Dimanche 20 avril 2008
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L’article précédent a suscité beaucoup d’intérêt parmi nos lecteurs. Signe d’une attente très forte qui se concrétise par de nombreux courriers
adressés directement à l’adresse du site. Nous ne pouvons évidemment pas les publier d’autant qu’ils reprennent, pour la plupart, les arguments déjà échangés dans les commentaires laissés sous
l’article.
Une lettre, cependant, a retenu
notre attention. Elle émane d’un ancien directeur devenu conseiller pédagogique. Dans sa missive, Jacques tente une explication sur les origines de cette hésitation à réclamer un statut de
directeur, qui ne peut être que hiérarchique, selon lui… Parce qu’elle diffère sensiblement des autres et qu’elle apporte un éclairage intéressant sur le sujet du statut, nous avons décidé de la
soumettre à nos lecteurs.
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Je ne suis plus directeur d’école. Je l’ai été 12 ans durant. J’en garde une certaine nostalgie qui m’amène plusieurs fois par semaine à
parcourir les sites des directeurs (GDID et Directeurs en lutte). Au plus profond de moi, je me sens encore directeur.
Ce fut la meilleure période de ma carrière d’enseignant. Pourtant, j’ai quitté cette fonction pour devenir conseiller pédagogique, ayant un
temps hésité à passer le concours d’IEN. J’ai quitté ce métier de directeur que j’adorais parce que je ne m’estimais pas en mesure de l’accomplir pleinement, intensément, faute de moyens. Comme
tous les collègues dotés d’1/4 de décharge, je passais mon temps à courir après le temps. Le soir, j’avais l’impression de tout avoir fait à moitié : la classe, le travail administratif, le
relationnel avec les adjoints… J’ai préféré changer d’horizon.
J’ai lu avec beaucoup d’intérêt le courrier de Delphine et les nombreux commentaires qui s’y attachent. Je partage l’essentiel de ce qui y est écrit. J’ajouterai simplement une réflexion qui n’a pas trouvé, à ce jour, de réponse satisfaisante : pourquoi les
collègues directeurs portent-ils leur choix sur un statut non hiérarchique plutôt que sur un statut hiérarchique ?
La notion de « statut non hiérarchique » n’existe pas en tant que telle. On peut parler de statut de corps, de statut d’emploi ou
statut fonctionnel.
Comme exemple, il est souvent fait allusion au statut particulier des profs d’EPS ou de celui réclamé pour les conseillers pédagogiques ou les
psychologues scolaires. Rien à voir. Dans ce cas, il s’agit de reconnaître la spécificité d’une fonction particulière exercée sans autorité sur quiconque.
Le directeur d’école exerce une fonction de direction. C’est là que réside la différence fondamentale avec les métiers cités précédemment. Il
assure une fonction de responsabilité qui lui confère automatiquement autorité sur les personnels de son établissement. Comment comprendre qu’il accepte d’avoir autorité sur le personnel communal
mais pas sur les enseignants ?
Lors d’une discussion récente avec mon IEN, celle-ci m’a confié qu’elle trouve « indécent » que notre fonction ne soit pas
plus justement reconnue. Elle voit le travail accompli par les directeurs de sa circonscription et a « parfois mauvaise conscience à leur en demander toujours plus » et le plus
souvent « dans l’urgence ». Cependant, elle ne comprend pas la position des directeurs d’école. Elle estime qu’exiger un statut non hiérarchique revient non pas à se contenter
d’une « demi-mesure » mais pire : c’est « un non-sens ! »
Bien entendu, ce serait une façon de reconnaître, « dans les textes » la fonction. Un « premier pas
indispensable» pour elle mais « qui ne règlerait rien » et « ne faciliterait pas le travail des directeurs ». Elle ajoute que « de nos
jours, diriger, conduire, décider... requiert une autorité affirmée par un texte ».
Mon IEN est persuadée qu’en « assumant les responsabilités et devoirs qui sont la contrepartie d’un statut hiérarchique »,
les directeurs auraient plus de chances d’être entendus dans leur quête de reconnaissance. Un gouvernement, quel qu’il soit, ne saurait satisfaire une demande aussi ambiguë.
Ce refus de hiérarchie trouve ses origines dans la culture de gauche des personnels de l’Education nationale.
Il est vrai que la valeur d’autorité était considérée comme une notion attachée à la
droite qui se voyait attribuer également le culte du chef et de la hiérarchie face à la gauche qui représentait l’égalitarisme.
J’emploie, à dessein, l’imparfait car « après l'élimination brutale de la gauche au premier tour de la
présidentielle, en 2002, les valeurs incarnées par la génération 68 ont été mises sur le banc des accusés ». En 2007, la gauche a retenu la
leçon et Ségolène Royal n’a pas hésité à venir piétiner les plates-bandes de Nicolas Sarkozy sur le thème de l’autorité.
Actuellement, la société française a parfaitement admis et réclame le retour à ces valeurs. De fait, il ne reste plus que les groupuscules classés à gauche de la gauche comme la commission "Anti-hiérarchie" de la fédération SUD éducation pour
lutter, dans l’Education nationale contre toutes les hiérarchies : « de l’inspection aux diverses tracasseries des petits chefs, en passant par les
rapports autoritaires maîtres / élèves… ». Il n’y a plus guère que ce collectif pour évoquer le bureau de l’école dit « bureau du
directeur… ».
Il semble que la société française avance plus rapidement que la « société enseignante ». Il me reste 9 ans avant la
retraite. Je souhaite très fortement que les directeurs fassent un pas décisif vers la demande d’un statut de direction et qu’ils l’obtiennent. Alors, sans hésiter, je reviendrai terminer ma
carrière parmi eux.
Jacques Marmey, CPAIEN
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