Xavier Darcos s'est exprimé le 6 novembre 2008 lors de la conférence européenne de Poitiers sur le thème
"Gouvernance et performance des établissements scolaires en Europe". Le ministre a rappelé que "l'évaluation
des résultats, des élèves comme des établissements, est nécessaire pour faire progresser l'école" et que "la bonne gouvernance est celle qui permet
d'accroître les performances des établissements et du système éducatif tout entier".
Nous publions ci-après de larges extraits du discours de Xavier Darcos.
La performance au cœur des systèmes
éducatifs
La performance, c’est d’abord celle du système éducatif dans son ensemble. Il s’agit là d’un enjeu essentiel, notamment pour les décideurs politiques dont la mission est à mon sens de faire
émerger des systèmes de plus en plus performants, capables de qualifier un nombre croissant de jeunes à des niveaux toujours plus élevés.
Améliorer les performances d’un système éducatif suppose de porter un regard lucide sur ses résultats, mais
aussi d’en identifier les atouts à conforter et les faiblesses à combattre. Dans ce domaine les comparaisons internationales sont d’un grand secours pour parvenir à situer les performances d’un
système éducatif par rapport à ceux qui l’entourent.
Je sais, par exemple, que l’Allemagne a considérablement modifié sa politique éducative après la publication
des résultats de l’enquête PISA de 2000 qui faisaient apparaître des performances décevantes. Ce choix a été payant puisque l’enquête de 2006 a montré que l'Allemagne était revenue dans le
peloton de tête.
C’est également cette recherche de la performance éducative qui guide mon action depuis mon arrivée à la tête
du ministère de l’Éducation nationale en mai 2007. Ainsi, à l’hiver dernier, la publication des résultats des enquêtes PIRLS et PISA a permis de prendre conscience de la dégradation des résultats
de nos élèves, en particulier en ce qui concerne l’apprentissage de la lecture.
Avec quelques mois de recul, je crois que ce « PISA choc » a été salutaire car il a démontré l’impérieuse
nécessité de réformer profondément et rapidement notre système éducatif, en particulier l’école élémentaire qui est la rampe de lancement dont dépendent les trajectoires scolaires. C’est ce que
nous avons fait en préparant, pour le primaire, de nouveaux programmes recentrés sur les apprentissages fondamentaux, en réorganisant la semaine scolaire pour libérer du temps au profit des
élèves en difficulté et en introduisant de nouveaux dispositifs d’évaluation.
Aujourd’hui, je suis convaincu que cette réforme de l’école primaire qui est entrée en vigueur à la rentrée
2008 va permettre d’améliorer durablement les performances de notre école.
La performance de l’école, c’est aussi celle des établissements d’enseignement eux-mêmes.
En effet, c’est une évidence, la performance globale du système éducatif ne peut être obtenue que par l’agrégation des résultats des différents établissements scolaires qui le composent.
Mais encore faut-il que les chefs d’établissement et les équipes enseignantes soient en mesure de s’engager
pour mettre en œuvre la politique définie et surtout de la décliner en fonction du contexte local.
La performance ne peut être atteinte que par la bonne
gouvernance
C’est précisément parce que les politiques éducatives nationales demandent aujourd’hui à être adaptées et portées par les acteurs de terrain pour atteindre leur pleine efficacité que nous avons souhaité articuler le travail sur la performance avec une réflexion sur la gouvernance des établissements scolaires.
Comme vous le savez, selon les critères établis par l’O.C.D.E., la « bonne gouvernance » est celle qui repose
sur les principes de la démocratie car elle permet d’assurer non seulement les relations entre l’administration, les citoyens et le parlement, mais aussi un fonctionnement conforme aux attentes
de l’État. Je sais, à ce propos, que le Conseil de l’Europe travaille sur le concept de gouvernance démocratique de l’école et s’interroge sur l’articulation entre la gouvernance et les
responsabilités du chef d’établissement.
Aujourd’hui, nous innovons en matière de gouvernance des établissements et c’est la raison pour laquelle je
suis très attentif à l’évolution des réseaux ambition réussite qui permettent, dans des quartiers en grande difficulté, de créer des synergies et des dynamiques de succès en fédérant, autour d’un
collège, les écoles qui en sont proches.
Renforcer l’autonomie des établissements
scolaires
Cependant, il nous faut encore aller plus loin et donner aux établissements scolaires les vraies marges d’autonomie dont ils ont besoin.
Or, ces marges ne se décrètent pas : elles se construisent et là encore, mesdames et messieurs, elles ne
peuvent véritablement se développer que grâce à la volonté des responsables politiques et des États.
Car si les programmes et la structure globale des enseignements doivent rester nationaux, il est plus que
jamais nécessaire, je l’ai dit, de donner la possibilité aux chefs d’établissement et aux équipes éducatives de s’adapter aux contraintes locales.
L’ensemble des réformes que j’ai évoquées précédemment contribuent d’ailleurs au développement de l’autonomie
et à l’expression des initiatives de terrain :
-
Ainsi, j’ai souhaité qu’à l’école primaire les modalités d’organisation des deux heures libérées pour
l’aide personnalisée aux élèves en difficulté soient décidées localement par les conseils d’école.
-
Suite à l’initiative de trois députés, qui ont déposé une proposition de loi, les écoles de plus
de quinze classes vont s’organiser sous la forme d’établissements publics d’enseignement primaire (EPEP), ce qui permettra de moderniser l’organisation de l’école et de laisser plus
d’initiative aux acteurs de terrain.
-
De même, je veille à ce que la rénovation du lycée laisse aux équipes la possibilité d’imaginer et de
mettre en place ce qui est localement nécessaire pour favoriser la réussite des élèves.
-
Enfin, j’ai le souci constant de préserver la liberté pédagogique des enseignants, qui est la condition
première du développement de l’autonomie.
Rénover les dispositifs d’évaluation et de
pilotage
Vous le voyez, Mesdames et Messieurs, je suis convaincu que la bonne
gouvernance est celle qui permet d’accroître les performances des établissements et du système éducatif tout entier. Pour y parvenir, il n’est plus question de continuer à édicter, à chaque
niveau hiérarchique, ce que l’on entend par « la bonne méthode ». Il faut bien plutôt définir des objectifs clairs et bâtir un cadre de travail adapté tout en évaluant de façon plus fine les
résultats obtenus.
C’est ainsi, par exemple, que j’ai institué plus de transparence dans l’évaluation des résultats à l’école
primaire, en rendant obligatoire les évaluations sommatives en classes de C.E.1 et de C.M.2 et en les rendant publiques à l’échelle d’une circonscription, d’un département ou d’une
académie.
En effet, Mesdames et Messieurs, si les systèmes éducatifs ne sauraient accroître leurs performances sans
l’introduction de modes de gouvernance adaptés et modernes, je crois profondément que l’évaluation des résultats, des élèves comme des établissements est tout aussi nécessaire pour faire
progresser l’école.
Retour à la
page d’accueil