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Mardi 25 mars 2008 2 25 /03 /Mars /2008 10:15

La manipulation est partout, pourrait-on penser en lisant les propos ci-dessous. Ministère et organisations syndicales n’ont d’autre idée que de montrer leur propre force comparée à la faiblesse supposée de l’adversaire. Il faut sans cesse trouver la faille dans l’autre camp, essayer de le décrédibiliser aux yeux de l’opinion et des médias. Le rapport de force est toujours présent.

Ainsi sur deux sujets brûlants : le nombre de grévistes le 24 janvier dernier et la consultation des enseignants sur les nouveaux programmes.

Au lendemain de la grève du 24 janvier, rappelons-nous les communiqués victorieux des syndicats enseignants :

SNUipp-FSU : A l’appel de la quasi totalité des organisations syndicales (CFDT, CFTC, CGT, FO, FSU, Solidaires et Unsa), la grève du 24 janvier pour les salaires et le pouvoir d’achat, sur l’emploi et la précarité, a largement mobilisé : plus de 500 000 manifestants, un fonctionnaire sur 3 en grève, une grève reçue favorablement par 57% des Français. Les enseignants (à plus de 50% dans les écoles primaires et élémentaires) ont réitéré la réussite du 20 novembre.

Unsa-Education : La mobilisation d’aujourd’hui fut un véritable succès. La grève, dans de nombreux secteurs de la fonction publique, est majoritaire. Dans les écoles et les établissements du second degré, le taux de grévistes avoisine ou dépasse les 50%. A la Jeunesse et aux Sports, à la Culture, comme dans l’Enseignement supérieur, la grève est très suivie. Les manifestations sont une réussite.

 

Comment sont évalués les chiffres annoncés par les deux parties ? Cela fait maintenant plusieurs années que les RG (renseignements généraux) ne s’occupent plus de recenser le nombre de grévistes dans les établissements scolaires. A partir de diverses sources (IEN, IA) les rectorats établissent une moyenne à partir d’un panel qui n’a rien de scientifique. D’où les chiffres plus ou moins incertains.

Les syndicats, de leur côté, se référent aux informations que leur font parvenir les collègues syndiqués puis les extrapolent à la manière du ministère. Comme les syndiqués deviennent denrée rare, les chiffres sont très aléatoires et sont tout aussi naturellement gonflés par les organisations syndicales qu’ils sont minorés par le gouvernement.

Mais qu’en est-il de la réalité ? C’est ce qu’a voulu savoir le journaliste Emmanuel Davidenkoff chroniqueur sur France Inter. Il nous fait part de ses résultats.


Exclusif : les vrais chiffres de la grève du 24 janvier

Retour aujourd’hui sur une querelle vieille comme les grèves à l’Education nationale, la querelle des chiffres, avec une information exclusive : les vrais chiffres de la grève du 24 janvier dernier.

Rappel des évènements :

 -  24 janvier : grève de la fonction publique, mais avec beaucoup d’enseignants concernés.

 -  Le soir, Xavier Darcos, invité du JT de 20h sur France 2, est confronté au traditionnel écart dans les évaluations : le gouvernement annonce 34% de grévistes dans l’éducation, dont 38.5 dans le primaire, et 35 dans le secondaire. Les syndicats annoncent évidemment plus, 53% dans le primaire et 55% dans le secondaire.

 -  Xavier Darcos annonce alors qu’il va mettre un terme à la querelle et qu’il donnera "à l’unité près" le nombre de professeurs à qui le ministère retirera un jour de salaire, ce qui révèlera "à l’unité près le nombre de grévistes".

Il a donc fallu faire les comptes, ça a pris deux mois ; résultat : la réalité est inférieure, y compris aux estimations du ministère.

Dans le primaire : Chiffre syndical : 53%, estimation ministère 38.5, réel : 28%, c’est-à-dire 10% de moins que le chiffre donné le 24 par le ministère et quasiment deux fois moins que le chiffre des syndicats.

Dans les collèges et les lycées : Chiffre syndical : 55%, estimation ministère 35, réel : 21%, c’est-à-dire 14% de moins que le chiffre donné le 24 par le ministère et plus de deux fois moins que le chiffre des syndicats.

Comment ces chiffres « réels » sont-ils obtenus ? Très simplement. Pour être comptés comme grévistes, les enseignants, comme tous les salariés, doivent se déclarer grévistes à l’employeur, qui retirera ensuite un jour de salaire. Le chiffre que nous annonçons, c’est le chiffre qui correspond aux retraits de salaires portés sur les fiches de paie des enseignants au titre de la grève du 24. Il représente au total 13.487.080 euros – somme destinée à financer le service minimum d’accueil que l’Education nationale s’est engagée à reverser aux communes qui le souhaitaient.

Quels biais peuvent affecter la véracité de ce chiffre ? On est parti du principe que les professeurs sont honnêtes et qu’ils effectuent leurs déclarations en bonne et due forme quand ils veulent être comptés comme grévistes (sinon cela signifierait que des enseignants font grève et se font quand même payer ce qui est contraire au droit). On est aussi parti du principe que les chefs d’établissements et l’administration faisaient leur travail avec rigueur et communiquaient les chiffres réels à leur hiérarchie. Donc la seule hypothèse qui se traduirait par un chiffre supérieur, c’est que quelqu’un, dans la chaîne, se soit comporté de façon malhonnête en omettant de déclarer qu’il était en grève ou en omettant de déclarer la totalité des jours de grèves déclarés.

Peut-on extrapoler ces chiffres pour évaluer la grève de mercredi dernier – le ministère annonçait environ 25% et les syndicats 55% ? Non. On peut se donner rendez-vous dans deux mois pour savoir combien d’enseignants exactement se sont déclarés grévistes. Ce qui est sûr c’est que les analyses à chaud de ces chiffres de grèves sont vraiment hasardeuses….

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Autre sujet qui fait actuellement l’objet d’une controverse entre le ministère et les syndicats : la consultation engagée par Xavier Darcos afin de recueillir l’avis des enseignants sur les nouveaux programmes. Les premières critiques ont concerné la confusion engendrée par les nombreuses modifications intervenues sur la date de la ½ journée banalisée dans certains départements.

C’est la consultation elle-même qui est maintenant sujette à critique. Voyons le communiqué du SNUipp...
 

Primaire : Le Snuipp demande une consultation "sincère"

"Comment porter une appréciation sur un programme de mathématiques ou d’histoire si le volume horaire hebdomadaire attribué peut varier du simple au double ?" écrit Gilles Moindrot dans une lettre ouverte à Xavier Darcos.

 

Le secrétaire général du Snuipp relève que faute d'indication sur les horaires des disciplines, la consultation lancée par le ministre souffre "d'un manque de franchise et de confiance vis-à-vis des enseignants des écoles". Le Snuipp demande la publication immédiate de ces horaires.

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