Jeudi 1 mai 2008
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Après « la lettre de l’éducation », c’est au tour du « Monde de l’éducation » (édition de
mai 2008) de publier un « éclairage » sur la fonction de directeur d’école, son absence de statut, les revendications et les attentes des directeurs. Nous reproduisons, ci-après,
l’article de Maryline Baumard.

Tâches qui s’accumulent, faibles décharges… Les directeurs d’école voient leurs journées s’allonger, mais pas leur rémunération. Car
contrairement aux principaux et aux proviseurs, ils n’ont ni statut ni prime de fonction.
Ça grogne chez les directeurs, ces enseignants qui bénéficient d’un petit dédommagement et d’une décharge (si leur école compte plus de quatre
classes) pour assurer des missions de plus en plus lourdes. La position n’est pas facile et les postes peu prisés : 3500 d’entre eux sont aujourd’hui vacants, et un bon nombre ont été
attribués d’office aux sortants d’IUFM, apportant une nouvelle preuve que les bagarres syndicales pour obtenir ces décharges (passées récemment de 6 à 4 classes) n’ont pas tout résolu.
Mais un malaise plus profond semble gangrener cette catégorie hétéroclite. Ce n’est pas nouveau mais le phénomène s’aggrave. Dans son étude sur
le climat des écoles primaires, Georges Fotinos tirait déjà la sonnette d’alarme fin 2006 : sur 900 directeurs interrogés, 85 % se montraient pessimistes sur le système scolaire, soit 33 %
de plus que dans le second degré. Aux yeux de cet inspecteur général, « les directeurs d’école souffrent de l’absence d’une identité professionnelle. On leur demande la quadrature du
cercle, alors qu’ils n’ont ni budget, ni autorité, ni même de mission reconnue ».
Il est temps d’agir
« Identité professionnelle » : le terme masque le besoin d’un statut, inexistant puisque le directeur est un enseignant choisi
parmi ses pairs, et de surcroît tabou depuis une vingtaine d’années. En 1986-1988, le ministre de l’éducation René Monory s’était attiré les foudres du corps enseignant en cherchant à mettre en
place un statut de maître-directeur. Face à ce rejet, la formule fut enterrée, ses successeurs se gardant de rouvrir le dossier afin de ne pas fâcher les syndicats les plus représentatifs. Il est
peut-être temps de reposer la question.
« Nos écoles primaires sont-elles en mesure d’être pilotées, alors que l’institution ne reconnaît aucun statut à ses directeurs et ne
leur offre aucune formation longue dans ce domaine », se demande Laurence Bergugnat-Janot, maître de conférence à l’IUFM d’Aquitaine. Et elle n’est pas la seule. Une association de
directeurs, le Groupement de défense des intérêts des directrices et directeurs (GDID), qui compte 1300 adhérents et enregistre chaque semaine plusieurs dizaines de nouveaux venus, relaye cette
requête. « L’absence de statut génère un conflit identitaire qui empêche nos collègues de se penser comme chefs d’établissement », résume le président de l’association, Alain
Rei, qui se définit moins comme « enseignant avec une fonction de directeur que [comme] directeur qui conserve une fonction d’enseignement ». Prudente, l’association
précise que le statut qu’elle revendique ne doit pas inclure le volet hiérarchique. Directeur d’école oui, mais chef des professeurs d’école non ! Un refus que partagent les syndicats
d’enseignants. Le Syndicat des enseignants UNSA accepte une discussion sur le statut des établissements, mais pas un corps de direction. Au SNUipp (FSU), Gilles Moindrot s’interroge autant sur ce
qu’un statut des directeurs ou de l’établissement améliorerait dans le fonctionnement des écoles, que sur ce qu’il y a derrière le terme de « statut ». Fin de la
discussion ?
Le débat ne peut que rebondir. Comme le rappelle Alain Rei, les directeurs agissent en chefs d’établissement lorsqu’ils signent une autorisation
de sortie pour un collègue ou décident une évacuation d’élèves… Il est donc hypocrite de leur refuser la reconnaissance de cette fonction – et accessoirement le salaire – qui l’accompagne.
L’association a testé cette idée auprès de 40 000 directeurs. Sur les 10 000 réponses dépouillées, il apparaît que 93 % d’entre eux souhaitent un statut, quelle que soit la taille de
l’école qu’ils dirigent.
« Dans une telle enquête, on table en général sur 10 % de retours. Notre enquête réalisée à la demande du GDID a obtenu ce taux
incroyable de retours ! » s’étonne encore Damien Philippot, le directeur d’études de l’IFOP. De là à conclure que ceux qui font tourner les écoles ont un réel besoin de se faire
entendre, il n’y a qu’un pas. Que les directeurs franchissent dans cette même enquête, estimant, à hauteur de 53 %, n’être pas assez bien représentés par les syndicats.
Au-delà des grognes conjoncturelles – contrairement à leurs collègues du second degré, les directeurs d’école n’ont pas eu droit à une prime
substantielle de fin d’année – cette question du statut fait apparaître un changement de fond. Une nouvelle culture serait-elle en train de naître dans un premier degré
anarcho-syndicaliste ?
