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Dimanche 8 mars 2009 7 08 /03 /Mars /2009 14:10

La première partie de notre annonce (recherche ministre) ne s’applique pas spécifiquement à l’Education nationale.

En effet, ainsi que le dit Stéphane Rozès, directeur général de l’Institut CSA et enseignant en Sciences politiques, « les ministres ne semblent pas exister ». Et d’ajouter que « le président occulte ses ministres qui en deviennent invisibles ».

Médiateurs, émissaires, missionnaires, commissionnaires, conseillers du Président : tout ce monde gravite autour de l’Elysée, communique sous son égide, met un peu plus sous l’éteignoir un gouvernement déjà très éclipsé par le Président.

Les ministres sont d’ailleurs classés en diverses catégories (grillés, mal-aimés…). Xavier Darcos qui a perdu tout crédit est rangé parmi les « ministres grillés ».

Pourtant, le ministre de l’Education nationale n’a ménagé ni sa peine ni son temps pour appliquer à la lettre et avec beaucoup de zèle les directives de Nicolas Sarkozy.

 

La seconde partie de notre annonce (…élaborer réformes de structure) concerne explicitement le ministère de l’Education nationale.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que depuis sa nomination, Xavier Darcos n’est pas resté inactif. Il a pris énormément de mesures : politiques voire idéologiques (SMA), sociétales (suppression des cours le samedi) ou comptables (suppressions de postes par milliers).

La refonte des programmes découle logiquement de la réduction de la semaine à 4 jours, mesure prise sans réflexion et qui devra être révisée tant elle est décriée par les chronobiologistes.

Les stages de remise à niveau et l’aide personnalisée n’ont d’autre objectif que de « sédentariser » les RASED pour économiser des postes.

 

Dans le premier degré, une véritable réforme de structure semblait pouvoir aboutir : la création d’EPEP. Une proposition de loi était prête et 500 postes administratifs provisionnés. Patatras ! La voilà mort-née avant même que d'être discutée.

 

Par réforme de structure, nous entendons ce qui modifie en profondeur et durablement le fonctionnement de l’école. Pour ne prendre qu’un  exemple, dans le 1er degré, ce serait le cas des EPEP…

Par réforme d’aménagement, il faut comprendre ce qui touche à la refonte des programmes, à la modification de la semaine scolaire…

Même si les secondes réformes ont une incidence (en bien ou en mal) sur le travail des enseignants, elles n’engendrent pas de modification majeure, ni du fonctionnement de l’école, ni du statut de ses personnels.

 

On peut noter que toutes les réformes accomplies ou en voie de l’être ne sont guidées que par une approche comptable plutôt que pédagogique. Cette approche comptable est en fait dictée par l’Europe qui oblige tous ses membres à mettre en place la RGPP (relire nos nombreux articles traitant de ce thème). Et c’est là qu’il faut chercher le côté néfaste de la plupart des réformes mises en place. 

 

Sensée dégager 5 milliards d'économie dans le budget de l'Etat, la RGPP a lié impératif budgétaire, conservatisme éducatif et précipitation. Sous prétexte d'efficacité, le gouvernement a officiellement lié les réformes de structure qu'il envisage (organisation des enseignements et des filières, métier d'enseignant) à la défense d'un programme pédagogique traditionaliste (le recentrage de l’école sur les apprentissages fondamentaux).

 

Beaucoup pensaient que la nécessité de dégager des économies allait enfin amener de la raison et imposer des réformes de structure attendues depuis longtemps. La crise budgétaire pose les questions de l'efficacité de l'Ecole. D'une nécessaire refonte des programmes, des filières et des horaires, on pouvait espérer que le ministre saurait dégager des moyens pour se doter des outils d'encadrement et d'animation proches du terrain qui font défaut dans le système français. Enfin la même crise pouvait pousser à redéfinir le métier d'enseignant en lui redonnant toute sa dimension éducatrice et formatrice.

 

Au-delà des annonces sur l’organisation de la scolarité, la réforme Darcos était plus une réforme de comptable que d’Etat et, en ce sens, elle ne pouvait que manquer de souffle et d’ambition.

 

A coup sûr, ce que l’on retiendra le plus des mesures Darcos, ce sont les suppressions de postes par milliers (25 000 en 2 ans).

 

 
Le 4 janvier dernier, dans un article intitulé « Xavier Darcos englué dans la RGPP », nous insistions sur le fait que notre pays n’est pas le plus dépensier en matière d’éducation pour sa jeunesse.

