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Vendredi 9 novembre 2007 5 09 /11 /Nov /2007 22:21

Un article paru dans le "Café Pédagogique" pose une question qui intéresse au premier chef l’ensemble des directeurs d’école : « l’école a-t-elle besoin de chefs d’établissement managers ? ». L’auteur développe une argumentation qui semble, de prime abord, plutôt équilibrée. Cependant, au fil de l’article, transpire une idéologie cachée qui se dévoile rapidement : l’auteur est un militant. Il prône, on l’aura compris, le travail en équipe, ce qui est tout à fait louable et honorable. Mais sous l’expression « travail en équipe », on perçoit nettement « collégialité » et rejet du « p’tit chef »… Nous reproduisons, ci-après, l'article dans son intégralité.
 

"Alors que le ministre prépare une double réforme du primaire et du secondaire qui pourrait changer l'organisation des écoles, des collèges et des lycées, de nombreux regards se tournent vers le rôle du chef d'établissement. L'Ecole a-t-elle besoin de chefs d'établissements managers ? Ce modèle est-il le plus efficace ?

Il est vrai que l'Ecole souffre réellement de corps intermédiaires. Elle en manque probablement pour améliorer sa gestion. Surtout, les enseignants sont seuls. Nulle part  ailleurs, on ne laisserait ainsi des salariés aussi isolés dans leur tâche, sans aucun soutien. Les enseignants doivent trouver seuls les réponses à toutes leurs difficultés. Et on sait que cette situation a un coût humain important.

Depuis plusieurs années, les rapports se sont accumulés qui appellent à faire des directeurs et chefs d'établissements de véritables managers. Ainsi, le rapport du HCE analyse la crise de l'école élémentaire comme celle des directions. " Le titulaire de la fonction n’a pas l’autorité nécessaire pour assurer pleinement la direction de son école... le débat sur la fonction de directeur d’école primaire, dotée de compétences explicites, ne devrait plus être éludé".

Il y a deux ans, le rapport des inspecteurs généraux J.F. Cuisinier et T. Berthé, allait dans le même sens. "Demain plus encore qu'aujourd'hui, un responsable d'EPLE devra être capable d'impulser les choix pédagogiques de l'établissement, d'assurer une gestion financière affinée, pour se dégager des marges de manoeuvre dans le cadre de la LOLF, de négocier des conventions locales équilibrées, voire avantageuses avec la collectivité territoriale de rattachement, d'animer des équipes dépendant de plusieurs employeurs". Pour eux les inégalités de résultats entre établissements relèveraient d'abord de pilotages de qualité différente. Et la tentation du manager ne peut aller que croissant dans un système qui souhaite se doter de nouveaux documents d'évaluation.

Pourtant l'efficacité du chef d'établissement manager reste à démontrer. Les recherches de F. Dubet, O. Cousin ou encore A. Grisay et A. Sacré, dans les années 1980, n'ont pas réussi à mettre en évidence un effet chef d'établissement. Aujourd'hui on sent bien dans les propos du HCE, ou ceux de l'Inspection, que le modèle sous-jacent est celui du chef d'établissement privé. Le succès de ces établissements est souvent associé au fait qu'ils disposent de chefs d'établissement qui ont des pouvoirs bien plus larges que leurs homologues publics. Or ce que montre la thèse récente de M. Hassani, c'est qu'ils se distinguent de leurs collègues par un niveau d'intervention dans la vie de l'établissement beaucoup plus bas. Pour M. Hassani, bien loin d'être les patrons omniprésents que l'on imagine parfois, ils appartiennent  majoritairement au modèle "individuel laissez-faire" c'est à dire qu'ils interviennent pédagogiquement très peu dans leur établissement.
D'autres critères ont été mis en évidence pour améliorer l'efficacité des établissements. Déjà Dubet et Cousin  insistaient sur l'importance de la mobilisation des enseignants. Bien plus que le chef d'établissement, c'est l'existence ou pas d'une équipe pédagogique soudée et communicante qui peut créer un "effet établissement" c'est-à-dire améliorer les résultats des élèves. Or on peut difficilement  concilier les deux images de la communauté travaillant en équipe et celle du manager. Rien ne justifie donc l'intérêt pour la mise en place de véritables managers. Rien ne devrait aller contre un renforcement de tout ce qui peut, sur le plan organisationnel, favoriser le travail et la gestion en équipe des établissements. Rien si ce n'est l'esprit du moment et les représentations sociales traditionnelles du pouvoir actuel.  Peut-on construire durablement l'Ecole là-dessus ?"

 

 

Il va de soi que nous ne partageons pas la conclusion de cet article. Ses arguments ne sont pas équilibrés car l'auteur oppose à des constats récents, nombreux et corroborés (rapports Desco, Mgen, Inspection Générale, HCE...) des arguments provenant d'études conduites dans les années 80. Certes, une étude n'est pas mauvaise en soi pour la raison qu'elle est ancienne. Néanmoins, notre métier a connu une telle évolution en 20 ans que les conclusions des recherches menées à l'époque ne sont plus adaptées à la situation qui est la nôtre au XXIème siècle.

Toutes les études le montrent : l'école a besoin de managers. Rappelons, s'il le faut, la définition de ce mot. Au point de vue étymologique, le verbe manage vient de l'italien maneggiare (contrôler) influencé par le mot français manège (faire tourner un cheval dans un manège). Conduire, diriger, enseigner, motiver sont devenus des maîtres mots pour un individu qui gère ou qui aspire à gérer une entreprise ou une organisation.

"Prévoir, organiser, commander, coordonner et contrôler...", ne retrouve-t-on pas ces mots dans les principes de gestion exigés d'un chef d'établissement, qu'il soit reconnu comme tel (principal ou proviseur) ou assimilé à un "enseignant comme les autres" (directeur d'école) ? 

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