Qui sont donc ces nouveaux directeurs an quête d’une définition de leur métier ? La dernière promotion de chefs d’établissement du second
degré compte 12 % de transfuges du premier degré. Les observateurs notent que, pour une nouvelle génération d’enseignants du premier degré, l’école est devenue un passage et non plus une
carrière. « Ils passent ce concours [de professeur des écoles], projettent de rester cinq ou six ans et de passer ensuite d’autres concours en interne », assure un professeur
d’IUFM. S’il existait une fonction de chef d’établissement du premier degré, peut-être n’iraient-ils pas vers le secondaire…
En 2000-2001, l’administration de Jack Lang avait pour projet de créer des regroupements d’écoles avec un « responsable de
regroupement » à sa tête. A son tour, Gilles de Robien a proposé un texte. Xavier Darcos, lui, a voulu ouvrir une expérimentation, « mais personne ne s’est porté volontaire
parce que c’était l’inspecteur d’académie qui devait désigner le chef d’établissement », regrette Alain Rei. Le dossier a été de nouveau remisé. Et ce alors que l’école à la française –
sans statut ni directeur – fait toujours figure d’exception dans le concert international.
Maryline Baumard
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http://www.lemonde.fr/mde/
dans la rubrique "malaise dans le primaire".
Tu le trouves marrant?
Et le contenue, il te fait rire aussi?
De là à conclure que ceux qui font tourner les écoles ont un réel besoin de se faire entendre, il n’y a qu’un pas. Que les directeurs franchissent dans cette même enquête, estimant, à hauteur de 53 %, n’être pas assez bien représentés par les syndicats.
"quand le sage montre la lune..."
Décidément les oeillères dont certains sont pourvus sont phénoménales ! Plutôt que d'oeillères, disons "idéologie", qui consiste à ne voir que sa propre réalité !
Pour ceux qui veulent la regarder, cette satanée réalité, et l'article en question le fait à sa façon, elle est bien triste et surtout elle pointe la défaillance de la représentation syndicale à coller à la réalité (cela a déjà été beaucoup dit ici et par moi-même souvent à tel point que cela en devient lassant !), à en rendre compte et à être "en phase" avec une partie des enseignants : entendons les directeurs dont il faut bien vouloir qu'ils constituent de plus en plus une "catégorie à part"...
C'est vrai que tout est cela est bien "marrant" : tout dépend de quel côté du manche l'on se trouve !
S’il existait une fonction de chef d’établissement du premier degré, peut-être n’iraient-ils pas vers le secondaire…
C'est le passage qui me semble le plus intéressant. J'en ai déjà touché deux mots ici. Je suis convaincu que ce serait une promotion et une évolution de carrière. alors que pour l'instant, que peut-on espérer quand on arrive dans le boulot ? Rien.
Je suis persuadé à 200 % qu'on aurait un attrait nouveau pour prendre la direction des écoles. L'argent, ça compte, c'est même super important au moment où le pouvoir d'achat est attaqué comme jamais. Mais la considération, la reconnaissance, l'espoir de progresser dans le boulot, c'est capital. C'est ce qui me motive à lutter (c'est un bien grand mot sans doute).
Pourquoi je disais ça ? Parce que j'ai d'abord pensé que c'était le blog qui avait choisi ce titre. Je me disais, ils veulent accrocher le lecteur.
Bon, on me dit que c'est le journal. Du coup, je retire "marrant". Je remplace par "surprenant" dans le sens où il n'y a pas plus de bagarre maintenant qu'il y a 1 an ou 2 ans. C'est même moins puisque la grève administrative est terminée. A ce moment-là, on aurait pu dire que les directeurs se rebiffaient. C'est sans prétention de ma part et surtout sans provocation, crois-moi.
Tu vois, faut pas le prendre pour ce que ça n'est pas.
Du coup, les directeurs "rebiffés" se sont évaporés et n'ont à ce jour plus guère de motifs de le faire !
Les "moutons" sont rentrés dans le rang hormis quelques galeux qui, par-ci, par-là dressent un peu la tête !
Quel dommage qu'il ne suffise pas d'un tel coup de baguette magique pour obtenir un statut !!
Eh ! bien à lire ton commentaire, je reviens sur le mien : la récréation n'est pas terminée ! Tels des élèves pris en faute, "M'sieu, c'est pas moi, c'est lui !"...
Pas joli, joli de montrer les copains (même "du regard" !)
Elle met bien l'accent sur les incohérences de notre fonction : responsabilités sans existence légale.
Elle fait le lien entre l'absence de statut et donc pas d'évolution de carrière et la recherche d'une identité en passant chef d'établissemnt dans le secondaire. Cela a déjà été évoqué ici.
Un autre point soulevé qui n'a pas été repris encore mais qui me semble également important :
Prudente, l’association précise que le statut qu’elle revendique ne doit pas inclure le volet hiérarchique. Directeur d’école oui, mais chef des professeurs d’école non !
Quelle interprétation la journaliste fait-elle en écrivant ce constat ?
Prudente, ça peut vouloir dire : ne pas effrayer les adjoints, les directeurs eux-mêmes (ou certains d'entre eux) et les syndicats. Ce débat a déjà été initié ici.
Prudente, ça peut aussi vouloir dire qu'on utilise une tactique pour avancer pas à pas et faire évoluer le statut par la suite et donc qu'on n'affirme pas ses convictions ou celles des directeurs.
Qu'en pense cette journaliste ? Qu'a-t-elle voulu dire exactement ? Phrase ambiguë...
Anne-Marie