Mercredi 25 mars 2009
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Il est loin le temps où notre ministre déclarait haut et fort sa « volonté d'engager une réflexion d'ampleur sur les nouveaux contours du métier d'enseignant ». C’était il y a un an, lors de la remise du « Livre vert » par le Conseiller d’Etat Marcel Pochard. Xavier Darcos avait de belles envolées lyriques pour
décrire la mission que lui avait confiée le Président de la République.
« Il est impossible de proposer un véritable projet pour
l'école et une ambition renouvelée pour les enseignants si nous refusons de sortir des clivages idéologiques éternels que soulève cette question et si nous posons comme principe intangible le
respect de règles élaborées dans les années 1950. Le statut qui régit aujourd'hui le métier d'enseignant a été conçu, en effet, dans une France qui ne connaissait pas le collège, qui ignorait les
usages personnels de l'informatique, et dont l'économie était guidée par l'industrie plutôt que par les services ! Vouloir le perpétuer à tout prix, et au mépris de la forte aspiration au
changement des enseignants eux-mêmes, serait une erreur manifeste, dont les professeurs seraient les premiers à payer le prix », déclarait alors solennellement Xavier Darcos.
Un mois plus tôt, en janvier, devant les IEN, Xavier Darcos avait évoqué « le statut du directeur et de l’établissement du premier degré, doté d’une autonomie
financière ».
Quatre semaines après la remise de son rapport sur l’évolution du métier enseignant, Marcel Pochard est un homme en colère. Le conseiller d’Etat se dit victime d’«une certaine arrière-pensée tactique» du ministère. Il dénonce une collusion entre les syndicats et l’administration de
l’éducation nationale qui préfèrent l’« iniquité au désordre », et craint que sa contribution ne passe à la
trappe de l’histoire, et avec elle, une véritable occasion de réformer le système éducatif français.
Le 6 juillet 2008, les inquiétudes de Marcel Pochard étaient confirmées et nous pouvions titrer
« On a perdu le rapport Pochard… ».
Un an plus tard, la volonté affichée par Xavier Darcos de redéfinir le métier d’enseignant s’est-elle
traduite dans les faits ? Pour les directeurs d’école, hormis une revalorisation de l’ISS avec partie variable de 200 à 600 €, quel bilan peut-on en tirer ? Hélas ! Un mot suffit à le qualifier : nul !
Les rapports qui dénoncent la situation insupportable du métier de directeur d’école, qui en décrivent les
difficultés, qui expliquent les raisons de sa désaffection s’accumulent sur le bureau du ministre. Les auteurs de ces rapports ont beau préconiser des solutions pour remédier à ce grave problème
qui, depuis des années, nuit au bon fonctionnement de l’école primaire, rien n’y fait. Le ministre reste ostensiblement sourd et fermé à toutes les propositions de bon sens qui lui sont
présentées.
Certes, en 2008, il a manifesté une réelle intention de mettre en place des EPEP. Une réforme qui avait le mérite d’accorder un statut à l’école et à son directeur. Ce projet mal ficelé, mal
préparé, mal expliqué, établi sans la moindre concertation a fait long feu. Les 500 postes administratifs prévus au budget ont été retirés. La proposition de loi déposée par 3 députés UMP a été
ajournée avant d’être « oubliée ».
Cette réforme ne présentait pas que des avantages pour les directeurs. Nous en avions dénoncé certains
inconvénients majeurs notamment le fait que le directeur ne soit pas automatiquement président du CA. D’autres points méritaient débat. Il semblait possible d’apporter d’autres améliorations au
texte. Au lieu de cela, face à la grogne ambiante, face au refus des syndicats qui se complaisent dans la situation de statu quo pour la direction d’école, le ministre a reculé.
Depuis, bien des choses ont changé. Il y a les ministres pour qui « ça
roule » et ceux qui sont « sur le toboggan ». C'est un ami du président qui divise ainsi les membres du gouvernement en deux. Mais les mots sont
ceux du « chef ». Un chef préoccupé quand il se penche sur les performances de ses ministres.
Pour Xavier Darcos, cela a commencé avant la trêve de Noël. Décrit comme un « bon pro » par l'Élysée, le ministre n'a pas résisté à la crise lycéenne. Le voilà cornaqué par deux spécialistes de la jeunesse : Martin Hirsch et le
médiatique directeur de Sciences Po, Richard Descoings.
Sa crédibilité s’est tellement dégradée que Xavier Darcos attend avec impatience l’heure de son départ pour
le ministère de la Justice. Probablement lors d’un grand remaniement ministériel après les élections européennes du 7 juin prochain...
Un nouveau ministre sera alors nommé à l’Education nationale. Plusieurs noms circulent. Richard Descoings a laissé entendre qu’il n’était pas forcément intéressé. Prudence ou stratégie ? Il se murmure aussi que Nadine Morano est en attente d’un grand ministère et que celui-ci ne serait pas pour lui déplaire…
Le temps que la nouvelle équipe prenne connaissance des dossiers (après son retour de vacances), nous serons
en automne. A mi-mandat, Nicolas Sarkozy insistera pour que les mêmes erreurs ne se reproduisent pas. Il incitera certainement le nouveau locataire de la rue de Grenelle à entretenir de
meilleures relations avec les partenaires sociaux. Bref, il faudra compter avec le retour en grâce des syndicats. Si l’on ajoute les difficultés financières du pays, il y aura peu à attendre côté
décharges, indemnités ou moyens supplémentaires. Quant au statut…
Pas de quoi rendre optimistes les directeurs d’école pour qui l’année 2009 aura été une année perdue… Une de
plus !
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