Notre collègue Froment, expert en économie, nous adresse un nouveau texte que nous
reproduisons dans son intégralité. L’analyse qu’il fait de la situation économique du pays nous aide à comprendre combien il nous sera difficile de prétendre à un statut avant de longues
années…
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En juin 2008, alors que la crise n’avait pas encore pointé le bout de son nez, j’avais envoyé un texte aux
administrateurs de ce site. Texte publié sous le titre « La mauvaise santé économique du pays plombe la création
d’un statut de directeur d’école ».
Il y a un an, la création d’un statut m’apparaissait déjà compromise parce que la philosophie de la réforme
était passée sous la coupe de la RGPP.
Pour des raisons de commodité, je me contente de reprendre ce que j’écrivais alors, et qui reste
valable :
« Parmi les 59 % de directeurs qui disposent d’un
temps de décharge, 83 % ont 1/4 de décharge, 13 % une ½ décharge et seuls 4 % ont une décharge complète.
Il est important de bien garder ces chiffres en
tête pour comprendre l’effort financier colossal que représenterait la création d’un statut.
Bien sûr, il est possible de créer un statut à
moindres frais. Un statut pourrait ne comporter que la stricte reconnaissance institutionnelle du métier de directeur. Ce serait une avancée capitale. Mais passé le moment d’euphorie
« on a gagné ! on a gagné ! », viendrait vite la déception de la coquille vide. En effet, ce qu’attendent les directeurs et toutes les enquêtes le disent, c’est la
reconnaissance mais aussi et surtout les moyens nécessaires pour mieux faire fonctionner leur école.
Du temps, du temps, du temps, réclament les
directeurs. Or, le temps ne peut être attribué qu’en accordant des décharges d’enseignement. Seulement, voilà ! Le temps de décharge passe par des créations de postes en nombre
considérable.
Rappelons-nous : la signature du protocole a
« accordé » ¼ de décharge aux 7135 directeurs de 4 classes par l’utilisation de stagiaires IUFM avec les conséquences que l’on sait et
que nous n’avons cessé de dénoncer. Mais ces stages filés représentaient l’équivalent de 1641 ETP (Emploi Temps Plein).
Pour que le statut présente réellement un intérêt
palpable par les directeurs, il conviendrait, à minima, de transformer les 3827 demi-décharges en décharges complètes et d’augmenter de façon significative le temps de décharge des 29 000
collègues qui n’en ont qu’un quart. Il ne faudrait pas oublier non plus les milliers de collègues qui ont moins de 4 classes… Bref, des milliers de postes à créer. Autant dire qu’en l’état
actuel de nos finances, c’est mission impossible avant de nombreuses années. »
Ce qui était encore possible, il y a un an, au prix d’une forte volonté politique d’améliorer le
fonctionnement de l’école primaire ne l’est plus du tout un an plus tard.
La crise financière puis économique est passée par
là. Les baisses d'impôts de 2007 et le ralentissement économique limitent les marges de manœuvre
budgétaires.
Le constat de la Cour des comptes est sans appel : en 2007, la France a creusé le déficit alors que la
conjoncture économique était plutôt favorable. En cause, la politique fiscale du gouvernement, qui réduit sans cesse les recettes sans parvenir à relancer la croissance.
Le déficit public de la France s'est creusé de près de 15 milliards d'euros en 2008. Il s’élève à 65,9 milliards d'euros, soit 3,4% du PIB (2,7% en 2007 avec 51,3 milliards).
La dette publique s'est alourdie de près de 43 milliards, pour atteindre 1.327,1 milliards, soit 68% du produit intérieur brut.
La loi de finances rectificative présentée par le gouvernement le 4 mars vise un déficit public de 5,6% du
PIB à la fin 2009 pour une dette publique qui atteindrait alors 73,9% du PIB.
Dans ses perspectives économiques, l’OCDE prévoit une récession de
3,3% en France cette année, mais avec une atténuation progressive de la crise en cours d'année, avant un nouveau repli de 0,1% de l'activité en 2010.
Dans ces conditions, le déficit public atteindrait 6,6% du PIB cette
année puis 8,3% en 2010, selon l'OCDE.
Le Pacte européen de stabilité et de croissance recommande qu'en
dehors de circonstances exceptionnelles le déficit public et la dette publique ne dépassent pas respectivement 3% du PIB et 60% du PIB respectivement.
Les finances de notre pays en sont très loin…
Cette dégradation brutale des finances des administrations publiques alarme Bruxelles. La Commission européenne a lancé une procédure pour déficit excessif à l'encontre de la France et lui a octroyé un délai de quatre ans pour assainir ses finances publiques, selon un projet de recommandation rendu public dernièrement.
"Au moment où la France sortira de cette crise il faudra bien
évidemment commencer à rembourser et on ne pourra y arriver que si on a une croissance qui repart", a déclaré le ministre du Budget, Eric Woerth,
sur LCI.
La dégradation du déficit public en 2008 s'explique principalement par une détérioration des comptes de
l'Etat, relève l'Insee.
Aussitôt le pire moment de la crise passé, certains économistes préconiseront le retour à la rigueur, tandis que d’autres miseront sur la croissance. Le gouvernement en place, quel qu’il soit, n’aura n’autre choix que d’appliquer un
budget de rigueur tout en favorisant la croissance.
Ce gouvernement ne pourra prendre la voie de créations de postes par milliers dans la fonction publique alors
qu’il devra, au contraire, en réduire les effectifs plus qu’il ne le fait actuellement.
La seule amélioration prévisible de la situation des directeurs ne peut se concevoir que si elle passe par
une réduction drastique du nombre des écoles et une mutualisation de leurs moyens dans le cadre de regroupements. Cette réforme ne pourrait aboutir
que si elle est d’une ampleur sans précédent pour qu’il en résulte une économie substantielle de postes. Cette réforme porte un nom : création
d’EPEP. (Froment - mai 2009)
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