L'inspection
« à la française » est devenue obsolète en Europe…
Entre étonnement réel et faux
apitoiement ("ah ! Vous en êtes encore là en France !"), Françoise Mallet, inspectrice générale,
ne mâche pas ses mots. Elle raconte à quel point l'inspection "à la française" est devenue obsolète en Europe.
Dans la revue de l’Inspection générale,
elle rend compte de sa participation à un congrès de la SICI, une association d'inspecteurs généraux
européens.
"L’inspecteur général venant de France ressent rapidement le caractère très décalé de sa présence au milieu d’une telle assemblée" écrit-elle. "Il écoute avec attention les collègues, sans pouvoir participer à leurs débats, dans un relatif isolement culturel franco-français. En effet, quelles « bonnes
pratiques » d’évaluation d’établissements présenter aux autres pays, quand en France l’inspection générale n’en fait pas ?... et les inspections
territoriales non plus, du moins pas avec un tel degré d’exigence et d’exhaustivité ? Quelle contribution apporter à la réflexion sur l’assurance-qualité dans les écoles, alors qu’il n’a jamais
utilisé ce concept ?... Ceci parce qu’un peu partout en Europe s’est imposée l’idée que la qualité de l’enseignement est d’abord l’affaire des établissements eux-mêmes. Les établissements
disposant d’une dose d’autonomie pédagogique et budgétaire doivent s’employer à tirer le meilleur parti de leurs ressources et de leurs élèves, quelle que soit la situation de départ de ces
derniers".
En outre, et sans doute pour longtemps encore, une attention particulière est désormais portée aux coûts et à
l’efficience. À la culture des moyens succède peu à peu celle du résultat. La mise en place de la LOLF a fait des notions d’objectifs, de performances, d’indicateurs, les maitres-mots de l’action
publique et la notion de « gain de productivité » est de moins en moins une expression taboue. De cette nouvelle réalité, rien sans doute ne témoigne plus que l’actuelle démarche de révision
générale des politiques publiques (RGPP).
Au sein de cet environnement, la sphère éducative a connu sa propre évolution. Le système s’est complexifié
avec l’entrée en jeu de nouveaux partenaires.
Une part d’autonomie a été reconnue aux entités de base devenues,
à l’exception des écoles primaires, des établissements publics dotés d’un conseil d’administration.
De nouveaux modes – peut-être aussi de nouvelles modes – de gouvernance sont apparus dans les relations entre
ministère et universités, ministère et académies, académies et établissements: démarche de projet, contrats d’objectifs, dialogue de gestion…
Au total, une nouvelle logique s’est imposée: la traditionnelle séquence
«norme-application-vérification» a laissé place à la séquence «objectifs-moyens-résultats».
La semaine de 4 jours, c’est fini ?
Etaler la semaine d’école sur cinq
jours sans toucher à la grasse matinée familiale du samedi, désormais acquise. Ce serait possible en envoyant les enfants à l’école le mercredi matin. En échange, ils pourraient ranger les
cahiers plus tôt chaque jour, même s’ils restent à l’école pour d’autres activités, jusqu’à ce que parents ou nounou viennent les y chercher.
La suggestion va forcément faire débat.
Lorsque l’inspecteur d’académie du Val-de-Marne l’avait émise début octobre, il avait soulevé un tollé local. Cette fois, elle vient de la FCPE, première fédération de parents d’élèves, qui lance
carrément une campagne nationale. Parents de tous bords, enseignants et communes sont invités à y réfléchir en conseils d’école et tenter de mettre en place, pour la rentrée prochaine, des
semaines de neuf demi-journées de classe.
«Toutes les études le démontrent :
la semaine de quatre jours, avec six heures de cours quotidiennes, est le pire des systèmes.» : Jean-Jacques Hazan, le président de la FCPE, la première fédération de parents
d’élèves, a donné le coup d’envoi, hier à Paris, d’une campagne en faveur de la semaine scolaire de quatre jours et demi, avec le mercredi matin et au maximum cinq heures de cours par
jour.
« Il en va du bien-être et de la réussite des enfants ! » plaide le président de la FCPE, Jean-Jacques Hazan. Le rythme de quatre jours de cours, six heures par jour, instauré presque partout
depuis la rentrée dernière « est le pire qui soit du point de vue des enfants », souligne Claire Leconte, chercheur en psychologie à Lille-III : « La France est le seul pays au monde à soumettre
ses élèves à un tel régime. » Epuisant, estime la chercheuse. « Qui dit jour de congé, en l’occurrence en pleine semaine, dit coucher moins tôt la veille, et tout parent sait que l’enfant ne dort
pas plus tard le lendemain pour autant ! » « On apprend aussi mieux, un peu chaque jour, que beaucoup d’un coup », renchérit Jean-Jacques Hazan. « Toutes les études depuis trente ans sont
d’accord là-dessus. Alors réfléchissons ensemble, en pensant pour une fois aux enfants et pas aux seuls intérêts des adultes. »
Plusieurs villes y pensent
Au ministère, on se défend d’avoir « imposé » la semaine de quatre jours en supprimant le samedi matin travaillé. En confidence, le ministre n’a même
jamais caché qu’il était pour l’école le mercredi matin, que deux écoles sur cinq, dans la Vienne, ont par exemple réussi à conserver. On sait également que X. Darcos aurait souhaité généraliser
le système mis en place dans sa ville de Périgueux. Nicolas Sarkozy, n’écoutant que lui-même et certains sondages, en a décidé autrement. Sans consultation aucune.
