La réforme en temps
de crise (chronique d'Alain-Gérard Slama).
« Après l'ajournement de la réforme du lycée, le grand débat
est de savoir si l'aggravation de la crise est compatible avec la poursuite des réformes.
C'est que la réponse à la question de l'opportunité des réformes en
temps de crise est vérifiée par l'expérience : dans les périodes d'inquiétude devant l'avenir, les réformes d'ordre économique et financier sont les plus nécessaires.
En revanche, les réformes qui touchent aux structures de la société
et qui risquent de brouiller encore plus les repères sont, par définition, celles qui exigent le plus de prudence. […]
Deux parmi les meilleurs sociologues du système éducatif français,
Christian Baudelot et Roger Establet, montrent, dans un précieux petit livre (1), que les contre-performances de
notre école dans les classements internationaux ne résultent pas d'une infériorité dans la qualité des formations, mais précisément de ce que la crise de la cohésion nationale rejaillit sur
l'école, qui en répercute les effets désintégrateurs sur les jeunes les plus défavorisés.
Que n'en concluent-ils à l'urgence de revenir aux fondamentaux de la
méritocratie républicaine, au lieu d'en condamner « l'élitisme » ! Plus la République doute de son modèle, plus son système d'intégration fonctionne mal, et plus elle trouve de raisons de le
condamner.
Notre école reste une des meilleures du monde. Ce qui lui manque,
par rapport aux autres, c'est, selon la formule de Langevin, « l'entraînement à l'action ». Les autres pays y parviennent mieux, non certes parce qu'ils ont de meilleures élites, mais parce
qu'ils ont confiance en eux-mêmes ».
(1) « L'Élitisme républicain. L'école française à l'épreuve des comparaisons internationales », de Christian Baudelot et Roger Establet, collection « La
République des lettres », Seuil (à paraître le 12 mars).
La formation des
enseignants
Le gouvernement maintient l’entrée en
vigueur de la réforme de la formation des enseignants à l’année 2009-2010, affirment les ministres Xavier Darcos et Valérie Pécresse dès l’année universitaire 2009-2010.
La réforme prévoit que les futurs
enseignants des écoles, collèges et lycées soient recrutés au niveau master (Bac + 5) et donc que leur formation soit confiée aux universités (et non plus aux IUFM, instituts de formation des
maîtres).
Pour l’accompagner, "une commission de concertation et de suivi permanent sera constituée et coprésidée par un recteur et un président d’université", qui commenceront leur mission
"dès le 16 mars".
Celle-ci fera des "recommandations" sur les conditions de sa mise en œuvre et "consultera régulièrement les organisations
représentatives".
La première année d’exercice, les
jeunes enseignants bénéficieront d’un "tutorat" et d’une "formation continue renforcée", permettant de
"fortifier leurs connaissances disciplinaires ou professionnelles".
A ce sujet, des consultations entre le
ministère de l’Education et les organisations professionnelles vont "prochainement" s’ouvrir.
Des précisions sont aussi apportées sur
les stages : en master 1, les étudiants bénéficieront de stages d’observation ou de pratique accompagnée dans la limite de 108 heures et pourront avoir, en master 2, des stages en
responsabilité jusqu’à un maximum de 108 heures.
En fait, rappelons-le encore, le véritable enjeu est l'emploi
public. L’Éducation nationale économise ainsi l’année de formation rémunérée à plein-temps, soit de 500 à 700 millions d'euros ou près de 12 000 postes. Mais le temps presse pour que cette
réforme entre en vigueur à la rentrée 2009.
Qui pour remplacer X. Darcos ?
Après les mouvements de lycéens fin 2008, à la demande de Nicolas Sarkozy, la réforme de la seconde a été
reportée d’un an pour favoriser la concertation. Quelques jours plus tôt, le ministre répétait à qui voulait l’entendre qu’il ne reculerait pas sur ce dossier et se vantait de ne pas être
« le ministre de l’Hésitation nationale ». Mais face à la contestation élyséenne croissante et après les « émeutes de la jeunesse » en Grèce, le chef de l’État a
préféré revoir la copie. Et reprendre en main le dossier. X. Darcos a donc été recalé…
Subitement, le poste aux yeux de X. Darcos n’a plus la même saveur. Car pour la nouvelle année, Nicolas
Sarkozy lui a fait un cadeau empoisonné : le flanquer de deux acolytes. Le premier Martin Hirsch a été nommé Haut-commissaire à la Jeunesse, le
second, Richard Descoings, a été appelé en renfort pour relancer la réforme du lycée.
Un désaveu ? « Pas du tout », se défend le ministre de l’Éducation qui explique que R. Descoings est un ami et
qu’il a proposé son nom à Nicolas Sarkozy. Ça ressemble à la méthode Coué !
Officiellement donc, aucun problème sous le soleil pour l’intéressé. « J’en vois qui écrivent que ma
mission est terminée », a-t-il expliqué devant la presse le 22 janvier. Avant de se défendre : « Une lettre de mission c’est une rampe de lancement que vous donne un
président. Sur cette rampe, une fusée ne s’arrête pas en cours de route parce qu’elle a décollé. Il faut continuer ».
N’empêche, X. Darcos marque le coup. Dur à avaler pour l’ex-favori de Sarkozy ! Car le ministre membre
du « G7 » (les 7 chouchous du Président à savoir
Xavier Bertrand, Brice Hortefeux, Luc Chatel, Laurent Wauquiez, Xavier Darcos, Eric Woerth,
Nadine Morano) commençait à rêver d’une promotion à Matignon qui serait venue récompenser ses dix-huit
mois de gestion du « mammouth ».
« Il a fait jusque-là un sans faute », expliquait un conseiller du président, avant l’épisode de décembre. Mais voilà les temps ont changé. « Il ne
parle plus de Matignon », raconte un de ses collègues ministres. « Darcos est défait », poursuit un autre. « Il comprend qu’il est assis sur une pétaudière.
Il n’a qu’une envie, c’est quitter ce ministère. Mais pour aller où ? » Pour aller dans un bon gros ministère régalien avec de grosses responsabilités.
Selon l’Express, un conseiller à l'Elysée pour les questions de
justice, Patrick Ouart est allé, dans la plus grande discrétion, rendre visite à Xavier Darcos à la fin de novembre 2008.
Très écouté par le chef de l'Etat, cet ancien magistrat souhaitait confier au ministre de l'Education
nationale qu'il était le candidat perçu pour remplacer, au poste de garde des Sceaux, Rachida Dati,
Depuis cette visite, le départ de l'actuelle locataire de la Place Vendôme est devenu une certitude : elle
quittera ses fonctions à l'occasion des élections européennes du 7 juin.
Voilà qui tombe bien, dit-on dans l’entourage du ministre de l’Education...
Se trouvera-t-il un « volontaire » pour occuper le fauteuil de Xavier Darcos à la tête du
ministère de l’Education nationale. Un fauteuil inconfortable doublé d’un siège éjectable…
Retour à la page d’accueil