Suite à notre article sur les « primes à certains enseignants », nous avons
reçu un courrier que nous diffusons volontiers dans son intégralité. Ce commentaire détaillé émane de notre collègue Froment que nos fidèles lecteurs connaissent bien puisqu’il nous éclaire
souvent de ses réflexions avisées notamment dans le domaine économique.
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Depuis quelques temps, le ministre X. Darcos multiplie les annonces de primes à diverses
catégories d’enseignants. On ne citera, pour mémoire, que les dernières :
Prime d’installation de 1 500 € pour les jeunes professeurs, majoration de
l’indemnité des directeurs d’école avec versement d’une partie fixe variable de 200 à 600 €, prime de 400 € aux 60 000 maîtres de CE1 et CM2 pour le surcroît de travail lié à l’évaluation
des élèves…
Certes, les heureux bénéficiaires des « largesses de l’Etat » ont toute raison
de se montrer satisfaits de cette aubaine qui leur tombe du ciel. D’ailleurs, leur surprise est d’autant plus grande que certaines de ces gratifications n’ont même jamais l’objet de
revendications.
L’objet n’est pas d’analyser, ici, les conséquences sociales ou relationnelles de ces
primes qui semblent injustes à certains et qui peuvent engendrer des susceptibilités néfastes à l’organisation du travail en équipe…
Attachons-nous au strict point de vue
économique et financier de ces mesures. N’oublions pas qu’elles arrivent après d’autres mesures telles les heures supplémentaires défiscalisées ou les premières annonces de salaire au mérite dans
certains corps de fonctionnaires.
La première réaction consiste à considérer que ces différentes mesures financières ont un
effet immédiat sur le pouvoir d’achat de leurs destinataires. En ce sens, elles sont particulièrement les bienvenues en ces temps difficiles.
Mais ce serait avoir la mémoire courte et la vue handicapée par une myopie paralysante que
de ne pas voir le danger qu’elles représentent pour l’ensemble des enseignants, y compris pour les attributaires.
Le problème ne se pose pas, comme on peut parfois l’entendre, pour la retraite. En effet,
depuis 2005, indemnités et primes des fonctionnaires entrent en partie dans le calcul des points et offrent droit à pension complémentaire.
Les premiers effets négatifs de ces primes en tous genres vont se faire sentir clairement
lors des prochaines négociations salariales entre les partenaires sociaux.
Depuis plusieurs années, gouvernements et syndicats s’opposent sur la base de calcul de
l’augmentation des salaires.
Pour les syndicats, il convient de prendre en compte le taux d’inflation afin de préserver
le pouvoir d’achat des salariés.
Le gouvernement veut intégrer le GVT (Glissement
Vieillesse Technicité) dans les augmentations de salaire. C’est évidemment une interprétation tendancieuse. Les augmentations de salaires sont des évolutions de la valeur du point ou une
augmentation générale permettant, à ancienneté et fonction égale, une augmentation du pouvoir d’achat. L’ancienneté et les promotions sont des actes de carrière.
Chaque année, des
discussions à n’en plus finir butent sur la prise en compte de ces augmentations de salaire liées au déroulement de carrière des fonctionnaires. Finalement, un compromis souvent
« imposé » met un terme aux négociations et le pouvoir d’achat est rarement totalement assuré.
Rappelons-nous les
propos du ministre du budget Eric Woerth qui, en décembre 2007, déclarait qu’une « augmentation générale est une augmentation anonyme ». Et
il ajoutait, lors des négociations salariales de la Fonction publique :
"Il y a beaucoup de gens aujourd'hui, de fonctionnaires, 75%, qui ont bénéficié à un titre ou un autre d'augmentations qui ont été très au-delà du chiffre de
l'inflation".
"Il faut regarder ceux qui ont perdu, garantir ceux-là dans un mécanisme sur lequel il faut qu'on se mette d'accord avec les organisations syndicales, très
transparent, qui fasse qu'aucun fonctionnaire ne perde de pouvoir d'achat."
"On doit discuter aussi des mesures catégorielles, des heures supplémentaires, du rachat des comptes épargne-temps, de la rémunération au mérite"
Nous n’y échapperons pas cette année encore. Et naturellement, le gouvernement voudra intégrer les primes dans la masse salariale et sera enclin à considérer
qu’elles sont déjà un premier « acompte » de l’augmentation des salaires. Ce qui n’est le cas que pour une minorité.
Comme les
discussions concernent collectivement les enseignants, c’est l’ensemble d’entre eux qui risque d’être pénalisé par les quelques mesures accordées à quelques-uns.
C’est là que se
situe le piège et il faudra toute la force de conviction des organisations syndicales pour ne pas s’y laisser enfermer. Ce ne sera pas facile…
Espérons ne pas
avoir à regretter ces primes d’un jour qui peuvent, à tout moment, être remises en cause…
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