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Mercredi 25 avril 2007 3 25 /04 /Avr /2007 17:40

Dire que le syndicalisme est en crise est devenu une banalité, tellement la chose est évidente. Depuis 1945, il n'y a jamais eu aussi peu de syndiqués en France.

Et si d'autres pays, comme l'Allemagne, le Portugal ou le Royaume-Uni, ont vu leur taux s'éroder, aucun n'a connu, comme la France, une diminution régulière et quasi inexorable de la participation syndicale. Doit-on du reste parler de crise quand le phénomène prend une telle allure ? La France occupe la dernière place en Europe et se trouve même derrière le Japon.

Mais pourquoi des entreprises changent leur management et pas les syndicats ? Pourquoi des dimensions locales et régionales seraient prises en compte dans les politiques publiques et pas dans les politiques syndicales ? Pourquoi entreprises et administrations tiendraient compte de l?évolution de leur environnement, des mentalités et pas les syndicats ?

  

Le débat sur la résistance des appareils est quelque peu éculé, mais il est difficile d'y échapper : les syndicats, notamment les syndicats dits représentatifs, éprouveraient des difficultés particulières à innover.

 

« Peut-on se passer de syndicats ? » titrait le Monde Initiatives

en mai 2004. Même s'ils traversent une crise depuis une trentaine d'années en France, les syndicats disposent toujours d'une capacité de mobilisation. Bien évidemment qu'il nous faut des syndicats et même des syndicats forts car la faiblesse syndicale profite à l'Etat et au patronat. Les directeurs d'école l'ont constaté à leurs dépens tout au long de cette année scolaire 2006-2007.

 

Notre pays souffre également d'un défaut bien français : la multiplicité d'organisations syndicales issues de divisions. Certes, chacun pourra y trouver son bonheur en se reconnaissant des points communs avec tel ou tel courant de pensée. 

  

Cependant, La division syndicale est lourde d'effets négatifs. Dominique Labbé, maître de conférence spécialisé sur le syndicalisme français a décrit dans un ouvrage récent la crise que traversent les syndicats français. "Jusqu'à la fin des années 1970, les militants tissaient un réseau informel et créaient sur le lieu de travail une ambiance propice à la syndicalisation.

Aucune nouvelle génération militante n'est venue relayer ces syndicalistes lorsqu'ils ont abandonné leur action. Il reste quelques professionnels du syndicalisme mais, du fait de l'institutionnalisation de leurs fonctions, ils ont déserté les bureaux et les usines. Leurs divisions et leurs engagements partisans les discréditent aux yeux de nombreux salariés. Faute d'une base militante, le "syndicalisme d'électeurs" semble à son tour condamné".

 

Hélas, trois fois hélas, le syndicalisme enseignant suit la même pente de désyndicalisation massive que les grandes centrales ouvrières. Et les événements récents telle la signature du protocole par un seul syndicat ou les retenues sur salaire pour "absence de service fait" mal défendues par des syndicats qui se sont montrés incapables de faire plier le gouvernement après avoir appelé à poursuivre le "blocage administratif"... ne sont pas faits pour améliorer la compréhension et recouvrer la confiance perdue.

 

La crise ouverte entre les directeurs d'école et les organisations syndicales majoritaires risque d'être préjudiciable aux deux principaux syndicats du premier degré. Jusqu'à la fin des années 70, tout nouvel enseignant était "invité" à adhérer à la MGEN, à la MAIF, à la CAMIF et "au syndicat majoritaire". L'école normale se chargeait de "guider" le jeune instituteur dans le "droit chemin". Les directeurs d'école, tous syndiqués, prodiguaient les mêmes bons conseils...

Comme le souligne Dominique Labbé, "l'ambiance propice à la syndicalisation" s'est rapidement diluée à partir des années 80. Et le fossé qui s'est creusé entre les directeurs et les syndicats risque d'aggraver la situation et de l'amplifier plus rapidement encore.

 

En effet, les directeurs, dans leur immense majorité, se sentent ignorés, voire dénigrés par les syndicats majoritaires. Leur fonction n'est pas reconnue par un statut comme le réclament 93 % d'entre eux. Et ceux-là savent que le principal frein à toute véritable reconnaissance statutaire de leur métier est d'abord la conséquence du refus des syndicats de les entendre, de les écouter et de les défendre.

Peut-on, dans ces conditions, compter sur les directeurs pour servir de relais et faire la promotion des organisations qui refusent de prendre en compte leurs revendications ?

Il est temps de repenser le syndicalisme pour l'empêcher de sombrer définitivement. Il est urgent de le rénover car nous avons besoin de syndicats proches de nos aspirations, de syndicats authentiques et forts.

 

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