Vos suffrages m’intéressent, nous clament les prétendants aux élections municipales et cantonales…
Votre avis m’intéresse, nous disent à la fois les syndicats majoritaires et le ministre de l’éducation…
En effet, depuis la confirmation par Xavier Darcos de l’annonce du président de la République de supprimer les cours du samedi matin, règne dans
ce pays une frénésie de consultations tous azimuts… Jamais les enseignants n’auront fait l’objet d'autant de sollicitations.
Le premier, le SE-Unsa a proposé une enquête à l’ensemble des enseignants. Pris par l’urgence (l’ultimatum diront certains) de signer très vite
les propositions du ministère, ce syndicat a ramassé les copies le 1er février. Les résultats sont connus. 6782 retours. C’est peu. 5 questions.
1. Etes-vous d’accord avec les différents types de missions décrites dans les 108 heures ? Sinon, que manque-t-il à votre avis ou
qu’est-ce qui ne devrait pas y figurer ?
Réponse : oui à 63 %
2. Que pensez-vous de la répartition horaire proposée par le Ministère : 20h pour les travaux au sein des équipes et relations avec
les parents + 14h de formation + 6h de conseils d’école + 68h pour des actions directes auprès des élèves en difficulté ?
- Les heures pour travaux en équipe sont largement sous-évaluées, pour 92% des sondés
- 2 h seulement pour les parents, c’est très insuffisant, pour 87% des sondés
- Concernant les 14 h, 82% des collègues ne voient pas l’intérêt d’augmenter ce temps si cela reste en l’état (conférences pédagogiques)
- 73% contestent que seul le temps de présence devant élèves soit pris en compte
3. Que pensez-vous du passage des conférences pédagogiques en formation ? Pensez-vous qu’elles doivent être maintenues
spécifiquement ? Avis mitigés
4. Que pensez-vous du traitement particulier des enseignants de maternelle ? Quelle(s) autre(s) proposition(s) pour l’utilisation de
ces deux heures ?
- 61% des sondés estiment qu’il y a, au sein de l’école maternelle, des difficultés à traiter sans avoir besoin d’être affectés en élémentaire,
d’office
- 28% expriment leur désaccord total à intervenir en élémentaire si cela leur est imposé
5. Quelles seraient vos autres demandes concernant le fonctionnement de ces 108 heures ?
L’essentiel des demandes recoupe la demande d’un temps de concertation abondé pour ce qui concerne les travaux au sein des équipes
pédagogiques
Au-delà de cette requête, vient une demande de décharge supplémentaire pour les directeurs : 46%. Parmi ces collègues,
35% réclament du temps de décharge pour les directeurs actuellement non déchargés (1 à 3 classes) et 65% du temps de décharge pour organiser ce dispositif (souhaitent que le temps libéré ne le
soit pas directement auprès des élèves mais pour assurer le travail de coordination que cela va demander).
Le 4 février, le ministre fait de nouvelles propositions. Le 5, Un bureau national du SE-UNSA est réuni en urgence et se
prononce à 68% pour la signature du relevé de conclusions
"Le SE-UNSA considère que le relevé de conclusions, dans lequel le ministre s’engage (rédaction des textes réglementaires à partir de ce
document) permet :
- d’augmenter de façon significative le temps dévolu à la concertation :
à 6h de plus dans la partie « travaux en équipe » qui passe de 18 à 24h
à une souplesse dans la partie « actions directes » qui passe de 72 à 60h et qui inclut un « temps
d’organisation ».
- de préserver les enseignants de maternelle qui initialement allaient devoir prendre systématiquement les élèves d’élémentaire en
charge. On le retrouve avec les ajouts : « le suivi des projets personnalisés de scolarisation pour les élèves handicapés » dans la partie 24h de travaux en équipe, « ou
à des interventions en petits groupes, par exemple en maternelle » dans la partie 60h.
- de prendre en compte la tâche particulière des directrices et directeurs d’école (surtout ceux qui ne sont pas déchargés ou qui n’ont
qu’une décharge partielle, ce qui est la majorité des cas), avec l’ajout d’une phrase : « L’application de ces dispositions aux directeurs d’école fera l’objet d’un examen
particulier ».
- de prendre en compte la spécificité des RASED dont il n’était pas du tout question au départ. C’est le SE-UNSA qui a défendu l’ajout
des PPRE et le rôle des RASED.
- D’augmenter malgré le contexte budgétaire, le temps de formation des enseignants sur leur temps de service."
Lent au démarrage, le SNUipp s’engage, à son tour, dans la course à la consultation de la profession… et attend les
réponses pour le 28 février !!! Un peu tard quand on sait que le SGEN-CFDT a lui aussi signé dès le 4 février…
Le SNUDI-FO s’amuse des contradictions relevées dans les documents du SNUipp et du SE et se « demande si ces 2
syndicats étaient bien dans les mêmes réunions de travail au ministère ! ». Aucun doute, pour le SNUDI-FO, ce sont "deux questionnaires alibis" qui ont été soumis à
consultation…
Et ce n’est pas fini ! Dès l'annonce des nouveaux programmes, le ministre a fait savoir qu'ils seraient soumis à consultation lors d'une
journée banalisée. Déjà le SNUipp s’impatiente. Mais quand viendra-t-elle, cette consultation ? Il faudrait tout de même l'annoncer si on veut laisser le temps à la profession de mener à
bien sa réflexion.
Gilles Moindrot a écrit en ce sens à Xavier Darcos.
"Vous avez fait le choix de ne consulter ni les représentants des enseignants ni les mouvements pédagogiques pendant la phase de rédaction de
ce projet de programmes", a-t-il expliqué dans sa lettre, rendue publique samedi à Xavier Darcos.
"Vous avez néanmoins annoncé une consultation des enseignants des écoles, à ce jour, nous n'avons aucune information sur les modalités
précises de consultation".
Evoquant sa "plus vive inquiétude", il a souhaité que ces modalités soient "rapidement portées à la connaissance des
personnels", qui doivent "prévoir, à la fois les délais nécessaires à une réflexion approfondie, une garantie de liberté d'expression, une transparence dans l'élaboration des synthèses
départementales et nationales, ainsi qu'une publication de celles-ci".
Il a en outre suggéré à M. Darcos d'"associer les organisations représentatives des personnels au suivi de cette consultation", comme ce
fut le cas pour les programmes de 1995 et de 2002.
C’est inouï ce que l’opinion des enseignants intéresse le ministre et les syndicats quand l’essentiel est déjà bouclé et qu’il n’y a plus
vraiment d’enjeu important.
Pourrait-on leur suggérer
le même empressement pour connaître l’avis des directeurs sur leur demande de reconnaissance par un véritable statut professionnel ?
Relire notre article du 15 janvier intitulé : "Tu consultes ? Je
consulte..."
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