Monsieur le Ministre,
La Fédération Nationale pour l’École Rurale (F.N.E.R.) regroupe des enseignants, des parents et des élus. Nous avons été informés de la préparation d’un projet de décret relatif à la création d’établissements publics d’enseignement primaire (E.P.E.P.). N’ayant pas été consultés, nous souhaitons vous transmettre notre réaction à ce projet.
Depuis sa création, il y a une quinzaine d’années, la F.N.E.R a pour objectif et pour habitude de traiter des questions de l’école en milieu rural de façon globale avec tous les partenaires concernés. En particulier, elle cherche à mettre en valeur toutes les formes d'organisation scolaire et pédagogique que les acteurs ruraux (enseignants, élus, parents) ont su mettre en œuvre pour adapter l'École Publique aux réalités multiples des espaces ruraux : par exemple, certains types de collaboration, de mutualisation, de coopération entre écoles, entre municipalités, ce qui renforce le tissu scolaire et social.
Or, plutôt que de soutenir et d'encourager ces fonctionnements, l'État propose depuis plusieurs années une succession de projets qui visent à regrouper les écoles rurales de façon de plus en plus technocratique et gestionnaire... Les EPEP sont un modèle du genre, où l'on risque de voir une expérimentation mise en place contre l'avis quasi unanime du C.S.E !...
Néanmoins, nous avons voulu honnêtement y trouver des aspects positifs, comme lors de nos analyses concernant les projets précédents (réseaux "Darcos" par exemple), mais en vain ! Ce que nous voyons, sans même rentrer dans tous les détails, c'est plutôt...
- Une structure lourde (des dizaines de classes) : alors que le milieu rural est habitué à gérer de petites structures, et sait le faire, une structure lourde entraînerait presque inévitablement le désinvestissement et la déresponsabilisation des acteurs de base. L’école rurale aurait plutôt besoin de plus de souplesse et d’autonomie dans son fonctionnement.
- Une structure non démocratique : un directeur désigné par l'Inspecteur d'Académie (quels critères, quelles garanties ?) ; certaines écoles qui, selon les quotas prévus, ne pourraient même pas être représentées au CA (organe décisionnel), ce qui mettrait en danger l’existence des plus petites écoles.
- Un déni pédagogique : le CA, à majorité d'élus municipaux, serait alors maître d'œuvre du projet d'EPEP, dont devrait dépendre l'ensemble des projets d'écoles; projets d’écoles dévalorisés, ne permettant plus à chaque école de mieux prendre en compte dans ses objectifs le milieu et le public local. De plus, le temps perdu à "faire marcher le système" serait du temps en moins pour la pédagogie.
- Un faux tripartisme : la majorité aux élus, la minorité aux autres (parents et enseignants, qui se sentiront là aussi, moins motivés), faisant craindre une mise sous tutelle politique et financière du service public d’éducation, et donnant un pouvoir à des élus qui pour la plupart n'en veulent pas. Les parents, usagers de l’école publique, souvent très présents dans la vie de l’école en milieu rural, seront sous-représentés au Conseil d’Administration, créant un déséquilibre des relations.
- Une structure ingérable : le directeur d'EPEP se retrouverait de fait le factotum du système, et ce sans secrétaire ni comptable !... Sans compter le risque de désaccords municipaux dont les écoles risqueraient de faire les frais.
- Un alourdissement des tâches des directeurs d'école, qui verraient s'ajouter un travail d'interface entre leur école et l'EPEP.
- Un gros risque de fusion d'écoles, même si ce n'est pas écrit dans le projet, par exemple sous le prétexte qu'elles soient toutes représentées, ou que le CA y voit un moyen d'équilibrer son budget...
Ces EPEP - qui par ailleurs font l'unanimité contre eux - seraient donc à notre avis une réelle régression pour l’école publique en milieu rural. Aussi nous vous demandons, Monsieur le Ministre, que les décrets d'application autorisant leur expérimentation, ne paraissent pas.
Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de nos sentiments respectueux.
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