Mardi 5 décembre 2006
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Monsieur,
Vendredi 1er décembre, à Angers, vous avez placé le démarrage de votre campagne sous le signe de l'éducation. Dans votre premier discours, vous avez déclaré : "La rupture que je vous propose, c'est la rupture avec les archaïsmes et avec les conservatismes". Vous avez ajouté : "Je vous propose de libérer la parole de ceux qui souffrent, à commencer par celle des enseignants et des chefs d'établissements".
Vous ne pouvez pas ignorer le mal être des directeurs d'école. En grève administrative depuis 7 ans, nous souffrons du manque de reconnaissance de nos gouvernants et de nos syndicats. Faute d'être statutairement reconnus, nous restons des enseignants chargés de direction, dépourvus de véritables moyens pour assurer notre charge sans cesse plus lourde. Nos responsabilités ne cessent de s'accroître. La société se montre de plus en plus exigeante. Le travail administratif devient chaque année plus lourd.
Vous n'ignorez pas que, bon, mal an, entre 4 000 et 5 000 écoles ne sont pas pourvues d'un directeur. Certes, l'Administration réussit à "persuader" des enseignants à occuper la fonction délaissée. Quitte à y placer, de plus en plus souvent, de jeunes professeurs des écoles sortant de l'IUFM. Ces derniers doivent alors diriger une école tout en apprenant leur métier d'enseignant. Dans tous les cas, ces "directeurs malgré eux", bien que consciencieux, travailleurs et talentueux, ne donneront pas le meilleur d'eux-mêmes. Il leur manquera formation, expérience et motivation.
En mai 2006, Monsieur Gilles de Robien a signé un protocole d'accord avec un seul syndicat. De fait, il considère que la grève administrative entamée en 1999 doit cesser. Il envisage des retenues sur salaire pour "absence de service fait". Or, ce protocole nous semble totalement insuffisant et même méprisant (51 centimes d'augmentation par jour de notre indemnité de direction).
Depuis 30 ans, tous les ministres ont loué le travail des directeurs. Aucun n'a pris à sa véritable mesure l'ampleur du problème. Tous se sont alignés sur les positions de nos principaux syndicats qui refusent un statut à la profession.
A la demande du Groupement de Défense et des Intérêts des Directeurs d'école (GDID), l'Ifop a consulté l'ensemble des directeurs d'école en octobre dernier. Dans sa synthèse, l'Ifop souligne "le taux de retour exceptionnellement élevé de cette consultation : plus de 10000 réponses"
(http://www.ifop.com/europe/sondages/opinionf/consultationdirecteursecoles.asp).
Les principaux enseignements de cette consultation contredisent, sur des points essentiels, les positions et déclarations du ministre et des syndicats enseignants :
- 93 % des répondants favorables à un statut de directeur
- 76 % favorables à un statut d'établissement
- 95 % souhaitent une définition plus claire des tâches du directeur
- 80 % estiment que les Emplois Vie Scolaire ne pourront pas vraiment soulager leur charge de travail
Conscient que le problème n'est pas réglé, Monsieur Gilles de Robien a invité les partenaires sociaux à de nouvelles tables rondes. Parmi les thèmes proposés par le ministre : le statut du directeur. Hélas, nos représentants le refusent contre l'avis quasi unanime de la profession (93 %). Or, nous pensons que notre reconnaissance passe d'abord par la création d'un statut spécifique.
Les 29 et 30 novembre dernier, les groupes de travail se sont réunis. Pour toute réponse à notre malaise, le ministère propose de redéfinir et préciser les missions des directeurs (décret de 1989) et de travailler sur la notion de "statut d'emploi de directeur d'école". Il prend soin d'ajouter que "nous ne sommes pas dans une logique de dépenses nouvelles..."
Nous pensons que cette mesure n'apportera rien aux directeurs dans la gestion quotidienne de leur école si elle ne s'accompagne pas de moyens supplémentaires notamment en aide administrative et décharges. Une revalorisation financière est également indispensable pour offrir un meilleur attrait vers cette profession. Nous savons également que, faute de création d'un corps de directeurs, nous resterons minoritaires dans le corps des enseignants sans possibilité de représentation syndicale spécifique. Or, par idéologie, les principaux syndicats enseignants du premier degré sont farouchement opposés à un statut de directeur.
Nous vous saurions gré de bien vouloir nous donner votre avis sur cette question épineuse et nous informer de ce que vous envisageriez de faire pour répondre aux attentes des directrices et directeurs d'école de ce pays.
Vous remerciant de votre réponse,
Nous vous prions de croire, Monsieur, en l'assurance de notre profond respect.
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