Samedi 19 mai 2007
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Qui est Xavier Darcos ? Quelles sont ses idées ? Quel est son programme ?
Nous poursuivons la découverte du nouveau ministre de l'Education en revisitant son blog créé en 2005 et alimenté jusqu'au 20 mai 2007.
Une pensée sur l'Ecole : extraits du blog de X. Darcos
Sur la Mission de l'Ecole : "souviens-toi de te méfier". A méditer...
A lire avec attention, et éventuellement entre les lignes : devant quel spectacle médiatique M. Darcos nous demande-t-il d'apprendre la vigilance aux élèves ?
"Regardons ce qui se passe dans nos écoles, tout simplement : parce qu’il est soumis au despotisme de l’actuel, où la culture, au sens classique, a peu de poids, l’enseignement tend à moraliser plus qu’à instruire. Obsédé par l’éveil des consciences, il évolue dans l’incertitude de sa mission, doute de la vérité de ce qu’il doit inculquer, se sent invité à repousser toute hiérarchie des savoirs. C’est alors la société du spectacle qui infuse ici ses manies et son vocabulaire, ses coups de cœur et son aphasique grandiloquence. Pourtant l’école a un devoir exactement inverse : celui de résister à la puissance de l’opinion, de délivrer les jeunes des subordinations culturelles du moment, des idéologies girouettes ou des médiatisations dominantes. Ennemie du préjugé, de la mode, de l’inconstance événementielle, des versatiles sondages liés aux audiences ou à la popularité, l’école, loin d’épouser toutes les causes emphatiques et tous les prêchi-prêcha du moment, devrait faire sienne la devise de Mérimée : "souviens-toi de te méfier". Car c’est moins la liberté d’opinion qui est ici menacée que l’aptitude à penser. Pour former des esprits libres et aptes à la critique, il convient auparavant de les mettre à distance de ce qu’ils perçoivent et reçoivent, de les protéger des purs impératifs d’un jour, de l’arbitraire et du relatif. Ils apprendront ainsi à gérer leur futur statut de personne juridiquement libre, civiquement responsable, moralement structurée. Ils sauront qu’une vraie tolérance suppose d’abord une difficile adaptation à l’inconnu, à l’incompris, à l’autre, et non une adhésion dogmatique à l’amour universel. Face au culte de la sensation et de l’émotion, l’enseignement est un contre-pouvoir. Certes, il rappelle l’interdépendance des êtres, dans le présent comme dans la chaîne des temps, mais il récuse le préjugé."
Sur l'Ecole et la Culture
"Dans le domaine des politiques culturelles, la vraie priorité, ce sera toujours l’enseignement artistique. Car c’est avec les jeunes que tout se joue. Si on ne leur donne pas le goût de la lecture, si on ne les rend pas curieux de ce qui est beau, si on ne les met pas en contact avec les grandes œuvres de la sensibilité et de l’esprit humain, si on ne leur transmet pas une culture commune, on les privera d’un trésor inestimable. (...)
Dans cette action culturelle, l’école a beaucoup à donner aux territoires. Qu’elle soit un lieu ouvert, un lieu de ressource à l’usage de toute la population, à l’image de ce qu’est aujourd’hui une bibliothèque, un centre culturel, ou un équipement associatif. Il est dans la mission de l’école républicaine d’être une maison du citoyen, pour que n’importe lequel des citoyens puisse utiliser le CDI, les équipements, et mieux encore partager avec la communauté éducative le goût pour le savoir, l’innovation et la culture.(...) Il faut travailler à cette nouvelle donne. Les projets d’établissements, les contrats éducatifs locaux, ne sont en rien contradictoires dans leur principe avec une plus large place faite aux exigences éducatives territoriales.
Ce que nous voulons donc, c’est la culture à l’école et une école plus proche, plus ouverte à la population. Nous voulons lui donner toute sa dimension de chose publique, de maison républicaine, de maison de la « culture » dans toute la pluralité du mot. Voilà un beau projet pour le quinquennat !
Sur les missions de l'Ecole et les "pédagogistes" prédicateurs...
"L’enquête devient sans fin ni direction, ce qui fait les choux-gras des inféconds chercheurs en sciences de l’éducation. On doit ensuite se demander pourquoi l’appropriation du savoir, dès l’école, devrait privilégier la concurrence individuelle et la compétition, au détriment des formes de travail en équipes et de coopération entre les élèves ; pourquoi même le professeur devrait détenir un niveau universitaire élevé, qu’il n’a guère l’occasion de mobiliser au quotidien ; pourquoi enfin ne pas se contenter d’une formation professionnelle, initiale et continue ; ou même la réduire à des stages répétés dans les établissements « sensibles » ou dans les zones dites « prioritaires » (cruels euphémismes), pour qu’ils s’accoutument à la doctrine minimale et à l’école des pauvres. Autant dire qu’il faut tout lâcher, pour aboutir à l’inverse de ce que nous croyons être la mission de l’école.
C’est au carrefour de ces inusables casse-tête que se place le discours sur la pédagogie, synthèse d’une capacité disciplinaire et d’un art de faire partager le savoir. Mais ne nous leurrons pas : le primat de la nécessaire transmission des connaissances n’est discuté que par les seconds couteaux ou par les commentateurs professionnels des officines exclusivement « pédagogistes ». La seule question qui vaille, une fois qu’on a ergoté et tournicoté autour de faux problèmes, est celle-ci : pourquoi l’armada éducative produit-elle tant d’ignorants, d’illettrés, et de jeunes dégoûtés du savoir ou infantilisés ? À quoi sert l’assemblée foisonnante et bavarde des experts, des évaluateurs, des réformateurs, des prêcheurs ou des inquisiteurs ? Car l’élève ne semble pas être mieux traité que naguère, malgré l’armée des prédicateurs : il meurt en bonne santé".