« Sauf que, de fait, pour beaucoup, c’était impossible à organiser entre le décret de mai supprimant le samedi et la rentrée, rétorque la FCPE. La semaine de quatre
jours est devenue le droit commun. Aujourd’hui, pour revenir à 4,5 jours de classe, il faut l’accord du conseil d’école, puis demander une dérogation que certaines académies ont même refusée
! »
L’académie de Créteil s’apprête en effet à
expérimenter, à la rentrée 2009, une nouvelle forme de semaine de cinq jours, avec travail le mercredi !
Fin de journée à 15 h 40
Concrètement, pour tous les enfants du primaire des villes qui accepteraient cette solution, il y aurait école les lundis, mardis, mercredis, jeudis et vendredis, de 8 h 30 à 15 h 40, soit un
rythme scolaire équivalent à celui des élèves de Grande-Bretagne. Les écoliers en difficulté auraient droit à deux heures de soutien le matin avant les cours, à l’heure du déjeuner ou le soir,
selon le modèle choisi par leur école cette année. Rien de nouveau de ce côté-là. De 15 h 40 à 18 heures, en revanche, les enfants se verraient proposer quatre types d’activités, gratuites : aide
aux devoirs, activités sportives, activités culturelles ou artisanales, langues étrangères.
Plus conforme au rythme prôné par les chronobiologistes, qui dénoncent depuis des années les journées trop longues des écoliers français, le système risque de provoquer des couacs. Problème pour
les familles, qui devront récupérer ou faire chercher leurs enfants plus tôt à la sortie de l’école. Difficulté pour les communes, qui vont devoir gérer les conséquences des mercredis matin
travaillés : revoir encore une fois l’offre des centres de loisirs et des activités sportives.
Aider son enfant à faire ses
devoirs
Bien que les devoirs écrits - mais pas
les leçons - soient interdits à l'école primaire depuis le 3 janvier 1957, des enseignants continuent d'en donner. A tel point que ceux qui dérogent à la règle paraissent suspects aux yeux des
parents. "Le problème des devoirs, c'est qu'on renvoie à la famille la gestion de la réussite, considère Jean-Jacques Hazan, président de la Fédération des conseils de parents d'élèves
(FCPE). D'autant qu'il arrive que des enseignants donnent à leurs élèves des sujets qui n'ont pas encore été abordés en classe. Cette sous-traitance pédagogique génère des
inégalités."
Pour faire face à ce problème, le
ministre de l'éducation nationale, Xavier Darcos, a instauré un accompagnement éducatif après la classe pour les écoles primaires en zone d'éducation prioritaire et dans les collèges, sur la base
du volontariat. Tous les parents ne sont pas capables, en effet, de jouer les répétiteurs. "Un devoir ne doit en aucun cas aborder un thème nouveau" insiste Gilles Moindrot, secrétaire
général du SNUipp-FSU, le principal syndicat des professeurs du primaire.
Pour Elizabeth Côté, psychopédagogue à
l'université Laval de Montréal, il est inutile de donner des devoirs avant l'âge de 9-10 ans. Et, par la suite, le rôle des parents consiste essentiellement à organiser les choses matériellement,
à dispenser des encouragements pour les efforts fournis, à vérifier que les devoirs sont faits mais surtout à ne les faire à la place de son enfant. "S'il n'y arrive pas, je conseille aux
familles de mettre un mot au maître pour signaler, qu'en dépit de ses efforts, l'enfant n'a pas réussi."
Philippe Hermant, enseignant de CM2
dans le Pas-de-Calais, veille à donner des devoirs qui peuvent se faire sans aide extérieure. "Quand je vois la quantité de travail que les élèves de 6e ont à faire, il me semble
important de les préparer", explique-t-il. Cela n'empêche pas les parents d'être présents en faisant, par exemple, réciter les leçons. Le mieux est de poser des questions en rapport avec le
texte mais de ne pas exiger du "par cœur", sauf pour une poésie ou un texte de théâtre.
LE MONDE | 03.02.09
Une loi
pour interdire les châtiments corporels
Le 11 juin 2008, nous avions consacré un
article à la sacro-sainte fessée… que le Conseil de l’Europe s’apprêtait à interdire. Nous y avions joint un article du Dr Maurice Berger, chef du service de psychiatrie de l'enfant au CHU de Saint-Étienne
opposé à l’interdiction de la
fessée.
18 pays d’Europe l’ont interdite
En 2006, les Nations unies avaient fixé à 2009 l’année butoir pour l’abolition des châtiments corporels envers les enfants dans le monde. Seuls 23 pays sur 192 membres l’ont suivi à ce
jour.
Dans un
texte présenté le 4 février à l’ONU à Genève, la Défenseure des enfants Dominique Versini propose d'interdire tout châtiment corporel, convaincue de l'intérêt d'une loi pour faire changer les
mentalités.
"Les châtiments corporels et l'humiliation demeurent des pratiques encore trop souvent tolérées, et il serait temps d'inscrire dans la loi la prohibition de toute
violence et châtiments corporels au sein de la famille, de l'école et des établissements accueillant des enfants", écrit-elle.
Dominique Versini explique "qu'à la suite d'un déplacement dans le département de la Réunion où le problème des violences subies par les enfants est très
important, pour des raisons liées à la tradition, elle considère que l'interdiction dans la loi des châtiments corporels comme méthode éducative favoriserait l'évolution des
comportements".
Retour à la page d’accueil