Xavier Darcos ne cesse de le répéter : les nouveaux programmes ne sont pas définitifs. Ils ne le seront
qu’après la phase de consultation actuelle.
Et pour ne pas encourir le reproche d’avoir décidé seul de ces nouveaux programmes et de les avoir imposés
sans prendre l’avis de quiconque, le ministre les soumet à double consultation.
Une consultation des enseignants avec instauration de demi-journées banalisées et une consultation en ligne à
destination de tout public.
Notre propos de ce jour concerne précisément cette consultation « en ligne » confiée au dernier né
des instituts d’enquêtes, spécialisé dans le sondage « sorti du clic » : OpinionWay. Loin de nous l’idée de mettre en cause la société OpinionWay. Elle répond à la demande du
client « Ministère de l’Education nationale ».
Nous formulerons trois critiques essentielles à nos yeux : l’orientation du questionnaire, le caractère non scientifique de l’étude et son coût.
1er point : l’orientation du questionnaire
Cette enquête ne peut que susciter les réponses que le client souhaite recevoir. Qui peut vraiment se
positionner contre le recentrage sur les « savoirs essentiels » ? Pas facile non plus de donner son avis, de formuler des remarques ou suggestions en 250 caractères (signes et
espaces compris) lorsqu’on n’est pas un spécialiste de ces questions scolaires… Enfin, comment exploiter les réponses de ces questions ouvertes ?
2ème point : le caractère non scientifique de l’étude
C’est justement parce qu’elle est ouverte à tous que cette enquête ne présente pas le caractère scientifique
d’une étude classique. Ne correspondant à aucun panel ciblé et répertorié, elle ne sera pas exploitable.
Jean-Michel Zakhartchouk, professeur de collège en ZEP, formateur à l’IUFM de
l’académie d’Amiens et membre de la rédaction des Cahiers pédagogiques a testé le dispositif mis en ligne. Voici ce qu’il en dit :
« J’aimerais surtout ici attirer l’attention sur quelque chose de plus grave : la possibilité de
répondre plusieurs fois, et de manière différente aux questions. J’ai fait pour ma part l’expérience et il n’y a eu aucun blocage de ma réponse. J’ai répondu de façon sincère et rigoureuse une
fois, deux fois, apparemment mes réponses ont été enregistrées. Puis j’ai recommencé de manière plus fantaisiste pour voir, réponses toujours enregistrées.
On imagine un commando de défenseurs d’une école hyper traditionnelle envoyant des centaines de messages,
ou l’inverse d’ailleurs, des pédagogues en colère décidant de passer leur week-end à envoyer des messages de contestation ».
Lors de la synthèse des résultats, que dira OpinionWay : X % de personnes favorables à la réforme... Mais X % sur combien ? Impossible à préciser en l’absence de panel. Alors
faudra-t-il dire : X personnes favorables à la réforme ? Impossible puisqu’une même personne aura pu répondre autant de fois qu’elle le souhaitait. La seule réponse admissible ne
pourrait être que : sur X réponses reçues, Y d’entre elles sont favorables à la réforme. C’est tout. Et ça n’aura aucune signification scientifique puisqu’on ne saura jamais combien de
personnes ont réellement répondu à l’enquête ni à quel potentiel de réponses on pouvait s’attendre.
3ème point : le coût d’une telle consultation
Partant de ce double constat (questionnaire peu crédible, sondage inexploitable), il nous faut bien regretter
la gabegie que représente ce type d’enquête. En effet, cette consultation a un coût. Même si OpinionWay est considéré comme un « low cost » dans la profession, cet institut ne travaille
pas gratuitement et quel que soit le montant de la facture, c’est le contribuable qui l’acquittera. Dommage lorsqu’il s’agit d’un travail inexploitable et donc inutile.
Mais il est un autre point que soulève également Jean-Michel Zakhartchouk :
« J’aimerais qu’on dénonce ce genre de procédés. On peut ou non apprécier le recours à un institut de
sondage, mais celui-ci n’est justifié que si l’enquête s’entoure de conditions minimales d’effectuation. Ici, on n’a même pas le blocage de messages provenant d’un même expéditeur (adresse
e-mail), ce qui est pourtant une pratique courante des sites des grands journaux d’information. Toutes les manipulations sont possibles et si l’on voulait donner une image caricaturale de la
« démocratie d’opinion », on ne ferait pas mieux… »
Or, curieusement, il s’élève peu de voix pour dénoncer cette pratique. Les syndicats enseignants sont muets
sur le sujet. On peut se demander pourquoi on ne les entend guère. La réponse est hélas très simple : les mêmes reproches peuvent leur être faits lorsqu’ils décident de « consulter la
profession ». A la différence près, c’est vrai, qu’ils ne font pas appel à un institut et que l’opération ne leur coûte rien puisqu’ils la réalisent eux-mêmes sur leurs sites. Cependant, le
résultat est identique : inexploitable.
Pour mémoire, nous rappellerons ci-après ce que nous écrivions ici le 18/09/2006 au sujet de la « consultation » organisée par le SNUipp pour recueillir l’avis de « la
profession » sur le protocole de mai 2006.
« Ce qui caractérise surtout la consultation du SNUipp, c’est son absence totale de
rigueur. Pour s’identifier, il suffisait d’inscrire une adresse mail (qui « servira à la validation de votre
participation » était-il indiqué) et le département d’exercice. Il n’était même pas demandé l’adresse officielle de l’école.
Les « directeurs en lutte » ont testé le dispositif. N’importe quelle adresse
faisait l’affaire. Quand on sait que l’on peut se créer quantité d’adresses en un seul clic chez Yahoo, à La Poste ou ailleurs… La même adresse pouvait également être utilisée plusieurs fois en
changeant le numéro du département… Nous avons aussi demandé à des personnes étrangères à l’Education nationale de répondre à cette consultation. Elles l’ont fait sans le moindre
problème.
Même absence de rigueur dans les autres questions d’identification ! Réponse
individuelle ou collective, nombre de participants…
Et quels résultats pouvait-on attendre d’une telle consultation ? Le SNUipp serait-il
en mesure de fournir des réponses cohérentes ? Eh bien oui ! sans aucune gêne, sans le moindre scrupule, le SNUipp a communiqué de beaux tableaux remplis de chiffres très précis
indiquant à l’unité près le nombre de participants aux différentes questions ! A mourir de rire ! »
Et pourtant, il est possible de sonder l’opinion de
manière scientifique et incontestable. Même par Internet. C’est ce qu’a réussi le GDID lorsqu’il a demandé à l’IFOP de consulter les directeurs d’école en septembre 2006. Tous les résultats sont
encore dans les mémoires : une participation exceptionnelle et un score remarquable de 93 % de collègues favorables à un statut.
Une consultation en ligne qui devrait servir de
référence au ministère et aux organisations syndicales…
Pour terminer, nous reprendrons la conclusion de notre article de septembre 2006 mais pour
qualifier, cette fois, la consultation en ligne actuellement organisée par le ministère :
Une consultation
« Canada Dry », c'est à dire qui a l’allure d’une consultation, la forme d’une consultation, mais qui n'est pas une consultation !
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