L’histoire ne se répète pas mais elle bégaie… C’est du moins ce que peut constater tout bon
observateur de l’Education nationale.
Dans ce ministère, la règle est immuable dans le « jeu » auquel se livrent le ministre et les
représentants syndicaux. Tôt ou tard, le vent tourne. L’état de grâce ne dure jamais bien longtemps. Les syndicats savent qu’il leur faut faire le dos rond jusqu’à ce jour où le ministre sera
suffisamment affaibli.
Un ministre affaibli
Pour X. Darcos, le 20 novembre restera une date maudite. Jusqu’à lors, tout semblait lui réussir. On le
disait « bien vu » du président et même « premier ministrable ». Mais voilà, le ministre sort doublement affaibli de cette dernière grève.
Affaibli par la forte mobilisation des enseignants (relire notre article précédent), le ministre est « sommé » par
« ultimatum » d’engager sous les 5 jours des négociations avec les syndicats. Le coup est rude à encaisser pour un ministre qui rappelait son opposition à toute forme
de cogestion.
Affaibli par le camouflet infligé par de nombreux maires de France qui ont bravé la loi les obligeant à
assurer le service minimum d’accueil. En effet, la mise en place du SMA s’avère très laborieuse en cas de grève importante.
Le ministre est si affaibli qu’il renonce à se rendre au 91e congrès de l'Association des maires
de France (AMF), qui se tient à Paris du mardi 25 au jeudi 27 novembre, où 7 000 élus attendent de pied ferme le président de la République, qui
s'exprimera devant eux jeudi.
X. Darcos a jeté l’éponge. Son directeur de cabinet aussi. C'est donc un
recteur qui sera présent. « Le ministre de l'Education, selon Jacques Pelissard, président de l'Association des maires de France, a eu peur de se faire huer par les élus locaux à cause du service minimum ». Selon Pelissard, « c'était à
l'Etat et non aux mairies d'organiser l'accueil nécessaire des enfants les jours de grève ».
Des syndicats renforcés
Comme nous l’avons écrit dans notre
précédent article, tous les syndicats ne retireront pas le même bénéfice de l’affaiblissement du ministre. On le voit, trois syndicats se sont réunis en intersyndicale pour adresser un
« ultimatum » à X. Darcos qui a répondu : « bien entendu, le dialogue continuera ».
Afin de maintenir la pression, un
collectif (réunissant entre autres les principaux syndicats de l’Education, des lycéens, des parents d’élèves) organise une journée de manifestations partout en France le mercredi 10 décembre,
sans appel à la grève.
«Il n’y a pas d’appel à la grève ce
jour-là», précise Gérard
Aschieri, secrétaire général de la FSU.
«L’idée est de dire: l’éducation
est notre avenir. Le gouvernement ne veut pas l’entendre. Le 10 décembre, faisons masse pour dire et redire que l’Education est notre avenir et qu’elle ne se fera pas sans moyens, pas sans
dialogue, pas sans associations, etc.», a expliqué Luc Bérille, secrétaire général du
SE-Unsa.
La surenchère du SNUipp
Si les organisations syndicales
« jouent collectif », elles n’en oublient pas moins que dans quelques jours, le 2 décembre, chacune d’entre elles sera jugée non plus sur sa capacité à mobiliser mais sur le nombre de
suffrages obtenus aux élections professionnelles.
C’est là que s’invite la question du
pouvoir et se construit le rapport de forces entre syndicats mais aussi dans les négociations avec le ministère.
Le SNUipp qui entend maintenir, voire
accentuer, son leadership dans le premier degré met les bouchées doubles pour apparaître comme l’opposant le plus ferme à la politique menée par X. Darcos. Il veut profiter de l’affaiblissement
inespéré du ministre pour lui faire mettre le second genou à terre et revenir sur ses projets : EPEP, RASED, suppressions de postes…
Aussi, le SNUipp n’hésite pas à faire
de la surenchère pour apparaître comme l’élément moteur de l’intersyndicale, le fer de lance du syndicalisme radical. Pour ce faire, il multiplie les initiatives.
Le SNUipp 75 a appelé les enseignants des écoles parisiennes à "faire grève" jeudi afin "d'organiser un comité d'accueil à Xavier Darcos" qui doit inaugurer ce jour-là le Salon de l'Education porte de Versailles.
Mais s’y rendra t-il ?
Sur le plan
national, le Snuipp invite l'intersyndicale à organiser une journée de grève avant le 10 décembre
« A l'issue de la manifestation du 20 novembre, Xavier Darcos avait annoncé qu'il allait discuter avec les syndicats. Ceux du primaire, le Se-Unsa, le Snuipp,
le Sgen, avaient émis un "préavis de négociations" de 5 jours. "Ce préavis expire mercredi 26 novembre", note l'intersyndicale. "Nous n’avons à ce jour aucune proposition de rencontre avec le
ministère" ».
Du coup le SNUipp propose une nouvelle journée de grève unitaire aux organisations
syndicales avant le 10 décembre et met cette proposition en débat parmi les personnels.
Bref, le SNUipp a fait sien l’adage suivant lequel il faut battre le fer tant qu’il
est chaud... Mais attention : la roue tourne vite… Il suffit d’une grève de trop, mal suivie, mal comprise par
l’opinion et la tendance se renverse…
Disons-le, cependant, on aimerait retrouver cette même
ardeur au combat dans la défense des directeurs d’école qui ont exprimé massivement leur volonté de reconnaissance de leur métier par un statut professionnel.
On peut regretter que l’action du SNUipp ne se développe le
plus souvent que pour maintenir le statu quo au lieu de faire évoluer l’école pour l’adapter au XXIème siècle.
C’est malheureusement le cas, notamment, dans la création
des EPEP où il nous semble qu’il y aurait matière à négocier pour améliorer la proposition de loi plutôt que d’en exiger le retrait pur et simple. Mais, pour cela, peut-être faudrait-il commencer
par écouter et entendre les enseignants sur le terrain et ne pas se contenter de motions présentées par une minorité dans des assemblées squelettiques…
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