A l’issue
de cette journée de grève, attendue par les uns, redoutée par les autres, le temps est venu d’en dresser le bilan et d’en tirer les conséquences.
Le
bilan
Si comme au
lendemain de tout mouvement, les chiffres avancés par les syndicats et le gouvernement ne concordent pas, en revanche, les deux parties s’accordent sur un point : la grève a été très suivie
dans le primaire et les manifestations ont connu un vif succès.
Le recteur de Paris,
Maurice Quénet admet que «c'est une grève importante, une grève dont il va
falloir décrypter le sens» car les participants sont «beaucoup plus que ce que je pensais», a-t-il ajouté.
A la mi-journée, le ministère de l’Éducation
nationale communiquait les taux de participation à la grève :
-
Moyenne pondérée enseignants 1er degré :
48,62%
-
Moyenne pondérée enseignants du 2nd degré :
21,26%
Pour éviter
toute polémique inutile, le ministère de l’Éducation nationale s’est engagé à publier, à l’unité près, le nombre de retenues sur salaire correspondant au nombre de grévistes effectivement
constatés.
Côté manifestations, les cortèges étaient impressionnants. La police reconnaît 160 000 manifestants, soit le double du cortège du 19 octobre. Les syndicats les
estiment à plus de 200 000. Au-delà de la bataille des chiffres, le ministre sait que ses réformes ne sont pas appréciées par une très grande partie des enseignants. Le matin même, X. Darcos
déclarait sur RTL : « organiser de manière systématique des grèves est démodé… Il y a une résistance des appareils qui n’est pas celle des
professeurs. Les professeurs méritent mieux que d’avoir des syndicats dont la fonction principale est d’organiser la résistance au changement ». Le désaveu est clair.
Les conséquences
La première conséquence est un « ultimatum » au ministre
Les syndicats ne se contentent pas de
crier victoire. Trois d’entre eux, le SNUipp-FSU, le SE-UNSA et le SGEN-CFDT adressent au ministre un « ultimatum » pour l’ouverture de discussions dans les 5 jours, sous la forme d’un
“préavis” de négociations.
« Au cœur de la mobilisation du 20 novembre,
la grève des enseignants du 1er degré s’inscrit comme l’une des plus massives de ces dernières années.
Près de 70 % d’entre eux ont cessé le travail
et manifesté pour :
- que cessent le mépris, les mesures
unilatérales imposées dans la précipitation et sans aucun dialogue social : EPEP, IUFM, SMA, …
- exiger un autre budget qui permette de faire face à la hausse des effectifs et de transformer l’école pour favoriser la réussite de tous les élèves
- le maintien des RASED
- que soit reconnue et respectée l’école maternelle
- un véritable dialogue social, le respect du paritarisme et des droits syndicaux,.
Le message transmis par toute une profession
aujourd’hui, est massif, net et déterminé.
A l’issue de cette journée, l’urgence est désormais
au dialogue social et à l’ouverture de négociations.
Sans réponse de sa part, l’intersyndicale SE-UNSA,
SGEN-CFDT, SNUIPP-FSU, en tirera toutes les conséquences et proposera aux personnels de nouvelles actions pour contraindre le ministre à prendre en compte leurs revendications ».
La deuxième conséquence sera vraisemblablement
une « pause » dans les réformes.
Bien qu’il s’en défende, le ministre
devra intégrer cette grève dans le rythme des réformes. Pas plus que ses prédécesseurs, X. Darcos ne pourra ignorer le sérieux avertissement que viennent de lui adresser les enseignants. Il sera
contraint de mieux associer les partenaires sociaux aux changements qu’il impose à l’école. Et, s’il ne le faisait pas, l’Elysée se chargerait de lui en rappeler la nécessité.
Un retour rapide dans l’histoire
récente de notre pays suffit à nous convaincre qu’un ministre de l’Education nationale est vite rattrapé par la rue…
En juillet 1984, suite à des manifestations de grande ampleur, le projet de loi élaboré par Alain Savary pour créer un « grand service public, laïque et unifié de l’éducation nationale », est finalement retiré.
En janvier 1994, un million de personnes manifestent
à Paris pour défendre l'école publique. François Bayrou, alors ministre de l'Education, fait face à la fronde des personnels de l'enseignement
publique et des partisans de la laïcité, avec la réforme de la loi Falloux. Suite à cet échec, le projet est retiré et F. Bayrou s’installe dans une cogestion et un immobilisme qui lui sont
encore reprochés de nos jours.
En mars 2000, Claude Allègre est remplacé par Jack Lang au
ministère de l'éducation, à la suite de grandes manifestations.
Nous aurions pu ajouter les mésaventures rencontrées par d’autres ministres de l’Education nationale (Luc
Ferry…).
La troisième conséquence concerne les prochaines élections
professionnelles.
Toutes les organisations syndicales ont appelé à la grève. Pourtant, toutes n’en retireront pas le même
bénéfice.
Indéniablement, une prime sera accordée aux syndicats les plus importants. Et parmi eux, ceux qui disposent
de moyens conséquents et donc d’une meilleure visibilité médiatique.
En effet, qui a-t-on essentiellement « vu » dans les journaux télévisés ? Les dirigeants des
principaux syndicats enseignants, en particulier le « chouchou » des médias, Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU. Il y a fort à parier que le SNUipp en tirera davantage profit
que ses concurrents.
Il faut reconnaître que le calendrier a été superbement maîtrisé par ces professionnels de la
manifestation : organiser une telle grève à 10 jours du scrutin ne peut que souligner l’ardeur combattante des plus gros bataillons aux yeux des électeurs… Bien joué. Dommage pour les
« petits » syndicats qui n’ont pas les mêmes possibilités de se faire entendre dans les médias.
Cette grève peut-elle avoir des conséquences pour les
directeurs ?
La question peut paraître incongrue. Cependant, une « pause » dans les réformes pourrait
compromettre ou repousser la seule véritable mesure susceptible, à terme, d’avoir une incidence directe sur le statut des directeurs et qui doit être discutée début 2009 à l’Assemblée
nationale : la création des EPEP. Certes, nous l’avons déjà écrit, cette proposition de loi ne nous satisfait pas pleinement. Certains points méritent d’être éclaircis, d’autres modifiés ou
précisés. Néanmoins, elle est une avancée considérable et correspond au souhait exprimé par une immense majorité de directeurs, lors de la consultation IFOP / GDID, puisque l’école serait enfin
dotée d’un véritable statut et dirigée par un directeur lui-même reconnu comme chef d’établissement.
Rappelons que cette réforme est jugée inacceptable par certains syndicats dont le SNUipp. Notons que dans son
communiqué sous forme d’ultimatum, l’intersyndicale place les EPEP en première ligne du dialogue social. Autant dire que le ministre, affaibli par la réussite de la grève du 20 novembre, pourrait
être conduit à quelques concessions et notamment sur ce sujet épineux qui rencontre l’hostilité de ces syndicats.
Les directeurs qui attendent depuis si longtemps une reconnaissance autre que verbale pourraient être les
victimes collatérales de ce conflit.
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