 

Nous écrivions ceci :

 

Posant le postulat que personne ne souhaite affaiblir les résultats scolaires de la jeunesse de son pays, tout un chacun se pose alors la question suivante : « Les dépenses de la France pour l’éducation sont-elles à ce point supérieures à celles des pays voisins comparables et les résultats scolaires de ses enfants sont-ils jugés à ce point excellents qu’on puisse réduire fortement les coûts sans nuire à la qualité de l’enseignement ? »

 

Sur le plan des dépenses, la réponse est fournie par l’OCDE :

 

L’Education nationale française dépense 5430 euros en moyenne par élève en primaire et secondaire, les Etats-Unis et la Suisse (8580 euros), les pays scandinaves, l’Autriche, le Canada (6000 à 6400). La moyenne de l’OCDE est 5343.

 

Pour le primaire, la France dépense 3575 euros, les pays européens 3861. Pour les collèges, 5434 contre 4648. Pour les Lycées, la France, avec 7150 contre 5362, est à égalité avec l’Allemagne, au quatrième rang européen, n’étant dépassée que par le Luxembourg (12 368), la Suisse (10 723) et la Norvège (8576).

La France consacre au primaire et secondaire (BTS compris), 4,2% de son PIB, plus que la moyenne de l’OCDE (3,9%). Mais elle est parmi les pays dont la part scolarisable de la population (5-14 ans) est la plus élevée. La part du privé, 0,3%, est aussi à la moyenne, elle est nettement plus élevée en Suisse, Grande Bretagne et Allemagne.

Les 5-14 ans suivent, au total, 7500 heures de cours contre une moyenne OCDE de 6800; l’écart est surtout important dans le secondaire.

 

La France compte 19,4 élèves par enseignant dans le primaire (moyenne OCDE 14,1).

 

On voit bien que là où l’effort français est moindre, c’est dans le primaire. Dans l’ensemble, les temps d’enseignement imposés à nos enfants de 7 à 14 ans, sont parmi les plus élevés. Quant à la taille des classes, c’est encore le primaire, qui est moins bien loti en France qu'à l’étranger.

 

Les finances de la France imposent des économies importantes. Mais elles ne doivent pas être réalisées en priorité sur le dos de la fonction publique d’Etat.

D’ailleurs, durant la campagne présidentielle, le candidat Nicolas Sarkozy avait bien expliqué que la gabegie provenait des doublons en fonctionnaires dans les collectivités territoriales

 

 
C’est très exactement ce que résume Franz-Olivier Giesbert sur RTL le 6 mars 2009 :

 

« Nos collectivités locales fonctionnent comme une usine à gaz. Nous avons empilé les échelons, ce qui évidemment renchérit les coûts, et dilue les responsabilités.

La preuve que ça cloche, c'est que le nombre des fonctionnaires territoriaux a pratiquement doublé en 20 ans, pour s'approcher des deux millions. Ils ne sont évidemment pas gérés du tout. Loin de moi l'idée de les montrer tous du doigt, et tant pis si je déclenche une tempête de protestations téléphoniques, mais il faut savoir que leur taux d'absentéisme, de 13%, pour raison de santé notamment, est beaucoup plus important que celui de la fonction publique d'Etat qui est de 7,3%, chiffre déjà plus élevé que celui du privé. Vous atteignez ainsi le chiffre de 22% d'absentéisme, 22% à Aix en Provence, on se frotte les yeux. Que voulez-vous, on a la santé fragile dans la territoriale.


L'économiste Jacques Marseille a d'ailleurs calculé qu'avec le taux d'absentéisme de la fonction publique d'Etat, la fonction publique territoriale aurait besoin de 100.000 fonctionnaires de moins.

Désolé, je sais que je vais me faire agonir, mais c'est la réalité, si les noms ont un sens, ça s'appelle de la gabegie.


Ce qui est sûr, c'est que le mille-feuilles composé par les différents échelons, régional et départemental, une particularité française, fabrique plus de bureaucratie et plus de surcoût. Il faut donc simplifier ce système, le rationaliser, et il y a quelque chose de comique à entendre nos politiciens entonner l'air des grands principes au nom de leur clocher ou de leur terroir, avec la même arrière-pensée, qu'ils soient de droite ou de gauche : "touche pas à mon mandat", dans les deux sens du terme, électoral et pécuniaire
 ». (Franz-Olivier Giesbert sur RTL – 6 mars 2009)

 

 

On le voit, le gouvernement a fait des « coupes sombres » dans les dépenses là où c’était le plus facile et le plus injuste. Evidemment, il n’est pas facile de « tailler » dans les effectifs des collectivités territoriales sans s’attirer les foudres des « baronnies » locales.

 

Certes, d’autres « réformes » toucheront l’Education nationale dans les mois à venir, mais ce ne seront, une fois de plus, que des mesures comptables (nouvelles suppressions de postes par milliers) ou des aménagements scolaires (classe le mercredi, horaire de l’aide personnalisée…).

Les indispensables réformes de structure seront reportées au prochain quinquennat.

 

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