Jeudi 17 mai 2007
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La feuille de route du futur ministre de l'éducation nationale obligera celui-ci à conjuguer rapidement des objectifs ambitieux avec une logique de limitation des dépenses. Des précisions ont été apportées depuis le 6 mai par l'entourage de Nicolas Sarkozy.
Ainsi, le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant en retraite "n'est pas notre objectif prioritaire" dans l'enseignement, confie Emmanuelle Mignon (*), proche conseillère du président. L'évolution des postes devrait donc dépendre de la démographie scolaire. Comme promis, le décret du 12 février de Gilles de Robien, réformant les décharges horaires dans le secondaire, sera "suspendu", au profit d'une grande concertation, "avant les vacances", sur la revalorisation de la condition des enseignants.
Toutefois, l'équipe présidentielle envisage de regagner "des effectifs cachés", correspondant aux "enseignants qui ne sont pas devant les élèves". Selon Mme Mignon, cela représenterait "l'équivalent d'une académie". Un rapport rendu mi-mars à M. Sarkozy par Xavier Darcos - cité comme possible ministre - estimait que "20 000 équivalents temps plein de décharges et de mises à disposition sont récupérables". Mais en application du principe "travailler plus pour gagner plus", les enseignants seraient rémunérés pour leur participation aux études dirigées qui doivent être généralisées dès la rentrée, ainsi qu'à différentes tâches pédagogiques.
Mme Mignon évoque une prime "selon les résultats des élèves, mais qui peut très bien être attribuée collectivement", ainsi qu'une "vraie surprime" pour les enseignants de l'éducation prioritaire, qu'il s'agit désormais de "refonder". La réduction de 50 % des effectifs d'élèves des établissements les plus difficiles ne concernerait qu'"une cinquantaine d'établissements la première année".
La suppression progressive de la carte scolaire, allant de pair avec l'autonomie des établissements, serait d'abord expérimentée dans une dizaine de départements, qui bénéficieraient d'incitations financières. L'objectif de mixité sociale deviendrait une obligation dans les établissements concernés.
Enfin, l'abandon du collège unique, traditionnelle attente de la droite enseignante, ne semble pas à l'ordre du jour : M. Sarkozy entend abroger l'apprentissage à 14 ans, et, selon Mme Mignon, il n'est "pas question de sortir du principe selon lequel tous les enfants jusqu'à 16 ans ont une formation générale". Mais l'individualisation des parcours est souhaitée, ainsi que la découverte précoce des métiers.
Luc Cédelle (Le Monde du 18/05/07)
(*) Emmanuelle Mignon Diplômée de l'ESSEC et de l'Institut d'études politiques de Paris, elle sort major de l'ENA en 1995, et devient maître des requêtes au Conseil d'Etat.
En 2002, elle est nommé conseillère au cabinet du ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, et parallèlement devient en novembre 2004 directrice des études de l'UMP : elle est notamment chargée des discours et de l'élaboration du projet de l'UMP en vue des élections présidentielle et législatives de 2007.
Xavier Darcos est un ministre expérimenté : il avait déjà été ministre délégué au coté de Luc Ferry où il avait montré une bonne connaissance des dossiers. Il avait dû inaugurer la politique de réduction de postes lancée par J.P. Raffarin. Il en reste une certaine impopularité chez les enseignants : selon un sondage Ifop de février 2007, son action rue de Grenelle avait été notée 7,3 / 20 par les enseignants, soit à peine plus que Gilles de Robien (7) et… François Fillon (6,9). Il a également co-rédigé avec Philippe Meirieu un ouvrage (Deux voix pour une école, Desclée de Brouwer) où les deux hommes opposent leurs conceptions sur l'Ecole. Il y défend des positions conservatrices avec une certaine modération.
Xavier Darcos est l'auteur d'un rapport remis en mars dernier à Nicolas Sarkozy (lire larges extraits dans notre article). Ci-dessous, extrait de ce qu'il déclarait au sujet des réseaux d'écoles rurales :
Voici ce qu'il déclarait lorsqu'il était ministre délégué à l'enseignement scolaire :
Le ministre de l'Enseignement scolaire plaide pour la constitution de réseaux d'écoles primaires dans les zones rurales
M. Xavier Darcos, ministre délégué à l'enseignement scolaire, a présenté, au conseil des ministres du mercredi 5 novembre 2003, une communication sur les réseaux d'écoles primaires.
Le ministre a expliqué que les petites écoles, situées le plus souvent en zone rurale, rencontraient des difficultés pour répondre aux exigences en matière de scolarité, qu'il s'agisse de l'organisation pédagogique, de l'équipement matériel ou de la gestion administrative.
Face à cette situation, le Comité interministériel à l'aménagement et au développement du territoire, dans sa réunion du 13 décembre 2002, a confié au ministre de la jeunesse, de l'éducation nationale et de la recherche la conduite d'une réflexion pour « revitaliser l'école rurale ». L'objectif est de garantir aux enfants, sur tout le territoire, les mêmes chances d'accès au savoir et à la formation.
Le travail ministériel, engagé depuis le début de l'année 2003, s'est appuyé sur la concertation la plus large possible avec les élus, les syndicats d'enseignants et de cadres de l'Education nationale, les fédérations de parents d'élèves et les associations qui s'intéressent aux politiques d'éducation dans le cadre communal.
L'approche retenue à l'issue de cette phase de concertation consiste à promouvoir la constitution de réseaux d'écoles :
- en demandant à chaque inspecteur d'académie d'établir, après une concertation, un schéma territorial des écoles qui sera un instrument de prospective pour l'élaboration annuelle de la carte scolaire ;
- en établissant un cadre réglementaire pour la constitution et le fonctionnement des réseaux d'écoles ;
- et en dotant chaque réseau d'un coordonnateur qui assurera son animation en vue de l'organisation d'actions pédagogiques et éducatives communes.
Les initiatives des élus qui choisissent d'exercer la compétence scolaire au niveau intercommunal seront accompagnées, a assuré le ministre. Le projet de loi relatif aux responsabilités locales, en cours de discussion au Sénat, contient déjà plusieurs dispositions de nature à faciliter le traitement des questions scolaires dans un cadre intercommunal.
Les textes d'application devraient être publiés d'ici le printemps 2004, pour permettre leur mise en oeuvre à compter de la prochaine rentrée. L'objectif retenu est d'avoir constitué 600 réseaux d'écoles à l'horizon 2006-2007, y compris les 246 réseaux existants, qui bénéficieraient des nouvelles dispositions réglementaires.
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