L'enseignant, la classe
"Chacun des 1 100 000 agents de l’éducation nationale a son rôle. Mais le succès de l’ensemble repose sur le professeur dans sa classe. C’est lui seul qui constitue le point fort de notre système éducatif, la cellule de base d’où tout procède. Changez les théoriciens de la pédagogie, les sociologues de tout acabit, les commentateurs avisés, les illisibles docimologues, les professionnels du cours théorique, les énarques de l’administration centrale, les pondeurs de circulaires, les harceleurs textuels, les ministres de passage : vous ne toucherez pas l’essentiel. Installez un mauvais professeur dans une classe : tout s’écroule. D’ailleurs les utilisateurs de l’école ne s’y trompent pas : la qualité des maîtres est généralement reconnue. Mais, dans un monde où les résultats mesurables et comptables dominent de plus en plus la représentation sociale, cette image favorable n’est pas acquise une fois pour toute. Il suffit de se rappeler la facilité avec laquelle Claude Allègre avait construit sa notoriété sur la dénonciation du « professeur fainéant et/ou absent ». Ségolène Royal véhicule encore le même insultant préjugé, en invitant les enseignants à « faire leurs 35 heures »."
Professeurs : respect et respiration...
"La question centrale qui se pose est celle-ci : comment replacer, mieux qu’aujourd’hui, la relation enseignant/enseigné dans une dynamique de confiance et de succès, donc comment revaloriser matériellement et moralement la fonction enseignante ? Les professeurs ont besoin de respect et de respiration. Pour des raisons démographiques, la moitié des professeurs devra être remplacée dans les dix années qui viennent. L’attente de ces nouvelles générations fait que l’Etat doit être en mesure de leur proposer plus d’ouverture dans leurs perspectives professionnelles. Il est souhaitable de leur offrir par contrat la possibilité de passer une année complète en dehors de leur établissement, de voyager, d’échanger. Une formation universitaire en France ou à l’étranger, un travail dans une collectivité locale, une entreprise, une association, une organisation internationale etc. peuvent constituer dans une carrière un élément important de consolidation ou de nouvelle orientation."
Salaires
"La politique quantitative a atteint ses limites : ni l’économie ni la démographie de notre pays ne demandent d’augmenter le nombre de professeurs. Le recrutement nécessaire au remplacement des départs massifs en retraite sera d’ailleurs difficile. Mais il ne faut plus éluder la question des salaires : est-il normal qu’un professeur certifié, qui a passé un concours de bon niveau scientifique avec une chance sur 10 ou 20 d’y être admis, commence avec un salaire qui équivaut à 1,3 Smic ? Je ne le crois pas."
Carte scolaire
« Nous savons tous que le système de la carte scolaire ne fonctionne plus. Conçue comme un outil de mixité sociale lors de sa création, elle produit aujourd’hui les conditions de la ségrégation sociale.
Il n’y a de sectorisation que pour ceux qui ne savent pas comment on peut la contourner. Les stratégies d’évitement se raffinent d’année en année. L’achat immobilier, le choix des options, ou l’inscription dans un établissement privé par exemple sont des moyens qui ne peuvent être déployés que par les familles aisées ou diplômées.
(...) Il faut remplacer la carte scolaire par une multitude de solutions adaptées aux besoins locaux. Car le problème de l’évitement ne se pose pas de la même façon dans une petite ville ou à Paris. A Périgueux, ville où je suis maire, la carte scolaire n’est pas un problème. Je pourrais même m’en passer car les demandes s’autorégulent. Ce n’est pas le cas dans les grandes villes.
Aujourd’hui, la carte scolaire n’offre pas de seconde chance aux parents, soit ils doivent la contourner, soit si ça ne marche pas ils partent vers des établissements privés. Il faut casser de façon radicale cette illusion de règle générale. »
dimanche 20 mai 2007
Carte scolaire: Xavier Darcos espère un nouveau système dès la rentrée 2008
PARIS (AP) - Le ministre de l'Education nationale Xavier Darcos a affirmé dimanche qu'il espérait "peut-être dès la rentrée 2008" avoir un nouveau système concernant la carte scolaire, sujet largement évoqué pendant la campagne électorale.
"Il faudrait que nous puissions assouplir dès la rentrée prochaine (...) de l'ordre de 10 ou 20% des affectations qui sont concernés par cette carte pour montrer notre bonne volonté", a-t-il expliqué sur France Info, en notant qu'à moyen terme, il faudrait "supprimer" la carte scolaire.
Pour le ministre, "la carte scolaire, ce n'est pas en soi, dans son principe, une mauvaise décision, sauf que ça ne marche plus. Ne subissent la carte scolaire que ceux qui n'ont pas les moyens d'y échapper, ceux qui n'ont pas des parents qui connaissent les systèmes ou qui ont beaucoup d'argent. Donc c'est un système très injuste".
"Ce seront les établissements scolaires qui veilleront à la diversification sociale et géographique de leurs effectifs par des dispositifs nouveaux qui seront beaucoup plus justes", a-t-il ajouté.
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