relire notre
article du 5 mai 2010 intitulé « L’Institut Montaigne
favorable aux EPEP et à un vrai statut de directeur »)
Pourtant, rien de comparable cette fois avec la médiatisation de la remise officielle du premier rapport en
2008. Un seul rendez-vous avec le président de la République. Un bref communiqué. Pas de conférence de presse. On sait que Jacques Attali n’est plus en odeur de sainteté à l’Elysée. Pour l'un des
membres de la commission Attali, interrogé dans les Echos, « cela ressemble à un enterrement de première classe du rapport ».
Côté UMP également, l’école et son directeur sont au centre des
préoccupations du « Rendez-vous pour la
France », premier signe du lancement de la campagne présidentielle.
Fidèle à ses habitudes de bateleur, Gérard Longuet
affirme tout de go que « ce qui manque à l'Ecole ce ne sont pas des moyens mais des
chefs ». « On a besoin de vrais établissements au primaire, avec de vrais directeurs
et des élus locaux impliqués », insiste-t-il. L’école doit avoir un patron et un vrai... « Pour qu'il y ait établissement, il faut comprendre qu'il n'y aura d'autonomie que si le chef rentre dans les classes et évalue les enseignants. Ce travail doit
déboucher sur la cohésion ou la séparation ». Rien de moins !
Même son de cloche chez Jean-François Copé :
« Il faut faire du chef d'établissement le pivot de l'organisation. Il doit être le patron et gérer les
enseignants. Il faut qu'il puisse constituer son équipe".
Le SE-Unsa a immédiatement réagi : « …pour l’UMP, l’autonomie, ce n’est pas celle de la communauté
éducative, c’est celle du chef : autonomie dans le recrutement des professeurs, autonomie budgétaire, y compris sur la répartition des moyens horaires, et autonomie pédagogique. Pour le
SE-UNSA, cette conception « managériale » de l’autonomie est aux antipodes des démarches collaboratives plus que jamais indispensables. Qui plus est, cette autonomie ne s’accompagne
d’aucun moyen pour mettre en œuvre des pédagogies de la réussite… ».
Faut-il prendre au sérieux tous ces propos de campagne ? On connaît les déclarations tapageuses du
sénateur Gérard Longuet. On ne peut, non plus, oublier que la période est à la mobilisation des militants égarés. Les poubelles de l’histoire sont pleines de paroles et de promesses démagogiques
oubliées dès le soir du scrutin…
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