Jeudi 9 avril 2009
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Les temps sont durs pour Xavier Darcos. Les derniers mois n’en finissent plus… Une éternité pour le ministre dans l'attente du
remaniement-soulagement…
Il faut bien reconnaître que rien n’aura été épargné à X. Darcos. D’autant que les coups les plus durs à
encaisser ne proviennent plus seulement des syndicats enseignants, des lycéens ou des étudiants. Non, le dernier croc-en-jambe est l’œuvre d’un membre du gouvernement : Nadine Morano.
Rappelons-nous : après des démêlés et des paroles malheureuses (couches en maternelle, suppression des
classes de 2 à 3 ans…), Xavier Darcos avait su renouer le dialogue avec les enseignants en concluant un accord avec l'Ageem. Il y a quelques jours cette « déclaration commune », (l’association récuse le terme « accord », « les mots ont un sens ! ») était célébrée à travers la coédition d'une brochure, réalisée par l'Ageem (avec un édito du ministre), présentant la
maternelle, distribuée à tous les parents.
L'annonce le 5 avril, par Nadine Morano, de la création à titre expérimental
de jardins d'éveil, installés dans les écoles maternelles « lorsque cela est possible », mais sans personnel enseignant et payés par
les parents, remet tout en question. Cette promesse plonge Xavier Darcos dans l’embarras…
Lucile Barberis, présidente de l'Ageem, n'en revient pas. "Je ne comprends pas l'objectif de créer 8 000 places en jardin d'éveil alors qu'il serait facile de réactiver des écoles maternelles qui sont laïques et
gratuites". Pour l'Ageem, "les objectifs annoncés posent clairement cette nouvelle structure en concurrence avec les autres structures existantes et
particulièrement avec l’Ecole Maternelle. On perçoit aisément, au-delà de la concurrence, une véritable substitution de ces jardins d’éveil à la dernière année de crèche ou à la première année de
l’école maternelle, sans aucun souci de l’égalité sociale que le ministre proclame justement par ailleurs. La création de ces nouvelles structures payantes, implantées au gré des choix locaux,
serait ainsi préférée au développement des structures existantes, gratuites et implantées dans la grande majorité des communes de France".
Et de prévenir : « Nous ne cautionnerons pas l’expérimentation des jardins d’éveil et nous
serons amenés à dénoncer la Déclaration commune »
Après le SNUipp qui dénonçait « le subterfuge et le tour de passe-passe », le SE-Unsa qui parlait de « plantage de l’école maternelle », c’est au tour du Sgen-Cfdt de demander « que des précisions soient apportées rapidement sur l'ensemble de la politique du gouvernement dans ce secteur. Il est notamment essentiel que des assurances
soient données quant à la place de l'école maternelle. S'agissant des enfants de 2 à 3 ans, les parents doivent pouvoir faire le choix du mode d'accueil. C'est particulièrement important pour les
catégories sociales les plus défavorisées, d'une part parce que l'école est gratuite, d'autre part parce que la scolarisation précoce est un moyen important de réduction de l'échec scolaire des
enfants victimes d'inégalités sociales et culturelles".
Pauvre Xavier Darcos ! Le voilà de nouveau confronté, quelques mois plus tard, aux mêmes difficultés et contraint de remonter au créneau pour
apaiser le climat tendu par l’intervention de Nadine Morano.
Pour Alain Houchot, Inspecteur Général, « On est dans un débat qui ne sort pas de l'idéologie alors que la réflexion devrait être globale autour des besoins des enfants et des familles. Ce qui est
surprenant c'est que ce débat idéologique on le trouve dans tous les milieux. Chez des pédopsychiatres mais aussi chez des gens qui n'ont de connaissances que comme usagers… Il faut sortir du
débat idéologique ».
Cette nouvelle annonce peut sembler anodine. En réalité, il n’en est rien. En effet, cette réforme, si elle
est mise en œuvre, peut avoir de lourdes conséquences pour les écoles et les directeurs. L’objectif visé est clair : réaliser des économies
conséquentes en fermant les classes des 2-3 ans, en transférant les dépenses sur les collectivités locales et faisant payer les familles.
Mais, attention ! La mesure produirait aussi de graves
dégâts collatéraux sur les décharges de certaines écoles. De nombreux collègues pourraient perdre leur ¼ de décharge, d’autres passeraient de ½ à ¼ et
quelques "privilégiés" risqueraient de voir leur décharge totale transformée en demi-décharge. Le risque est réel.
Aucune situation (école maternelle, primaire, RPI, regroupement) ne peut permettre de conserver les acquis
existants. Les écoles qui auraient les jardins d’éveil dans l’enceinte scolaire ne pourraient comptabiliser les élèves dans leurs effectifs puisque la structure serait entièrement gérée par la
municipalité (fonctionnement et personnels).
Les écoles qui accueillent actuellement des classes de 2-3 ans sont
potentiellement en danger de réduction du nombre de classes et certains directeurs peuvent se trouver en situation de modification de leur régime de décharge.
En revanche, c’est le « jackpot » pour l’Etat qui
gagne sur tous les fronts : il cesse de financer la scolarité des 2-3 ans et cumule les suppressions de postes d’enseignants (classes et décharges).
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